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Crise Trump-Europe: nous ne mourrons peut-être pas dans notre lit

Le président américain Donald Trump est arrivé mercredi vers 14h00 à Davos (GR). Montage le mettant en scène marchant sur le drapeau européen.
Image: watson
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Nous ne mourrons peut-être pas dans notre lit

L'agressivité manifestée par Donald Trump face à nous, Européens, dans l'affaire du Groenland nous oblige à revoir notre stratégie de sécurité. Son discours, ce mardi à Davos, n'aura pas rassuré.
21.01.2026, 16:2021.01.2026, 17:32

Désormais, en Europe, l’heure n’est plus à la dispute stérile entre fédéralistes et souverainistes. Il en va de la sécurité du continent et de ses alliances. L’Otan est en première ligne. Née en 1949 pour faire face à la menace soviétique, l’Alliance atlantique, avec les Etats-Unis comme puissance maîtresse, a été jusqu’ici notre assurance-vie. Littéralement. Elle est aujourd’hui en péril.

A Davos, l'inversion des réalités

La volonté affichée par Donald Trump de s’emparer du Groenland fait des Etats-Unis – chose folle – un possible ennemi des Européens. Territoire autonome, le Groenland n’en est pas moins, en effet, sous souveraineté danoise, le Danemark étant par ailleurs membre de l’Union européenne et de l’Otan.

Dans son discours ce mardi après-midi au Forum économique de Davos, le chef de la Maison-Blanche a piétiné les réalités politiques et juridiques. Il a réaffirmé sa volonté de posséder le Groenland, déclarant toutefois, heureusement, que «ce ne serait pas par la force», et accusé les Européens d'ingratitude lorsqu'ils s'opposent à ses vues. Rempli d'autosatisfaction, il a exercé son chantage affectif habituel, doublé d'un cynisme sans nom.

Ce serait comme une déclaration de guerre

Si le président américain devait donner le feu vert à l'annexion du Groenland, l’ordre de l’après-Seconde Guerre mondiale, déjà malmené, en serait bouleversé. Notre allié nous déclarerait en quelque sorte la guerre sans le dire, alors que la guerre économique fait déjà rage.

Nous? Dans cette crise, encore une fois, il n’y a d’échappatoire pour aucun Européen, suisse compris. Accepter l’annexion du Groenland serait se soumettre et perdre toute chance ou presque de peser dans de futurs rapports de force avec les Etats-Unis, mais aussi avec d’autres grandes puissances, la Chine et la Russie.

L’alerte groenlandaise oblige les Européens à redéfinir leur architecture de défense, au-delà même de l’augmentation des capacités militaires. Si l’Europe ne peut plus compter sur les Etats-Unis, cela veut dire qu’elle devra d’abord se fier à elle-même.

Un Pacte de Varsovie bis?

Il n’était pas prévu que l’Otan devienne un jour un Pacte de Varsovie, l’ancienne «alliance» communiste à l’Est de l’Europe sous la botte de l’ex-URSS. Il ne faut pas qu'elle en devienne un.

Les certitudes au sein de ce qu’il reste de communauté internationale sont en train de voler en éclats. L’ONU – qui n’a cessé de perdre en influence ces vingt dernières années, se transformant de plus en plus en instance de représentation du Sud Global – est au plus mal. Trump veut la remplacer par un Conseil de paix, un club à sa main. L’Otan, pour en revenir à elle, pourrait disparaître et se posera alors – elle se pose déjà aujourd'hui – la question de la dissuasion nucléaire, seule la France étant capable en Europe de remplir pour l'heure pleinement ce rôle, mais en priorité pour elle-même.

Bref, notre Europe est en mauvaise posture. Nous avons vécu bien confortablement, bien paresseusement, à l’abri du parapluie américain, convaincus que nous mourrions à jamais dans notre lit. Cette époque est révolue.

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