Ce projet pour modifier le climat mondial fait polémique
Sous l'effet du changement climatique d'origine humaine, les vagues de chaleur et autres événements météorologiques extrêmes tels que des sécheresses et fortes précipitations suivies d'inondations se multiplient. Le réchauffement climatique fait grimper les températures de façon continue et El Niño amplifie encore les effets négatifs du réchauffement.
Ce phénomène climatique se produit lorsque les eaux chaudes de surface du Pacifique tropical se déplacent vers l'est, réchauffant de façon inhabituelle le Pacifique oriental. Ce mouvement modifie la circulation atmosphérique et la répartition des précipitations à travers le globe.
Des effets dramatiques
La côte ouest de l'Amérique du Sud, l'Australie, l'Indonésie ainsi que le sud et l'est de l'Afrique sont particulièrement touchés par ces changements. En Europe, les effets d'El Niño sont moins directs et plus difficiles à établir, même si certains chercheurs estiment que le phénomène a pu contribuer aux récentes vagues de chaleur sur le continent.
Cet été, plusieurs chercheurs ont mis en garde contre un effet El Niño particulièrement puissant. Tim Stockdale, du Centre européen indépendant pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), a ainsi déclaré récemment lors d'une conférence de presse:
Les chercheurs se demandent depuis longtemps comment limiter les effets négatifs de ce phénomène climatique. Dans une étude publiée mercredi dans la revue Science Advances, un groupe de scientifiques vient de présenter une approche controversée: la géo-ingénierie solaire.
Rendre les nuages «plus blancs»
L'idée est de renvoyer une partie du rayonnement solaire vers l'espace grâce à des moyens techniques. La méthode proposée par les chercheurs du Scripps Institution of Oceanography, à San Diego, consiste à pulvériser des particules dans les nuages situés au-dessus de l'océan afin de les éclaircir.
Ce procédé fonctionne parce que ces fines particules en suspension favorisent la formation d'un plus grand nombre de gouttelettes d'eau. Ces gouttelettes rendent les nuages plus clairs et ceux-ci réfléchissent alors davantage de lumière vers l'espace, ce qui réduit la quantité de soleil qui atteint la Terre.
Des études antérieures avaient déjà montré qu'éclaircir les nuages pouvait effectivement conduire à refroidir le Pacifique. Dans leur étude, les chercheurs se sont penchés sur les événements liés aux violents feux de brousse survenus en Australie en 2019 et 2020.
Au-dessus de l'eau, les vastes panaches de fumée alors générés s'étaient mêlés aux nuages du Pacifique, ce qui avait contribué à refroidir la température de surface de l'océan et à favoriser l'apparition de l'effet appelé La Niña.
La «soeur» d'El Niño pourrait être la solution
La Niña est l'opposé d'El Niño et se produit lorsque les eaux du Pacifique tropical se refroidissent de façon inhabituelle. Les chercheurs s'étaient intéressés à l'effet d'éclaircissement des nuages observé lors des feux de brousse australiens pour étudier quelles conséquences il aurait pu avoir sur les épisodes El Niño de 1997 et 2015, dont la puissance avaient été historique.
Ils ont ainsi découvert qu'un éclaircissement ciblé des nuages marins pourrait atténuer les conséquences d'El Niño et renforcer jusqu'à 40% les effets refroidissants et asséchants de La Niña. Selon l'étude, plus cette technique serait mise en œuvre tôt au cours d'un été marqué par El Niño, plus elle serait efficace.
Le fait que ces résultats restent de nature théorique, sans découler d'aucune expérience réelle, montre à quel point les techniques de géo-ingénierie demeurent controversées et peu étudiées. Les chercheurs du Scripps eux-mêmes ont indiqué avoir renoncé à toute expérimentation réelle, par crainte de «conséquences catastrophiques et involontaires».
La méthode fait débat
Interrogée par la chaîne américaine CNN, Kate Ricke, l'une des autrices de l'étude et chercheuse à l'institut Scripps Oceanography, précise que cette étude ne constitue pas un plaidoyer pour la géo-ingénierie, mais simplement une preuve de concept montrant qu'il vaudrait la peine d'approfondir cette méthode.
La chercheuse reconnaît également les inconvénients potentiels d'un refroidissement ciblé obtenu grâce à l'effet La Niña. Elle a expliqué à CNN:
Selon Kate Ricke, il convient donc de peser soigneusement le pour et le contre. Chercheur en sciences de l'atmosphère à l'Université d'Exeter, James Haywood a quant à lui fait part sur CNN de ses doutes sur la méthode d'éclaircissement des nuages:
Au-delà des questions techniques liées à sa mise en œuvre, ce scientifique se demande ce qu'il se passerait si on allait trop loin. Car La Niña peut, elle aussi, provoquer des événements météorologiques extrêmes, comme de fortes pluies et des inondations.
Qui doit décider du climat mondial?
Professeur de géophysique à l'Université de Chicago, David Keith souligne lui aussi les défis techniques liés à la faisabilité de cette méthode:
Cette méthode soulève par ailleurs des questions éthiques, notamment celle de savoir qui serait habilité à décider de la façon d'influencer le climat mondial. David Keith pointe aussi un autre risque, que de telles mesures détournent l'attention des efforts de réduction des émissions dans la lutte contre le changement climatique.
Kate Ricke, la chercheuse impliquée dans l'étude, reconnaît elle aussi qu'un important travail de recherche reste nécessaire, mais ajoute:
(jul, tad. joe)
