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Voici comment la guerre en Iran impacte les marchés financiers

Les investisseurs suivent les prises de parole de Donald Trump avec attention.
Les investisseurs suivent les prises de parole de Donald Trump avec attention.Image: Richard Drew / AP
Analyse

Un cercle vicieux menace l'économie mondiale

Après quelques semaines de guerre, les Bourses affichent un repli de 10% par rapport à leurs anciens sommets. Les traders parlent d'une «correction» et y voient un risque sous-estimé.
31.03.2026, 18:5631.03.2026, 18:56
Daniel Zulauf

Depuis un mois, la guerre en Iran s'impose progressivement comme une menace pour l'économie mondiale. De son côté, le président américain Donald Trump entretient l'espoir d'une fin du conflit. Lundi, il a écrit sur sa plateforme de communication de prédilection Truth Social:

«Les Etats-Unis sont engagés dans de sérieuses discussions avec UN NOUVEAU RÉGIME ET PLUS RAISONNABLE…»

De «grands progrès» auraient été accomplis, et un accord à court terme serait «probable». Mais si les choses devaient se dérouler autrement, Trump menace:

«Alors nous mettrons fin à notre agréable séjour en Iran en détruisant entièrement leurs centrales électriques…»

Le président américain semble toujours garder au moins un œil sur les marchés financiers lorsqu'il s'exprime sur le déroulement de la guerre. Dès dimanche, il avait confié au quotidien britannique Financial Times qu'il préférerait s'emparer du pétrole iranien, à peu près selon le modèle vénézuélien, où les Etats-Unis exercent, depuis la capture de l'ex-président Nicolas Maduro, un contrôle illimité de l'industrie pétrolière.

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Les déclarations de Trump ont immédiatement fait bondir de quelques points de pourcentage le prix du baril de pétrole de qualité Brent, qui a atteint 116 dollars. Ses propos sur Truth Social lundi ont, eux, provoqué une légère détente.

Moins de sensibilité aux déclarations de Trump

Une dynamique particulière se répète depuis plusieurs semaines en bourse, entre Trump et le prix du pétrole notamment. C'est un schéma récurrent, oscillant entre hausses, avec des promesses de paix, et baisses, provoquées par l'intensification du conflit en Iran, mais qui se manifeste avec un peu moins de netteté à chaque répétition.

Nul ne peut s'étonner que les marchés commencent à s'émanciper des déclarations du président américain, car, quelle que soit l'issue du conflit au Moyen-Orient, la probabilité d'un ralentissement économique mondial augmente inévitablement.

Les principales places boursières, à commencer par les Etats-Unis, ont clôturé en baisse cinq semaines consécutives. Et il semble que la semaine en cours se poursuive dans la même direction. Dans le jargon boursier, on parle, pour un tel mouvement de marché, d'une «correction». Les cours des actions, qui avaient pour beaucoup atteint leurs sommets peu avant le déclenchement de la guerre, s'en sont désormais éloignés de plus de 10%. La tendance plaide en faveur de nouvelles pertes.

Interrogés sur leurs anticipations, les investisseurs expriment dorénavant plus de pessimisme qu'optimisme, écrit Thomas Stucki, directeur des investissements de la Banque cantonale de Saint-Gall, dans la dernière édition de ses Investment Views.

Les «ours», comme on appelle les pessimistes dans le jargon boursier, seraient plus nombreux que les «taureaux» optimistes, mais pas encore dans des proportions aussi marquées qu'en avril 2025, lorsque Donald Trump avait sérieusement ébranlé les marchés avec ses droits de douane pour la première fois. Stucki résume:

«Plus l'incertitude se prolonge, plus les nerfs des investisseurs sont mis à rude épreuve, et plus la probabilité de ventes par lassitude augmente.»

Se réfugier en Suisse

Parmi les «lassés», il convient également de compter les investisseurs qui ne peuvent pas se permettre des pertes importantes et surtout durables dans leur portefeuille de titres. Ce cercle d'investisseurs, globalement assez versatile, n'est peut-être pas immense, mais il est, par expérience, suffisamment large pour pousser les marchés vers de nouveaux sommets dans les phases d'euphorie, ou, en période de creux, pour faire peser sur l'ambiance générale et sur les cours une pression déraisonnable.

Consciente de cela, l'UBS recommande depuis quelques jours à ses clients de privilégier le marché des actions suisse, jugé défensif, par rapport aux autres marchés.

Cette recommandation est une stratégie visant à préserver les investisseurs des conséquences que comportent les ventes irréfléchies, et que les conditions actuelles des marchés facilitent. Ainsi, les investisseurs qui décident de céder leurs positions maintenant se retrouveraient totalement hors jeu si le détroit d'Ormuz venait à s'ouvrir subitement au trafic international de pétroliers, ce qui entraînerait, à court terme du moins, un recul marqué du prix du pétrole et une hausse des cours boursiers.

La menace de l'inflation

Dans le même temps, la recommandation de l'UBS et le marché des actions suisse sont censés offrir une meilleure protection dans l'hypothèse où la guerre se prolongerait, avec des dommages toujours plus lourds pour l'évolution à long terme de l'économie mondiale.

Ces risques sont devenus indéniables, même si le conflit a bien des chances de prendre fin dans des délais encore raisonnables.

Sur l'ensemble des marchés financiers, les investisseurs anticipent désormais une hausse durable des taux d'inflation. Les données sur l'évolution de l'inflation en mars, sur le point d'être publiées, montreront que le conflit armé au Proche-Orient et la forte hausse des prix de l'essence ont d'ores et déjà conduit à des taux d'inflation sensiblement plus élevés.

En conséquence, les banques centrales seront bientôt contraintes de relever leurs taux directeurs. Et ce, dans un contexte où consommateurs et entreprises préfèrent déjà épargner plutôt que consommer davantage ou investir. De quoi déclencher un cercle vicieux.

Un poison menace

Une demande en baisse conjuguée à des taux d'intérêt en hausse sont un poison pour toute entreprise, mais surtout pour celles qui ont déjà glissé dans la crise avec un endettement élevé. Et il n'est pas rare que dettes importantes et attentes élevées des investisseurs aillent de pair.

La question se pose de manière de plus en plus pressante, par exemple pour le pionnier de l'IA très endetté OpenAI: comment cette entreprise peut-elle transformer ses modèles de langage intelligents en un modèle commercial qui génère des revenus et des bénéfices pour ses investisseurs?

OpenAI est entré en moins de trois ans dans le cercle des dix entreprises américaines les plus valorisées, soit deux fois plus vite que le fabricant de puces Nvidia. Il s'agit d'un record spectaculaire, qui pourrait être le signe d'une bulle IA prête à éclater dans le sillage de la crise actuelle.

Les dettes sont typiquement ce que les marchés laissent derrière eux, lorsque l'euphorie et l'emballement cèdent leur place à la peur. Ce danger menace de nombreux secteurs qui ont vécu au-dessus de leurs moyens ces dernières années.

Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
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Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
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