Le revenu des Suisses risque d'être amputé de 700 francs à cause de Trump
Donald Trump avait promis que le détroit d'Ormuz serait bientôt à nouveau libre. Mais les négociations avec l'Iran ont rapidement échoué. Résultat: le volume de pétrole transitant par ce bras de mer névralgique n'a pas augmenté, bien au contraire.
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Car ce n'est plus seulement l'Iran qui empêche la quasi-totalité des pétroliers de franchir le détroit. Les Etats-Unis, de leur côté, ont commencé à bloquer tous les navires qui font escale dans les ports iraniens ou en repartent. Une nouvelle tentative de négociation pourrait voir le jour, comme évoqué mardi par Donald Trump. En attendant, la crise pétrolière entre dans une phase critique.
Un mois d'avril qui s'annonce difficile
Jusqu'ici, ce sont les pays émergents qui ont été les plus touchés. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), des pays comme le Bangladesh et le Pakistan ont déjà dû rationner leurs livraisons de gaz naturel destinées à leurs industries énergivores. Mais les premières conséquences du blocus ont désormais atteint les riches pays industrialisés.
L'essence, le diesel, le kérosène et le mazout ont sensiblement augmenté. L'inflation globale dans la zone euro et aux Etats-Unis s'en trouve alourdie d'un peu moins d'un point de pourcentage. Mais si le détroit d'Ormuz reste fermé en avril, les choses pourraient largement empirer.
«Avril sera bien pire que mars», avait déjà averti le directeur de l'AIE Fatih Birol en début de mois, selon la chaîne américaine CNBC. En mars, des pétroliers ayant passé le détroit d'Ormuz avant le début de la guerre avaient encore pu rejoindre leurs ports de destination et leurs raffineries. Cela avait limité la baisse de l'offre mondiale de pétrole en mars par rapport à ce qu'elle aurait autrement été. En avril, plus aucun de ces pétroliers n'arrivera à destination. Comme le dit Birol:
Ce «rien» signifie concrètement que l'offre de pétrole sera deux fois plus faible en avril qu'en mars. La pénurie sera deux fois plus importante. Il en ira de même pour le gaz naturel liquéfié et d'autres marchandises qui transitent normalement par le détroit d'Ormuz vers les marchés mondiaux. Birol poursuit:
Une période décisive pour l'économie mondiale
Autrement dit, la hausse des prix de l'énergie va faire grimper l'inflation encore davantage. Mais dans d'autres pays, le pétrole et le gaz ne deviendront pas seulement plus chers, ils ne seront tout simplement plus disponibles en quantité suffisante. A ce sujet, Birol ajoute:
Dire qu'il n'y aurait plus «rien» dès avril semble toutefois légèrement exagéré. Selon le New York Times, la banque JPMorgan Chase a calculé que c'est seulement la semaine prochaine que le tout dernier pétrolier ayant traversé le détroit d'Ormuz fera son entrée dans un port mondial.
D'après le Financial Times, l'arrivée de ce dernier pétrolier constitue dans tous les cas un «moment décisif» dans la crise pétrolière. Ce pourrait être le 20 avril, date à laquelle les derniers navires devraient accoster en Malaisie et en Australie. Mais après cela, comme le dit Birol, il ne vient effectivement «plus rien» du détroit d'Ormuz, par lequel transitait, avant le début de la guerre, 20% de l'offre mondiale de pétrole. Selon des analystes, la crise pétrolière s'aggravera en Europe et aux Etats-Unis quelques semaines plus tard.
Chez JPMorgan Chase, les experts estiment, selon la plateforme Market Watch, que l'Europe est moins exposée à de véritables pénuries d'approvisionnement. C'est plutôt à une hausse des coûts qu'il faut s'attendre. L'Europe devra alors se livrer à une bataille avec l'Asie pour le pétrole restant. Fatih Birol explique, dans un entretien accordé au Spiegel:
C'est surtout le diesel et le kérosène qui pourraient se raréfier. «Pas immédiatement, mais dans les semaines à venir», précise Birol. De nombreuses réserves de carburant se sont vidées ces dernières semaines. Birol n'a pas voulu préciser quels pays seraient touchés. Il s'est contenté d'avertir:
Des mesures de restriction en vue
Birol recommande déjà à l'Allemagne de passer à l'action. Elle devrait envisager une limitation de la vitesse sur les autoroutes pour économiser du carburant, et réduire sa dépendance au gaz naturel, notamment pour le chauffage. Le pays a connu, après tout, deux grandes crises gazières en quatre ans. La Chine, quant à elle, est plus résiliente sur ces points, et traverse donc la crise pétrolière plus aisément que la plupart des pays.
Si l'Allemagne doit se serrer la ceinture, alors quid de la Suisse? Interrogé, le directeur de l'institut conjoncturel de l'ETH Zurich (KOF), Hans Gersbach, explique que la Suisse devrait être moins sévèrement touchée. En Allemagne, l'économie dépend bien plus fortement des énergies fossiles qu'en Suisse.
La Suisse n'en sera pas moins affectée, selon Gersbach, si le prix du pétrole devait se maintenir autour de 105 dollars le baril pendant de nombreux mois. La personne moyenne verrait alors son revenu annuel diminuer de 500 à 700 francs. Selon les prévisions, l'inflation sera plus élevée d'environ 0,6% en 2026. La Suisse devrait toutefois éviter la récession.
Les prix des carburants ont déjà sensiblement augmenté dans notre pays depuis le début de l'année, comme le montrent les chiffres du Touring Club Suisse (TCS).
L'essence sans plomb a progressé d'environ 20 centimes, le diesel de 36 centimes. Jusqu'à présent, les prix sont cependant restés en dessous des records de 2022, année où ils avaient flambé après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine. Le diesel, par exemple, avait alors atteint un record de 2,40 francs le litre. Dans la crise actuelle, il a jusqu'ici culminé à 2,24 francs. C'était toutefois avant l'arrivée du dernier pétrolier.
