Les secrets de la capture de Maduro par les «traqueurs de la nuit»
Lorsqu'une flotte de 150 aéronefs militaires converge vers Caracas, ce 3 janvier à l'aube, les tensions entre les Etats-Unis et le Venezuela sont à leur apogée. Objectif de la mission? Capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro.
Nom de code: Operation Absolute Resolve.
C'est en août que tout a commencé. Lorsqu'une équipe d'agents de la CIA s'infiltre au Venezuela. Leur but? Rafler un maximum de renseignement sur le président Nicolas Maduro, ses proches, ses habitudes. Un travail complexe. L'ambassade américaine est fermée. Aucun couvert diplomatique possible. Il faut agir discrètement et dans le plus grand secret.
Mais avec l'appui d'une source du cercle proche du président vénézuélien et d'une flotte de drones, Nicolas Maduro n'a bientôt plus aucun secret pour les forces spéciales américaines. Ce qu'il fait, où il dort, où il vit, ce qu'il porte, ce qu'il mange et comment s'appellent ses animaux de compagnie: autant d'informations cruciales pour mener à bien l'opération américaine la plus dangereuse depuis l'assaut de la maison d'Oussama Ben-Laden, au Pakistan, en 2011.
Les semaines passent. Pendant que le président américain Donald Trump accroit progressivement la pression sur le gouvernement vénézuélien, entre menaces verbales, frappes sur le territoire ou des navires soupçonnés de transporter de la drogue, la mission se prépare dans le plus grand secret.
Un secret tel que le Congrès américain en ignore une partie des détails. Quant aux grands médias américains mis au parfum, dont le New York Times et le Washington Post, selon l'agence AP, ils préfèrent ne rien publier avant le lancement. Sécurité oblige. La moindre fuite peut compromettre toute l'opération et mettre des dizaines de vies de soldats américains en danger. L'effet de surprise est crucial.
Pour garantir son succès, le moindre détail compte. En amont, quelque part dans l'Etat du Kentucky, les commandos d'élite de la Delta Force se préparent dans une réplique grandeur nature du palais privé de Nicolas Maduro. A un rythme de plus en plus soutenu, ils s'entraînent à défoncer des portes en acier.
Début décembre, les forces d'intervention sont prêtes.
Le 25 décembre, ordre est donné par Donald Trump de lancer la mission. Un nombre croissant d'avions, drones armés et hélicoptères - des renforts de dernières minutes - sont alors déployés secrètement dans la région de Caracas. La seule question n'est pas de savoir si l'opération aura lieu. Mais quand.
Pour mener à bien la capture du président vénézuélien, il est essentiel que toutes les conditions soient remplies et que la cible se trouve bien dans le complexe que les commandos ont été entraînés à attaquer. Avec l'aval de Trump, le choix du calendrier précis revient aux responsables du Pentagone. La période des Fêtes est idéale. De nombreux responsables politiques et militaires vénézuéliens sont alors en congé. Idéalement, il faut agir entre Noël et le jour dans l'An.
C'est sans compter sur la météo. Les conditions déplorables retardent le lancement de plusieurs jours. A différentes reprises, les premiers appareils envoyés vers la zone reçoivent l'ordre de faire demi-tour.
Avant que le temps ne se dégage, enfin, le vendredi 2 janvier. En fin d'après-midi, le déploiement des premiers moyens aériens démarre. Six heures plus tard, tout est prêt. A 22h46 tapantes, Donald Trump, après avoir passé la soirée sur la terrasse de son manoir de Mar-a-Lago, dans la tiédeur de l'hiver floridien, donne l'aval définitif.
L'opération Absolute Resolve est lancée.
L'opération
Sous l'œil attentif de Donald Trump et du général Caine, installés dans un centre de sécurité improvisé à Mar-a-Lago, se joue l'un des plus grands paris de ses deux présidences. En temps réel, les informations proviennent des 150 avions de combat, partis de 20 bases différentes à travers l'hémisphère occidental, qui convergent vers la capitale vénézuélienne.
Première étape: une cyberattaque qui coupe l'électricité dans de vastes zones de Caracas. La ville est plongée dans les ténèbres. Une nuit «noire et mortelle», décrira le président par la suite.
Il est un peu plus de 1h30 du matin, heure locale, lorsque les habitants commencent à entendre les premiers avions au-dessus de leur tête de lit. Puis des explosions qui font vibrer les fenêtres.
Au moins quarante personnes, militaires et civiles, seront tuées lors de l'attaque, selon le New York Times. Pendant que des familles se réfugient sous les meubles et que des habitants sortent dans la rue pour filmer les panaches de fumée, les équipes des forces spéciales américaines parviennent au complexe présidentiel, une forteresse militaire lourdement fortifiée au cœur de Caracas.
A 2h01, le 160e régiment d'aviation des opérations spéciales, une unité d'aviation d'élite spécialisée dans les missions à haut risque et baptisée les «Traqueurs de la Nuit», pénètre dans le bâtiment pour localiser Nicolas Maduro à l'aide d'explosifs. Non sans obstacle: plusieurs hélicoptères américains ont essuyé des tirs en s'approchant. L'un d'eux a été touché, blessant une demi-douzaine de soldats au passage, selon des responsables dans le Times.
Après avoir fait sauter la porte de la base militaire la plus fortifiée du Venezuela, les «Traqueurs de la Nuit» mettent moins de trois minutes pour traverser le bâtiment et atteindre la chambre où Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, se sont retranchés. Le couple tente alors de s'enfuir dans une pièce renforcée, protégée par une porte très épaisse en acier. Ils ne l'atteindront jamais.
A 3h29, cinq minutes après avoir pénétré dans le palais présidentiel et cinq heures après le lancement de l'opération spéciale, les forces spéciales Delta annoncent à Donald Trump l'arrestation de Nicolas Maduro. Menotté, les yeux bandés et vêtu d'un survêtement Nike gris, il embarque à bord d'un navire de guerre américain, en route pour New York, afin d'y être jugé pour narcoterrorisme.
Lorsque le règne de près de treize ans du président vénézuélien prend fin, le soleil se lève sur Caracas.
