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Israël, Gaza, Harvard: la diagonale de la folie

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Israël, Gaza, Harvard: la diagonale de la folie

Les ruines de Gaza, à gauche. Des hommes du Hamas, le jour du massacre du 7 octobre.
Les ruines de Gaza, à gauche. Des hommes du Hamas, le jour du massacre du 7 octobre. image: keystone
Déjà deux mois depuis le massacre du Hamas, déclencheur d'une terrible réplique d'Israël et d'une inquiétante passion antijuive en Occident.
07.12.2023, 18:4808.12.2023, 13:14
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Il y a deux mois, le 7 octobre, un massacre d’une effroyable cruauté frappait des civils sans défense dans le sud d’Israël. Au petit matin, des commandos du Hamas en provenance de la bande de Gaza toute proche semaient la terreur dans des kibboutz, décimaient les participants d’une rave-party. Bilan: 1200 morts, 240 otages capturés. L’attaque, inédite par son ampleur, terrifiait les Israéliens, qui voyaient ressurgir les pogroms et le glaçant processus d’extermination, si méthodique, de la Shoah.

Israël, censé protéger les juifs des persécutions, se révélait vulnérable

Des choix du gouvernement israélien participaient de cette faillite sécuritaire. Tout à son entreprise d’expansion dans les territoires occupés, requérant la présence de forces armées pour protéger les colons, il avait négligé la protection des habitations du Néguev. De même, il avait ignoré des avertissements faisant état d’une possible opération du Hamas à cet endroit.

La réplique d’Israël s’annonçait d’autant plus terrible que les bases sur lesquelles il repose – Etat créé par la communauté internationale dans un environnement hostile – sont somme toute fragiles. Le Hamas était parvenu à son but: il plongeait les Israéliens dans une profonde angoisse existentielle, obligeant Tsahal à répliquer durement dans la bande de Gaza, à coup de bombardements tuant plus de civils que d’hommes en armes: il y aurait plus de 16 000 morts côté palestinien, dont 70% de femmes et de mineurs.

«Cycle infernal»

Le droit d’Israël de se défendre, que seuls les opposants à son existence contestent et qui ne doit pas être mis dans le même sac que l’action terroriste du Hamas, a pris un côté vengeur où la vie des Palestiniens paraît compter bien peu. Or la vie des Palestiniens compte sur une terre qui est aussi la leur, et ce, depuis des siècles.

Sans doute Israël, qui a vu les images de groupes de Palestiniens en liesse, le 7 octobre, au retour de commandos du Hamas ramenant leur butin humain mort ou vif à l’arrière de pickups, considère-t-il la population gazaouie pour partie complice de la tuerie de masse perpétrée ce jour-là.

On est là dans le funeste «cycle infernal» qui régit de tout temps les rapports israélo-palestiniens (autrefois israélo-arabes). Des rapports faits de folies jusqu’au-boutistes, où deux existences sont convaincues de jouer leur peau à tout moment

L’autre folie est celle qui a gagné le monde à compter du massacre du 7 octobre à Be'eri et dans d'autres kibboutz alentours, signal de départ d’une grande quinzaine antisémite qui se prolonge. Sous prétexte de la critique d’Israël, c’est sa négation qui est à l’œuvre. Négation qu’on retrouve dans le slogan repris en chœur en Occident, singulièrement sur les campus américains, pris d’une passion antijuive:

«From the river to the sea, Palestine will be free» (réd: du Jourdain à la Méditerranée, la Palestine sera débarrassée d’Israël)

Mercredi, une diplômée du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), née d’une mère juive et d’un père musulman originaire d’Afghanistan, elle-même «fière présidente» du MIT Israel Alliance, une structure fondée après le 7 octobre pour répliquer aux propos antisémites et défendre le droit d'exister de l'Etat hébreu, a témoigné devant un public du Parti républicain d’horreurs sorties de la bouche de collègues du MIT. Telles que:

«Des membres de mon groupe d’étudiants ont dit que les participants au festival de musique Nova (réd: la rave-party) méritaient de mourir parce qu'ils faisaient la fête sur des terres volées»
Une diplômée du MIT

Le même jour, les présidentes de trois des plus prestigieuses universités américaines, Harvard, Pennsylvanie et MIT, étaient auditionnées par une commission du Congrès à Washington. Alors que leurs règlements protègent les étudiants contre les «micro-agressions», un acquis des mouvements identitaires wokes, elles ont été incapables de dire qu’«appeler au génocide du peuple juif» allait à l’encontre des codes de conduite de leurs établissements respectifs, affirmant que cela dépendait du «contexte». Face au tollé déclenché par leurs réponses, elles ont rétropédalé.

Qu’est-ce que cela nous dit? Cela nous dit que le juif, minoritaire parmi les minoritaires, ne mérite pas d’être protégé au motif qu’il appartiendrait à la caste des dominants. Cela nous dit que la Shoah est devenue encombrante aux yeux de certains, manifestement nombreux. Cela nous dit, surtout, qu’une partie du monde, en Occident même, n’accorde plus aucune importance au fait que des juifs sont tués en tant que juifs, ou n’y voit qu’une fatalité épousant l'ordre des choses. Gilles Kepel, à qui l’on doit l’expression «djihadisme d’atmosphère», le disait cette semaine dans une interview à watson après l’attentat commis samedi dernier à Paris par un islamiste radical:

«Aujourd’hui, on voit, dans la jeunesse européenne estudiantine, que les massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas ont été passés par pertes et profits, en disant qu’il n’y a que les milliers de Palestiniens tués par les bombardements israéliens qui comptent. C’est à partir du moment où on fait ce type de hiérarchie que tout devient licite, permis.»
Gilles Kepel

Au djihadisme d’atmosphère s’ajoute un antisémitisme d’atmosphère, propagé, entre autres, pas le mouvement islamiste Hamas, mauvais héros d'une cause juste: l’avènement d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

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