Pourquoi ce jeu de survie spatiale est une magnifique frustration
JV Mag.ch, le webzine suisse du jeu vidéo
Le studio Don’t Nod nous offre dès aujourd’hui Aphelion: une nouvelle création originale et développée en collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Le studio nous présente l’histoire d’Ariane et Thomas, deux astronautes en mission pour trouver la planète qui abritera l’humanité, notre vieille Terre ayant cédé sous le poids de nos comportements. Un projet qui avait tout pour réussir, mais qui rate malheureusement sa proposition.
Une crédibilité bienvenue
Au sein de la mission Hope-01, nos deux astronautes ont la lourde charge d’atteindre une mystérieuse planète découverte aux confins de notre système solaire: Perséphone. La mission d’Aphelion est claire: déterminer si la planète est habitable et comprendre l’origine d’une étrange source d’énergie. Mais à l’approche de l’orbite, des interférences électromagnétiques font crasher leur vaisseau sur la planète. Ariane et Thomas se retrouvent séparés et c’est en incarnant l’un puis l’autre, au fil des chapitres, que l’on avance dans l’histoire.
La bande-annonce:
Cette neuvième planète (RIP Pluton) s’inspire d’ailleurs d’une théorie bien réelle qui suggère l’existence d’un astre encore non découvert aux confins du système solaire et qui pourrait expliquer les perturbations observées près de la ceinture de Kuiper. Ce genre de détail, supervisé par l’ESA, donne une crédibilité bienvenue au cadre d’Aphelion. En tant qu’amateur d’astronomie, voir l’agence spatiale européenne associée au projet m’a littéralement mis des étoiles dans les yeux.
Malheureusement, le scénario ne tient pas ses promesses. L’histoire de Aphelion accroche au début grâce à son contexte fort et ses enjeux universels. Puis le soufflet redescend lentement, jusqu’à une conclusion décousue et sans véritable finalité. Les nombreux documents trouvables en jeu enrichissent le lore mais ne compensent pas une écriture qui manque de profondeur et de relief.
Une planète magnifique… mais vide
Perséphone est splendide. Joué sur Playstation 5, le rendu visuel de Aphelion est hypnotisant: les étendues de glace, les formations rocheuses, la lumière sur les plaines désertes ou les blizzards en pleine montagne. Il y a des moments où on pose la manette juste pour admirer le paysage. La direction artistique est clairement le point fort du titre et Don’t Nod a soigné l’identité visuelle de cette planète.
Le jeu conseille d’ailleurs de jouer avec un casque et c’est un bon conseil. Pas tant pour les musiques, qui m’ont peu marqué, mais pour les sons de Perséphone elle-même. Le vent, la glace, les craquements de la neige ou de la glace sous les pas, le sound design de la planète est extrêmement immersif et renforce l’ambiance d’isolement. Malheureusement la bande originale n’est pas à la même hauteur.
Mais au-delà de l’esthétique, Aphelion invite naturellement à l’exploration et les environnements semblent appeler à la curiosité. Sauf que cette exploration est rarement récompensée. Quelques maigres collectibles et des chemins alternatifs qui ne mènent nulle part d’intéressant. Les murs invisibles et les couloirs déguisés en monde ouvert finissent par frustrer plus qu’autre chose.
Un gameplay qui tourne en rond
Ariane et Thomas alternent presque à chaque chapitre, évoluant en parallèle sans jamais vraiment se croiser. Deux styles, deux rythmes, l’idée est bonne… Mais en pratique dans Aphelion, les deux finissent par lasser de la même façon, juste pour des raisons différentes.
Avec Ariane, ça donne quelque chose comme ça: on marche, on escalade, on sort le grappin, on se balance, on traverse une crête en équilibre, on glisse sur une pente, on utilise un scanner pour «débloquer» les ondes, on ralentit parce que le sol est fragile ou parce que le Némésis nous a repérés. C’est fluide, des fois pas très lisible en termes de progression, mais c’est toujours la même séquence - juste dans un ordre légèrement différent.
Thomas, lui, est blessé. Il se déplace plus lentement, ne peut pas escalader et sa bonbonne d’oxygène est percée. On passe donc notre temps à papillonner entre les réserves d’oxygène et à résoudre de petits casse-têtes pour progresser. Une mécanique de survie qui aurait pu générer de la vraie tension mais qui devient vite aussi mécanique que le reste.
Le Némésis, l’entité hostile censée incarner la menace principale d’Aphelion, finit lui aussi par décevoir. On l’esquive facilement et on l’oublie vite. C’est dommage parce qu’une IA plus agressive et imprévisible aurait pu transformer ces séquences d’infiltration en moments vraiment tendus. Peut-être que vouloir trop de réalisme a rendu le gameplay trop sage, trop plat.
En 8 à 10 heures pour l’histoire principale, Aphelion se consomme rapidement. Ce n’est pas un défaut en soi, mais pour une expérience aussi linéaire, on aurait espéré plus de densité.
Aphelion, c’est pour qui ?
Si vous cherchez un jeu pour contempler des paysages soignés et vivre une histoire spatiale en sessions courtes, Aphelion est peut être fait pour vous. Les cinématiques sont réussies, certains moments d’action sont vraiment prenants et la prise en main reste accessible, même pour des joueurs moins aguerris. Aphelion se consomme davantage comme un film interactif que comme un vrai jeu.
Mais si vous attendez un gameplay qui évolue, une histoire qui marque ou une tension qui ne lâche pas, vous risquez de décrocher bien avant le générique de fin. Don’t Nod voulait explorer les confins du système solaire et Aphelion offre une belle carte postale. Malheureusement, c'est juste une carte postale…
Ce qu'on a aimé et pas aimé:
+ Cinématiques prenantes
+ Le partenariat avec l’ESA
+ Sound design immersif
+ Accessible aux joueurs occasionnels
– Histoire qui s’essouffle
– Exploration peu récompensée
– Bande originale en retrait
– Challenge facilement esquivable
«Aphelion» est disponible sur PS5, Xbox Series X|S et PC
