Pourquoi ce thriller Netflix très attendu nous laisse sur notre faim
Il faut très peu de temps pour planter le décor, embarquer le spectateur dans une course à la vérité; un thriller qui suit le retour d'Anna (Tessa Thompson) dans sa ville natale de Dahlonega, en Géorgie. Journaliste chevronnée et solitaire établie à Atlanta, elle se voit contrainte de revenir sur les lieux de son enfance après le meurtre sordide d'une jeune femme issue de son passé. A son arrivée, elle découvre que son ex-mari, l'inspecteur Jack Harper (Jon Bernthal), a hérité de l'enquête.
Une fois les présentations digérées, l'enquête (tant policière que journalistique) bouscule nos deux protagonistes. Animés par une défiance réciproque, les deux anciens époux vont mener leurs propres investigations en parallèle et croiser leurs destins d'écorchés vifs. Et c'est parti, les vieux secrets remontent à la surface.
On pense alors à Sharp Objects, excellente série HBO sortie en 2018, mais sans l'atmosphère, sans le talent de Jean-Marc Vallée derrière la caméra, et sans la plume de Gillian Flynn au scénario.
Rien de tout ça.
Adaptation du roman éponyme d'Alice Feeney paru en 2020, His & Hers s'inscrit dans la lignée de ces divertissements sans prétention qui font exactement ce qu'on attend d'eux: solliciter juste assez nos méninges pour nous tenir en haleine jusqu'à la révélation du meurtrier.
La série est digne d'un fast-food: bourré d'additifs et de sucre qu'il devient difficile de digérer. Une ambiance qui se veut électrique, dramatique, nostalgique, sadique. Un emballage aux apparences engageantes qui est délicieusement macabre.
Si le rythme reste vif et que les rebondissements réussissent par moments à nous captiver, le récit s'essouffle à force de multiplier les pistes, les suspects, les complices potentiels. Jack, qui dirige l'enquête, laisse transparaître son agacement en couvrant d'ordres sa partenaire Priya (Sunita Mani, au jeu curieusement inadapté), affublée du mystérieux surnom de «Boston».
Une relation pas assez approfondie
His & Hers manque surtout d'un manque d'intelligence dans l'écriture. On entend par-là qu'il y a très peu de personnages complexes et par conséquent, très peu de suspects intéressants. C'est parfois d'un vide abyssal. On est par exemple interrogé par la bêtise de Jack, aussi ridicule que malhabile, ainsi que celle d'Anna, d'une fatuité rarement vue à la télévision.
On aurait apprécié une plus grande ambiguïté dans leur relation, entre une journaliste morte de faim pour lâcher un scoop et un détective qui doit contenir ses sentiments pour ne pas trahir sa profession. Non, rien de tout ça, alors que c'était une grosse promesse entre la bande-annonce et les deux premiers épisodes.
Il manque d'un équilibre, d'un souffle dans cette course à la vérité.
Pour finir, on admet un final qui nous a pris de court, vraiment, mais qui reste difficile à croire tant il paraît rocambolesque. His & Hers démarrait avec de bonnes intentions, mais ce whodunit n'avait pas assez de souffle pour tenir la distance.
His & Hers est disponible sur Netflix depuis le 8 et en intégralité.
