Même Melania Trump est fâchée
Les raids qui s’abattent depuis plusieurs mois sur les grandes villes démocrates ne devaient être qu’un spectacle. De ceux que Donald Trump affectionne tant. Un violent coup de comm’ pour faire suite à sa promesse de campagne de rendre l’Amérique meilleure, en expulsant par dizaines de milliers ceux qu’il considère comme des parasites illégaux.
Promesse tenue et mission accomplie. Enfin... jusqu’à ce que le réel fasse dérailler la propagande. Avant la mort de deux citoyens américains sous les balles nerveuses des agents de l’ICE, le gouvernement Trump se délectait de voir la brutalité de ses malabars à cagoule défrayer la chronique.
La Maison-Blanche avait besoin que les médias et les réseaux sociaux rendent compte quotidiennement du boulot abattu (sans faux jeu de mots) par sa milice controversée. Les cris et les pleurs filmés par les téléphones portables valent tous les chiffres du monde aux yeux du milliardaire MAGA. Le grand cinéma plutôt que les mathématiques, avec un message aussi fort que simpliste:
Quoi de mieux pour incarner cette politique migratoire à la sauce GI Joe, qu’une ancienne représentante du Congrès qui adore se filmer en train de cramer des trucs au lance-flamme dans son jardin?
Kristi Noem, 54 ans, avait la gueule et le look de l’emploi. Une sorte de Lara Croft sans foi ni loi, prête à tout pour satisfaire les fantasmes du patron. Dès le début du mandat de Donald Trump, la secrétaire à la Sécurité intérieure s’est donc approprié le terrain, fringuée pour la guerre et suivie de près par les flashs et les caméras du monde entier.
Son heure de gloire.
Même pour Trump, la violence mise en scène a manifestement ses limites. Surtout lorsque sa crédibilité politique est en jeu. Si le coup de comm’ s’est cassé la gueule, c’est d’abord parce que la garde rapprochée du président, de JD Vance à Stephen Miller, en passant par la porte-parole Karoline Leavitt et Kristi Noem, s’est ruée sur les micros pour défendre le boulot des agents incriminés, en traitant les deux Américains tués par l’ICE de «terroristes intérieurs».
Cela, avant même que l’on en sache davantage sur le déroulement des faits. Comme si la propagande, jusqu’ici bien huilée, allait suffire à faire taire les râleurs, que les MAGA pensaient cantonnés à l’ennemi démocrate.
Retour de bâton
Or, cette double bavure sur le terrain est venue aggraver la fissure dans le clan républicain, avec un malaise inédit. Alors que la politique d’immigration de Trump est déjà majoritairement désapprouvée par la population américaine, les électeurs pensent que l’ICE est «allé trop loin», selon un sondage du New York Times, publié le 17 janvier. Pour sûr que la mort d’Alex Petti n’a rien arrangé.
A Washington, sans pour autant critiquer publiquement le président, de nombreuses huiles républicaines prennent désormais leur distance avec la répression en cours dans le Minnesota, conscientes que l’électorat goûte peu l’idée qu’une police fédérale tue des citoyens américains en pleine rue.
«Les circonstances sont tellement flagrantes et la situation tellement stupéfiante que, bien sûr, les responsables républicains ne vont pas accepter l'explication avancée avant même que quiconque ait examiné les preuves», analyse par exemple le sondeur républicain Whit Ayres, dans le Washington Post. Mercredi, les sénateurs républicains Lisa Murkowski et Thom Tillis demandaient «la démission» de la secrétaire à la Sécurité intérieure.
Sans compter que Chris Madel, l’ancien avocat de l’agent qui a tué Renee Nicole Good, est allé jusqu’à quitter la course au siège de gouverneur du Minnesota avec fracas, refusant de «soutenir ces représailles contre les citoyens de notre Etat».
Enfin, la très puissante NRA est venue semer la pagaille, en critiquant le fait que l’administration «diabolise des citoyens respectueux des lois» parce qu’Alex Pretti était armé.
En ce début de semaine, c’est peu dire que tout s’est accéléré et Donald Trump appuie sur la pédale de frein. Il a lentement désavoué ses pions qui sapent sa réputation en semant la mort à Minneapolis. Le commandant en chef et visage de l'ICE a été écarté. Kristi Noem a pris peur, au point de réclamer un entretien d’urgence de deux heures avec le président, dans le Bureau ovale.
Manifestement en mauvaise posture, le locataire de la Maison-Blanche considère désormais que la mort d’Alex Pretti est «très triste» et promet «une petite désescalade». Son proche conseiller Stephen Miller vient de reconnaître de possibles «manquements au protocole», alors qu’il avait traité la victime d’«assassin en puissance».
Et puis, Tom Homan, le tsar des frontières, a été catapulté dans le brasier de Minneapolis pour tenter de calmer le jeu et les nerfs des autorités démocrates: «Même si nous ne sommes pas d’accord sur tout, ces réunions constituent un point de départ productif», a-t-il confié à l’AFP mardi.
Fallait pas énerver Melania
Cerise sur la gabegie, les tensions dans le Minnesota ont réveillé jusqu’à la First Lady, qui n’a pourtant pas pour habitude de s’exprimer sur les affaires politiques de son mari. En pleine promotion de son documentaire à gros budget, produit par la plateforme de streaming de Jeff Bezos et en salles obscures ce vendredi, Melania Trump a rappelé sur Fox News qu’elle est «contre la violence», sans pour autant évoquer la bavure des agents de l’ICE.
Melania says she’s against violence and riots from the protesters in MN and calls for it to stop. She has no comment about violence from federal agents. pic.twitter.com/FVJTMpbaOm
— Ron Filipkowski (@RonFilipkowski) January 27, 2026
Pour certains commentateurs, la Première dame serait simplement fâchée que ces violences fassent de l’ombre à la sortie de son film, déjà massivement critiqué par la presse américaine. Pour d’autres, elle aurait été envoyée au front par Donald Trump pour rafistoler son image.
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que Melania, d’origine slovène, prend la parole pour causer immigration. Durant le premier mandat de son homme, en 2018, elle s'était exprimée à propos de la séparation des enfants de leurs parents sans-papiers qui franchissent la frontière du Mexique.
Si la parole publique de Melania est souvent un baromètre fiable de l’état d’esprit de son mari, Donald Trump, lui, pense avant tout aux Miderms. Et c’est bien la première fois qu’il se retrouve réellement en difficulté depuis le début de son second mandat, dans un dossier aujourd’hui explosif, qui était pourtant sa grande force et sa priorité de campagne.
Si la Maison-Blanche ne parvient pas à éteindre la polémique rapidement, le président pourrait donc bien avoir besoin d’un fusible visible à faire sauter. Qui de mieux qu’une ancienne représentante du Congrès qui adore se filmer en train de cramer des trucs au lance-flamme dans son jardin?
Changement de statut pour Kristi Noem? Même si le patron a affirmé mercredi qu’elle «fait du bon travail», la secrétaire à la Sécurité intérieure incarne désormais celle qui a mis du sang sur les mains de Donald Trump.
