Ce groupe de rap sulfureux débarque à Festi’neuch
Héritiers spirituels des Beastie Boys et dotés de la verve révolutionnaire de Rage Against the Machine, les jeunes rappeurs de Belfast ont replacé la capitale irlandaise sur la carte musicale anglo-saxonne.
Leur portrait en vidéo 🍀
Les textes de Kneecap, à la fois en anglais et en gaélique, mêlent dérision et manifestes politiques, quitte à s’attirer les foudres de certains conservateurs et des soutiens du gouvernement israélien. Le groupe a fait de la défense de la Palestine un véritable plaidoyer. Ce soutien ne vient pas de nulle part: l’Irlande repose sur une identification profonde à la lutte contre la colonisation et l’occupation militaire qui ont marqué son histoire.
« Kneecap » signifie en anglais « rotule», dans un sens bien sinistre, puisqu’il fait référence aux genoux brisés des prisonniers d’Irlande du Nord durant le conflit opposant les nationalistes catholiques aux unionistes protestants. C'est donc chargé d'histoire que les originaires de Belfast, deux rappeurs et leur DJ, font leur musique au carrefour du rap et du punk. Le fait d'intégrer la langue géalique n'est d'ailleurs pas anodin, puisque cette langue fut longtemps réprimée par l’occupant britannique.
Mo Chara, Móglaí Bap et DJ Próvaí ont démarré en 2018 avec leur album autoproduit 3CAG. Leur musique a été accueillie par la jeunesse comme un hymne à l’indépendance irlandaise, avec un hip-hop percutant fusionnant plusieurs langues et un humour provocateur. Six ans plus tard, la bande rempile avec Fine Art. La sortie de ce deuxième opus a permis au trio de faire le tour des plateaux TV, dont celui de The Tonight Show de Jimmy Fallon.
Un groupe acclamé qui fait grincer
Fine Art est leur premier album studio. C'est avec celui-ci que leur renommée internationale commence en 2024 et la sortie du film Kneecap qui leur est consacré, dans lequel Michael Fassbender tient un second rôle. Ce vrai-faux biopic obtient six nominations lors de la 78ᵉ cérémonie des British Academy Film Awards, l’équivalent des Oscars britanniques.
Dès lors, le groupe enchaîne les concerts à l’international et les polémiques, étant la cible de critiques pour leurs positions pro-palestiniennes dans le contexte de la guerre à Gaza et contre les colonies illégales d'Israël en Cisjordanie.
En 2025, le Conseil représentatif des Juifs britanniques appelle les organisateurs du festival de Glastonbury à déprogrammer Kneecap, tandis que la Hongrie interdit l’entrée sur son territoire aux trois membres du groupe, annulant de facto leur participation au Sziget Festival de Budapest. Enfin, le festival Rock en Seine a vu ses subventions retirées par la municipalité de Saint-Cloud et la Région Île-de-France pour avoir programmé le trio irlandais.
Malgré les polémiques, rien ne semble arrêter Kneecap et la sortie le 1er mai dernier de leur deuxième album, Fenian, le confirme. Plus que jamais, le disque assume une radicalité face à un contexte géopolitique mouvementé, soutenu par un contingent toujours grandissant de personnes partageant leur ras-le-bol.
Face à l’impérialisme, à la montée de l’extrême droite et au capitalisme exacerbé, le trio irlandais refuse le sérieux et pratique toujours l’humour noir dans le bilinguisme qui a fait sa renommée. Les productions de Fenian s’inspirent de la jungle, du grime et de la techno, faisant entrer en collision le monde du hip-hop et de la rave, nourris de l’engagement universaliste du groupe.
A l’image de Paléo Festival avec la présence de Macklemore l'an passé, ou encore du Montreux Jazz Festival avec Massive Attack en 2024, Festi'neuch va voir sa scène se transformer en tribune politique criant à la liberté d’un peuple en ayant programmé Kneecap ce samedi 13 juin. Et si certaines dents vont grincer, ça va surtout taper du pied.
