Que vaut la série la plus sulfureuse de l'été?
Pour les plus sériephiles d’entre vous, le nom du prolifique Ryan Murphy (Nip/Tuck, Glee, American Horror Story, Monster) évoquera bien des séries à la qualité plus ou moins discutable, mais dont le point commun, au-delà d’une esthétique léchée, est de bousculer le spectateur. L’horreur et les thématiques queer étant la signature du bonhomme, adapter le livre Les Eclats de Bret Easton Ellis sonne comme une évidence au regard de l’œuvre de Ryan Murphy.
Bret Easton Ellis, connu pour son livre choc American Psycho, est une figure majeure de la contre-culture et de la littérature des années 1980, ses romans au style cynique explorent bien souvent le vide, la décadence, la violence et l'hyper-consommation de la jeunesse dorée américaine. C'est notamment le cas de son roman Les Eclats, dont la série The Shards garde le titre original. Le roman, paru en 2023, est une autofiction horrifique qui embarque le lecteur en 1981, durant la dernière année de lycée de son auteur.
Un slasher glamour
Disponible depuis ce jeudi sur Disney+, The Shards raconte le quotidien de Bret Ellis (Igby Rigney) et de ses amis, issus de familles riches d’Hollywood. Cette bande de jeunes privilégiés mène une vie luxueuse où les fêtes, le sexe et la cocaïne font partie du décor de ce Los Angeles des années 1980.
Alors que Bret entreprend d’écrire un roman inspiré de ses jeunes années, l’arrivée de Robert Mallory (Homer Gere), un nouvel élève aussi séduisant qu’insaisissable, dans leur lycée privé va éveiller chez le narrateur une fascination trouble et presque obsessionnelle.
En découvrant son passé psychiatrique, Bret commence à le soupçonner d’être lié aux meurtres du «Trawler», un tueur en série qui sévit dans la région et qui a pour sinistre signature de découper ses jeunes victimes avant de les raccommoder avec des morceaux de leurs animaux de compagnie (oui, vous avez bien lu).
La bande-annonce:
Plus chaste que d’habitude, Ryan Murphy délaisse l’horreur explicite qu’on lui connaît pour un thriller davantage psychologique que gore. Un choix plutôt bienvenu de la part du showrunner de tous les excès, qui rappelle une autre de ses adaptations lorsqu’il se réappropriait Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey avec sa série Ratched pour Netflix. La série affiche une véritable ambition cinématographique dans sa mise en scène, notamment grâce à un effet de pellicule qui renvoie à l’époque dorée dans laquelle se déroule l’intrigue.
Mais puisqu’il s’agit d’une œuvre de Ryan Murphy, on retrouve bien évidemment les ingrédients pop qui ont fait le succès de son univers: des personnages tous plus beaux les uns que les autres, une bande-son sous forme de compil', des touches de subversivité et une tension homo-érotique. Le tout porté par une mise en scène soignée, avec des plans toujours plus léchés.
Des népo babies et une actrice sur le retour
Pour sa série mettant en scène de jeunes adultes, Ryan Murphy s’est entouré d’une nouvelle génération d’acteurs, à commencer par son protagoniste principal, Igby Rigney, que l’on a pu voir devant la caméra de Mike Flanagan, un autre maître de l’horreur télévisée. Celui-ci l'ayant notamment dirigé dans The Midnight Club et La Chute de la maison Usher. Homer Gere, fils de Richard Gere, interprète quant à lui Robert Mallory, le nouvel élève mystérieux qui devient l’objet de l’obsession de Bret.
On y retrouve également Kaia Gerber, mannequin devenue l’une des nouvelles scream queens de Ryan Murphy, puisqu’elle était déjà apparue dans son autre série American Horror Stories. Fille du célèbre mannequin Cindy Crawford, elle incarne ici la meilleure amie de Bret.
On notera aussi le retour surprise à l'écran d’Evan Rachel Wood, connue notamment pour ses rôles dans True Blood et Westworld. L’actrice, également chanteuse, s’était faite plus discrète depuis ses prises de parole en 2021 concernant son ex-compagnon Marilyn Manson, qu’elle accuse de l’avoir placée sous emprise et d’avoir abusé d'elle durant plusieurs années, alors qu’elle était encore très jeune.
Les véritables stars de la série restent son époque et la ville de Los Angeles. The Shards offre une véritable plongée dans l’univers exubérant des années 1980, dont l’esthétique est ici sublimée. Les mélanges de vêtements amples et parfaitement ajustés aux véhicules racés, comme les Porsche ou la BMW emblématique de l’époque, en passant par l’architecture moderniste californienne, la série rend hommage à une nostalgie profondément hollywoodienne.
Si ses débuts sont prometteurs, reste désormais à savoir si The Shards saura, sur la durée, être à la hauteur de l’écriture de Bret Easton Ellis.
«The Shards» est disponible depuis le 6 août sur la plateforme Disney+.
