En 1990, peu après la fin de la guerre froide, la Bundeswehr allemande comptait un demi-million de soldats. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu'environ 180 000 actifs dans l’armée de terre, la marine et l’aviation. Ce n'est pas assez, estiment les responsables politiques à Berlin, où l’on spécule sur la possibilité que d'ici 4 ans, la Russie pourrait s'attaquer au territoire de l’Otan.
Pour corriger ce déficit de soldats, le gouvernement du chancelier Friedrich Merz semble pour l’instant avancer à pas feutrés. Les médias allemands évoquent bien un retour du service militaire obligatoire, mais, en réalité, le gouvernement continue de miser sur le volontariat, comme on l’a appris mercredi.
A partir de l’an prochain, les hommes nés en 2008 ou plus tard devront à nouveau passer un examen médical militaire. Au préalable, ils devront indiquer dans un questionnaire s’ils sont prêts à effectuer un service armé. Pour les femmes, le remplissage du questionnaire, tout comme la participation à l'examen médical, demeureront volontaires.
Avec ces mesures, le pays souhaite obtenir une vue d’ensemble du nombre de jeunes disponibles pour un service militaire, a déclaré Boris Pistorius. Le ministre allemand de la Défense espère ainsi augmenter le nombre de volontaires de 3000 à 5000 personnes par an. Il s’agit, selon lui, de «changer l’état d’esprit des jeunes hommes et des jeunes femmes».
Boris Pistorius ne croit pas réellement que cela suffise à atteindre l’objectif de 260 000 soldats actifs et 200 000 réservistes opérationnels. Si l’Allemagne ne trouve pas assez de volontaires, il sera toujours possible de rétablir le service militaire obligatoire, a-t-il indiqué mercredi. Par ailleurs, des classes d’âge plus anciennes pourraient aussi être mobilisées.
En Allemagne, le service militaire avait été suspendu en 2011, mais jamais aboli. A l’époque, les responsables politiques et les experts pensaient que l’avenir résidait dans une armée d’intervention légère, surtout destinée à des opérations extérieures, comme en Afghanistan.
Ce n’est qu’au printemps 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que la question de la défense nationale a de nouveau été sérieusement envisagée à Berlin. S’il devait effectivement y avoir une attaque sur le territoire de l’Otan, le service militaire serait de toute façon automatiquement réactivé. Tous les hommes âgés de 18 à 60 ans pourraient alors être mobilisés.
Cette «conscription allegée» décidée mercredi, constitue un compromis entre les partis de la coalition, l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale d’un côté, et le SPD de l’autre. Tandis que les chrétiens-démocrates critiquent des mesures jugées insuffisantes pour recruter suffisamment de jeunes hommes et femmes, de nombreux sociaux-démocrates expriment des réserves face à tout ce qui pourrait ressembler à une obligation militaire.
Boris Pistorius, bien qu’appartenant au SPD, se rapproche davantage de la position des conservateurs que de celle de son propre parti sur la question du service militaire. Il avait déjà tenté, un an plus tôt, de rétablir la conscription, mais son initiative avait été bloquée par le chancelier Olaf Scholz, également social-démocrate, ainsi que par les Verts et les Libéraux, alors partenaires de coalition.
Friedrich Merz, qui avait promis à son arrivée de faire de l’Allemagne «la première armée d’Europe», a affiché un optimisme mesuré à l’issue du conseil des ministres. «Je suis confiant que nous atteindrons les effectifs nécessaires», a-t-il déclaré, tout en évitant soigneusement le mot «obligation». Selon lui, l’Allemagne serait désormais «en marche vers une armée de conscription».
Traduit de l'allemand par Joel Espi