La phrase est tombée comme un aveu d'échec, ce dimanche après-midi, dans la bouche du shérif de West Palm Beach. «A son niveau actuel, il n'est pas le président en exercice. S'il l'était, nous aurions eu tout ce terrain de golf encerclé», a admis platement Ric Bradshaw, lors d'une conférence de presse organisée dans la foulée des évènements de dimanche après-midi.
«J'imagine donc que la prochaine fois qu'il se rendra sur un terrain de golf, il y aura probablement un peu plus de monde autour du périmètre», a conclu le responsable de la police. Peut-être. Il faudra en tout cas bien plus que de vagues promesses pour apaiser la colère et les inquiétudes de l'entourage du républicain, après l'ouverture par le FBI d'une nouvelle enquête pour «tentative d'assassinat» présumée. L'intitulé laisse sur la langue une saveur désagréable. Celle du déjà-vu.
Si le profil et le mobile de l'homme arrêté sur le golf de Donald Trump restent à éclaircir, une grande question plane, au-dessus de toutes les autres. Comment un homme armé d'un fusil semi-automatique à lunette télescopique a-t-il pu approcher si près, entre 300 et 500 mètres, d'un ancien président et candidat à la présidentielle, alors qu'il jouait au golf?
Ce n'était pas faute pour le Secret Service d'avoir considérablement renforcé les mesures de protection autour de Trump, depuis la tentative d'assassinat de Butler, en Pennsylvanie, le 13 juillet dernier. L'agence avait notamment pourvu à une brochette d'agents supplémentaire et à une prise renseignements renforcée sur le terrain. Ces mesures, précise le Washington Post, ont probablement eu un rôle décisif ce 15 septembre.
Le tireur présumé, positionné dans les buissons sur le périmètre du club de golf, aurait été repéré par un agent installé en amont d'un trou sur le parcours. Ce dernier a ouvert le feu sur l'intrus, quelques instants après avoir repéré le canon de son arme à feu.
Difficile de dire combien d'agents vadrouillaient autour de Donald Trump alors qu'il s'adonnait à son sport dominical. Sans surprise, le Secret Secret est avare en détails sur la manière dont il protège les personnalités politiques nationales dont il a la responsabilité. Tout juste précise-t-il sur son site internet que les principaux candidats à la présidence et à la vice-présidence font l'objet d'une surveillance et d'une protection spécifique. Le nombre d’agents assignés à un ancien président des Etats-Unis, quant à lui, varie en fonction des menaces et de la durée de son absence au pouvoir.
Une chose est sûre: la passion de Donald Trump pour le golf rend la tâche nettement plus ardue aux personnes chargées d'assurer sa sécurité. A commencer par les difficultés inhérentes au terrain: les greens de golf sont, par définition, de vastes espaces qui présentent peu d'endroits où se mettre à l'abri. Nettement plus malaisés à quadriller qu'un espace clos.
Sans oublier que Donald Trump conduit généralement sa propre voiturette de golf. Laquelle, à l'exception du sceau présidentiel, est similaire à n'importe quelle autre. Elle ne possède ni vitres pare-balles ni gadget de protection particulier. En général, précise la chaîne ABC, agents et officiels - eux-mêmes en voiturette de golf ou en VTT - surveillent la zone devant et derrière le milliardaire. Il arrive occasionnellement qu'un véhicule noir et blindé se gare sur le parcours, afin de pouvoir abriter rapidement l'ancien président en cas de menace.
Ce n'est toutefois pas le cas à chaque partie.
Ajoutez à ces failles évidentes une approche pour protéger l'ancien président sur ses parcours que le New York Times qualifie d'«incohérente». A de nombreuses occasions, les personnes virevoltant autour de Donald Trump ont pu s'approcher facilement de l'ancien président sans faire l'objet d'une fouille. Soucieux de rester facile d'accès et de garder une attitude décontractée, le septuagénaire aurait plaisir à prendre la pose pour des photos ou à bavarder avec les curieux.
Quelles que soient les difficultés particulières que présente la sécurité de l'ancien président, le Secret Service devra inévitablement répondre de ce nouvel incident. Dans les minutes qui ont suivi les échanges de tir sur la pelouse du Trump International Golf Club, des appels ont fusé de tous les côtés politiques pour réclamer que l'ancien président bénéficie d'une protection renforcée. A commencer par les républicains, qui n'ont pas manqué de s'emparer de l'attaque pour en faire leur beurre politique.
«On peut se demander pourquoi aucun drone ne survolait l'endroit où se trouve le président. C'est ridicule!», s'est étranglé de son côté le représentant républicain du Tennessee Tim Burchett, sur Fox News. «Le problème, c'est que vous avez un Secret Service, du moins à mon avis et aux yeux du public, qui est compromis et qui manque de leadership. Et vous avez de très bons agents sur le terrain, évidemment. L'un d'eux a tiré. Mais pourquoi diable quelqu'un se trouverait-il à proximité de ce périmètre?»
Même son de cloche du côté de Vivek Ramaswamy, potentiel candidat pour un poste au sein du cabinet de Trump. «J'appelle les services secrets à renforcer IMMÉDIATEMENT la protection du président Trump au même niveau qu'ils offrent à Biden, il n'y a aucune excuse pour ne pas le faire à ce stade», a-t-il asséné sur X.
Des voix démocrates se sont jointes à ces appels. «Tous les principaux candidats à la présidence devraient bénéficier du plus haut niveau de protection présidentielle», a notamment réagi le représentant new-yorkais Richie Torres, auprès d'Axios.
Un groupe de travail bipartisan de la Chambre des représentants, chargé d'enquêter sur la tentative d'assassinat contre Donald Trump du 13 juillet, a d'ores et déjà réclamé qu'un briefing soit organisé avec le Secret Service cette semaine. Cette nouvelle attaque pourrait inciter les législateurs à élargir leur enquête.
L'ancien rival de Donald Trump dans la course à la présidence, Ron DeSantis, lui, n'a pas attendu. Le gouverneur de Floride a annoncé que son Etat ouvrirait sa propre enquête, parallèle à celle du FBI, pour faire toute la lumière sur cette affaire. Et comprendre quelles failles ont permis d'approcher l'homme politique le plus controversé du pays d'aussi près.