Quelques jours avant l'arrêt fracassant de la campagne présidentielle de Joe Biden, la presse américaine mise déjà largement sur l'abandon du président. Les paris sont ouverts. Si Kamala Harris devient candidate, qui pour lui servir de vice-président? Qui pour équilibrer ce ticket? Le Daily Beast est l'un des premiers à ouvrir les paris. Son titre parle pour lui-même:
Ce nouveau «héros»? Le sénateur de l'Arizona, Mark Kelly, 60 ans. Encore peu connu sous nos latitudes, mais désormais largement considéré par les observateurs politiques comme l'un des chouchous pour servir de colistier à Kamala Harris.
Il faut dire que ce natif d'Orange, New Jersey, a pour lui «un CV politique incroyablement solide» (dixit le New York Times) et toutes les «qualités» requises pour devenir le prétendant idéal. A savoir: être un homme, blanc, centriste, issu d'un swing-state, pourvu d'une sérieuse expérience militaire et d'une famille, on ne peut plus tradi, stable et aimante. Le tout, doublé d'un bon patriote et d'une histoire à faire pleurer un Spitz nain.
Le parcours de Mark Kelly, c'est du rêve américain relevé à la sauce barbecue. Trop beau pour être vrai. Fils d'un couple de flics (tout le monde a un père flic, mais une maman flic, imaginez!), il est diplômé de l'Académie de la marine marchande des Etats-Unis, puis pilote d'avion d'attaque. Engagé dans l'US Navy, il sera déployé à deux reprises sur des porte-avions dans le golfe Persique et effectue près de 40 missions de combat dans le cadre de l'opération «Tempête du désert».
Et comme ses médailles ne suffisaient pas, dix ans plus tard, il est sélectionné par la NASA pour servir comme pilote de navette spatiale aux côtés de son frère jumeau, Scott. Au cours de sa carrière d'astronaute, Mark continue à bosser ses nerfs et passe plus de 54 jours dans l'espace. Quand il ne survole pas la Terre, c'est sur sol texan, à Houston, qu'il s'installe - un atout de plus pour séduire l'électorat du coin.
2011 marque un moment charnière dans le parcours de l'officier. Non seulement il prend sa retraite, mais c'est surtout cette année qu'il est à un cheveu de perdre sa femme, Gabrielle Giffords, une représentante démocrate.
Mark et Gabby sont mariés depuis seulement quatre ans et fin prêts à fonder une famille (ils sont à quelques jours d'entamer un traitement de fertilité), lorsque survient la fusillade de Tucson. Six personnes sont tuées lors de l'attaque, dont un enfant de 9 ans. Gabrielle prend une balle dans la tête. Grièvement blessée, une grande partie de son crâne doit être remplacée. (Dans le documentaire Gabby Giffords Won't Back Down, on apprend que ce dernier est toujours conservé dans le congélateur familial).
De longs mois de rééducation attendent la députée, paralysée du bras droit et atteinte d'aphasie. Toutefois, dans son malheur, Gabby peut compter sur «son partenaire». «Son roc». Mark Kelly se retire de la vie publique pour aider sa moitié à recouvrer ses capacités à marcher, parler, chanter, rire... et le conseiller sur sa future carrière politique. Le couple devient un farouche défenseur du contrôle des armes à feu, en fondant une association à but non lucratif «Giffords», pour réclamer des lois plus strictes en la matière.
Et comme ce mariage inspirant ne suffisait pas, notons que Mark Kelly a deux filles nées de son premier mariage et qu'elles sont choues comme tout. (Ça devrait être un détail, mais dans l'Amérique de Trump, ça compte.)
En 2020, dans la foulée de l'élection spéciale organisée après décès du sénateur John McCain d'un cancer du cerveau, Mark Kelly se lance en politique. En Arizona, le démocrate est élu avec succès et bat sa rivale républicaine, une pro-Trump, à plates coutures. Une prouesse inattendue dans cet Etat acquis depuis plusieurs législatures au rouge du GOP.
Ce n'est pas parce que Mark Kelly a longtemps eu la tête dans les étoiles, qu'il n'a pas les pieds sur Terre. Durant son mandat, il s'engage tout particulièrement sur un thème politique brûlant: sa politique aux frontières avec le Mexique. Aujourd'hui, son principal atout pour devenir le colistier idéal de Kamala Harris.
Depuis quatre ans, le sénateur de l'Arizona se déplace régulièrement en avion dans les communautés frontalières de cet Etat aride et désertique, où il noue des liens étroits avec les autorités frontalières, les forces de l’ordre et les militants des droits des migrants.
Sa connaissance pointue du terrain, sa maîtrise du dossier et son combat en faveur d'une politique migratoire stricte suscitent le respect jusque dans le camp adverse. «Il est très instruit et connaît bien le sujet», confirme le shérif du comté de Yavapai, David Rhodes, un républicain, au Washington Post.
Aujourd'hui, Mark Kelly n'est plus tranquille. Depuis que son nom circule comme colistier potentiel de Kamala Harris, il peut plus se déplacer à travers le Capitole sans être harcelé par un essaim de journalistes.
Le sénateur s'obstine toujours à refuser de confirmer s'il lorgne sur le poste. Par souci de commodité, il décline toutes les demandes d'interviews.
S'il incarne le candidat idéal, patriote et mari dévoué, susceptible de plaire aux hommes comme aux femmes, le sexagénaire devra toutefois faire face à la concurrence de sérieux prétendants. De nombreux pronostiqueurs politiques misent sur le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro, mais aussi sur ceux du Kentucky, Andy Beshear, ou encore du Minnesota, Tim Walz.
Le suspens ne devrait toutefois pas s'éterniser. Kamala Harris doit annoncer son choix avant le 7 août, date à laquelle le parti démocrate doit la désigner officiellement comme candidate. En attendant, Mark Kelly peut toujours dégainer l'argument ultime: avec un jumeau parfaitement identique, il est le premier candidat à la vice-présidence à pouvoir se dupliquer et faire campagne à deux endroits à la fois.
Si on avait encore un doute, cet homme a tout pour lui.