Economie
International

Guerre en Iran: la crise du pétrole risque de fortement s'aggraver

Le président américain Donald Trump inquiète l'économie mondiale avec son imprévisibilité.
Le président américain Donald Trump inquiète l'économie mondiale avec ses décisions sur la guerre en Iran.Image: Alex Brandon / AP

Le revenu des Suisses risque d'être amputé de 700 francs à cause de Trump

Hausse des prix, inflation et risques de pénuries: le blocage du détroit d’Ormuz plonge le marché pétrolier dans une crise aux conséquences déjà visibles en Europe et en Suisse. La situation pourrait s'approcher d'un point de bascule. Tour d'horizon.
16.04.2026, 05:3116.04.2026, 06:32
Niklaus Vontobel

Donald Trump avait promis que le détroit d'Ormuz serait bientôt à nouveau libre. Mais les négociations avec l'Iran ont rapidement échoué. Résultat: le volume de pétrole transitant par ce bras de mer névralgique n'a pas augmenté, bien au contraire.

👉 L'actu en direct sur la guerre en Iran, c'est ici

Car ce n'est plus seulement l'Iran qui empêche la quasi-totalité des pétroliers de franchir le détroit. Les Etats-Unis, de leur côté, ont commencé à bloquer tous les navires qui font escale dans les ports iraniens ou en repartent. Une nouvelle tentative de négociation pourrait voir le jour, comme évoqué mardi par Donald Trump. En attendant, la crise pétrolière entre dans une phase critique.

Un mois d'avril qui s'annonce difficile

Jusqu'ici, ce sont les pays émergents qui ont été les plus touchés. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), des pays comme le Bangladesh et le Pakistan ont déjà dû rationner leurs livraisons de gaz naturel destinées à leurs industries énergivores. Mais les premières conséquences du blocus ont désormais atteint les riches pays industrialisés.

L'essence, le diesel, le kérosène et le mazout ont sensiblement augmenté. L'inflation globale dans la zone euro et aux Etats-Unis s'en trouve alourdie d'un peu moins d'un point de pourcentage. Mais si le détroit d'Ormuz reste fermé en avril, les choses pourraient largement empirer.

Un pétrolier au large d'Oman, en route vers le détroit d'Ormuz.
Un pétrolier au large d'Oman, en route vers le détroit d'Ormuz.Image: Shady Alassar / Getty

«Avril sera bien pire que mars», avait déjà averti le directeur de l'AIE Fatih Birol en début de mois, selon la chaîne américaine CNBC. En mars, des pétroliers ayant passé le détroit d'Ormuz avant le début de la guerre avaient encore pu rejoindre leurs ports de destination et leurs raffineries. Cela avait limité la baisse de l'offre mondiale de pétrole en mars par rapport à ce qu'elle aurait autrement été. En avril, plus aucun de ces pétroliers n'arrivera à destination. Comme le dit Birol:

«En avril, il n'y a plus rien»

Ce «rien» signifie concrètement que l'offre de pétrole sera deux fois plus faible en avril qu'en mars. La pénurie sera deux fois plus importante. Il en ira de même pour le gaz naturel liquéfié et d'autres marchandises qui transitent normalement par le détroit d'Ormuz vers les marchés mondiaux. Birol poursuit:

«Cela se répercutera sur l'inflation et freinera la croissance économique dans de nombreux pays.»
Fatih Birol.
Fatih Birol, directeur de l'AIE.Image: Imago

Une période décisive pour l'économie mondiale

Autrement dit, la hausse des prix de l'énergie va faire grimper l'inflation encore davantage. Mais dans d'autres pays, le pétrole et le gaz ne deviendront pas seulement plus chers, ils ne seront tout simplement plus disponibles en quantité suffisante. A ce sujet, Birol ajoute:

«Dans de nombreux pays, des rationnements énergétiques pourraient survenir prochainement»

Dire qu'il n'y aurait plus «rien» dès avril semble toutefois légèrement exagéré. Selon le New York Times, la banque JPMorgan Chase a calculé que c'est seulement la semaine prochaine que le tout dernier pétrolier ayant traversé le détroit d'Ormuz fera son entrée dans un port mondial.

D'après le Financial Times, l'arrivée de ce dernier pétrolier constitue dans tous les cas un «moment décisif» dans la crise pétrolière. Ce pourrait être le 20 avril, date à laquelle les derniers navires devraient accoster en Malaisie et en Australie. Mais après cela, comme le dit Birol, il ne vient effectivement «plus rien» du détroit d'Ormuz, par lequel transitait, avant le début de la guerre, 20% de l'offre mondiale de pétrole. Selon des analystes, la crise pétrolière s'aggravera en Europe et aux Etats-Unis quelques semaines plus tard.

Chez JPMorgan Chase, les experts estiment, selon la plateforme Market Watch, que l'Europe est moins exposée à de véritables pénuries d'approvisionnement. C'est plutôt à une hausse des coûts qu'il faut s'attendre. L'Europe devra alors se livrer à une bataille avec l'Asie pour le pétrole restant. Fatih Birol explique, dans un entretien accordé au Spiegel:

«En mai, la situation pourrait devenir explosive dans certains pays européens»

C'est surtout le diesel et le kérosène qui pourraient se raréfier. «Pas immédiatement, mais dans les semaines à venir», précise Birol. De nombreuses réserves de carburant se sont vidées ces dernières semaines. Birol n'a pas voulu préciser quels pays seraient touchés. Il s'est contenté d'avertir:

«Aucun pays n'est immunisé»

Des mesures de restriction en vue

Birol recommande déjà à l'Allemagne de passer à l'action. Elle devrait envisager une limitation de la vitesse sur les autoroutes pour économiser du carburant, et réduire sa dépendance au gaz naturel, notamment pour le chauffage. Le pays a connu, après tout, deux grandes crises gazières en quatre ans. La Chine, quant à elle, est plus résiliente sur ces points, et traverse donc la crise pétrolière plus aisément que la plupart des pays.

Si l'Allemagne doit se serrer la ceinture, alors quid de la Suisse? Interrogé, le directeur de l'institut conjoncturel de l'ETH Zurich (KOF), Hans Gersbach, explique que la Suisse devrait être moins sévèrement touchée. En Allemagne, l'économie dépend bien plus fortement des énergies fossiles qu'en Suisse.

La Suisse n'en sera pas moins affectée, selon Gersbach, si le prix du pétrole devait se maintenir autour de 105 dollars le baril pendant de nombreux mois. La personne moyenne verrait alors son revenu annuel diminuer de 500 à 700 francs. Selon les prévisions, l'inflation sera plus élevée d'environ 0,6% en 2026. La Suisse devrait toutefois éviter la récession.

Les prix des carburants ont déjà sensiblement augmenté dans notre pays depuis le début de l'année, comme le montrent les chiffres du Touring Club Suisse (TCS).

L'essence sans plomb a progressé d'environ 20 centimes, le diesel de 36 centimes. Jusqu'à présent, les prix sont cependant restés en dessous des records de 2022, année où ils avaient flambé après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine. Le diesel, par exemple, avait alors atteint un record de 2,40 francs le litre. Dans la crise actuelle, il a jusqu'ici culminé à 2,24 francs. C'était toutefois avant l'arrivée du dernier pétrolier.

Ces 17 lieux de tournage abandonnés sont fascinants
1 / 22
Ces 17 lieux de tournage abandonnés sont fascinants

Hobbiton, Nouvelle-Zélande – The Lord of the Rings & The Hobbit

source: reddit
partager sur Facebookpartager sur X
Une autruche sème la pagaille sur une autoroute en Thaïlande
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
1 Commentaire
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
1
Les Britanniques auront de nouveau droit à ce privilège perdu il y a 6 ans
Le Royaume-Uni et l'Union européenne ont annoncé mercredi avoir signé le texte qui acte la réintégration en 2027 de Londres dans le programme européen d'échanges universitaires Erasmus, six ans après le Brexit.
Erasmus était devenu un vieux souvenir. Les Britanniques avaient quitté ce programme en décembre 2020, au moment de la sortie de leur pays de l'Union européenne. Mercredi a été signé un texte qui acte la réintégration en 2027 de Londres dans le programme européen d'échanges universitaires Erasmus, six ans après le Brexit.
L’article