Pourquoi la chute de Maduro ne signifie pas la fin de son régime
Au fond, ce n’était plus qu’une question de temps avant que les Etats-Unis ne passent à l’offensive. Ces dernières semaines, Donald Trump avait tellement relevé le niveau d’agressivité, sur le plan verbal comme militaire, qu’il lui devenait presque impossible de sortir du conflit sans perdre la face ou sans tenter de faire tomber Nicolas Maduro.
Avec le recul, les choses apparaissent plus clairement: la chute du président vénézuélien a toujours été l’objectif réel. La lutte contre le trafic de drogue n’était qu’un prétexte. En agissant ainsi, Trump viole le droit international et ressuscite au passage l’ancienne «doctrine Monroe», telle qu’elle était appliquée dans les années 1980. Un principe simple: l’Amérique latine est l’arrière-cour de Washington. Les Etats-Unis y décident de ce qui se passe et de qui gouverne. Et ils ne tolèrent pas les dirigeants qui leur déplaisent.
Cuba et le Nicaragua dans le viseur?
L’Amérique latine s’avance vers des temps agités. Les dirigeants de Cuba et du Nicaragua, Miguel Díaz-Canel et Daniel Ortega, doivent déjà avoir des sueurs froides. Ils pourraient bien figurer parmi les prochaines cibles de la politique interventionniste américaine. Le régime communiste de La Havane, en particulier, est dans le viseur du secrétaire d’Etat Marco Rubio. Ses ancêtres viennent de l’île et il rêve depuis longtemps de renverser le pouvoir en place.
A ce stade, aucune preuve définitive ne confirme que Maduro a bien été arrêté et remis à la justice américaine. Mais tout semble l’indiquer. La vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez a exigé un signe de vie de la part du gouvernement américain.
Une intervention qui réveille de vieux souvenirs
Si l’arrestation de Nicolas Maduro est confirmée, l’histoire se répète. En 1989 déjà, les Etats-Unis avaient capturé le président panaméen Manuel Noriega lors d’une intervention très similaire, avant de l’emmener aux Etats-Unis. Noriega s’était rendu le 3 janvier 1990, jour pour jour il y a 36 ans.
Comme aujourd’hui pour Maduro, Washington affirmait alors qu’il ne s’agissait pas d’un chef d’Etat légitime, mais d’un narcotrafiquant puissant et parfaitement organisé, responsable de l’inondation des Etats-Unis par la drogue.
Condamné en 1992 par un tribunal américain pour trafic de stupéfiants et racket, Noriega avait ensuite été extradé vers la France, puis renvoyé au Panama en 2011. Il y est mort en 2017, toujours prisonnier, assigné à résidence, des suites d’un cancer.
Nicolas Maduro pourrait connaître un destin judiciaire tout aussi long, entre prisons américaines et peut-être d’autres pays. Le dirigeant de gauche fait déjà l’objet de procédures devant la Cour pénale internationale de La Haye pour violations des droits humains.
Il opprime son peuple et l’opposition depuis longtemps. Plus de huit millions de Vénézuéliens ont fui ces dernières années, trouvant refuge surtout dans les pays voisins. L’économie a été dévastée, la démocratie progressivement démantelée. Le Venezuela était devenu un pays en voie de dictature. Mais cela ne donne pas pour autant aux Etats-Unis le droit d’imposer un changement de pouvoir par la force.
Un avenir toujours incertain au Venezuela
Le renversement du régime n’est d’ailleurs pas encore acté. Pour l’instant, ce sont surtout la vice-présidente Delcy Rodriguez et le ministre de la Défense Vladimiro Padrino qui semblent tenir les rênes du pays. On ne peut pas encore parler de véritable «regime change».
Rodriguez fait partie, avec son frère Jorge Rodriguez, ministre de la Communication, et le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, du noyau dur du pouvoir chaviste. Or l’histoire l’a montré: en Amérique latine, les changements de régime imposés par la violence débouchent rarement sur plus de stabilité ou de démocratie.
L’opposition vénézuélienne, elle, reste profondément divisée. La lauréate du prix Nobel de la paix 2025, Maria Corina Machado, se montre davantage favorable aux interventions militaires qu’aux solutions pacifiques. Et, pour l’heure, elle ne dispose même pas d’un mandat politique dans son pays.
Au Venezuela, l’intervention américaine ouvre surtout une période d’incertitude, avec le risque de violences, de luttes de pouvoir et d’un dangereux vide politique au sommet de l’Etat.
Maduro est peut-être tombé, mais le calme est loin d’être revenu. Bien au contraire. Le régime dispose encore d’un appareil sécuritaire omniprésent et de cadres du parti préparés depuis longtemps à ce scénario. L’émergence d’un véritable changement dépendra de la capacité du cercle chaviste à lâcher prise – et surtout de la volonté de la population de tenter, une fois encore, d’imposer une démocratisation réelle d’un pays durement éprouvé.
Adaptation en français: Yoann Graber
