Le sourire carnassier, les lèvres gonflées au botox, les faux-cils épais, les pommettes coupantes, la cascade de cheveux brun aussi brillant que le capot d'une Lambo et une paire de jambes kilométriques qui a longtemps fait fureur sur le plateau de Fox News. Kimberly Guilfoyle, 55 ans, colle parfaitement à l'image des femmes évoluant dans l'orbite de Trump. Elle y nage avec une telle aisance qu’on croirait qu'elle a toujours fait ça.
Difficile d'imaginer qu'il y a deux décennies, cette ancienne procureure de San Francisco, décrite comme une «guerrière de l'accusation», «terre-à-terre» et «élégante», naviguait dans les hautes sphères d'un bastion démocrate. Plus fou encore, aux côtés du futur gouverneur de Californie, Gavin Newsom, désormais proche confident et conseiller de Joe Biden.
Un passé que le New York Times s'est fait un malin plaisir de remettre au goût du jour cette semaine, en revenant sur la «longue et étrange saga» de la rivalité entre Kimberly Guilfoyle et Kamala Harris, à l'époque où les deux femmes partageaient le bureau du procureur. Une histoire vieille de plus de 20 ans, mais qui résonne de manière «quasi-surréaliste» avec la campagne présidentielle actuelle.
Pour comprendre, il faut revenir aux débuts des années 2000, dans la poudrière politique qu'est San Francisco. Kamala Harris est alors procureure adjointe de district et une habituée du circuit mondain, des galas et des after parties après l'opéra.
Kimberly Guilfoyle, de quelques années sa cadette, est la fille d'Anthony Guilfoyle, un conseiller politique connu et reconnu (notamment sous le surnom du «Parrain», en raison de ses relations étroites avec les responsables de la mafia irlandaise locale), et surtout, une étoile montante du barreau californien.
Après un passage dans le bureau du procureur de Los Angeles, Kimberly Guilfoyle songe à revenir bosser dans le coin. Sa «rivale» ne l'entend pas de cette oreille. On ignore les raisons profondes des tensions entre ces deux personnalités locales. D'anciens initiés susurrent au Times qu'elles seraient nées d’un «conflit personnel» et «non professionnel» plus ancien.
Reste que, peu de temps après avoir manifesté son intérêt pour un poste au sein du bureau du procureur Terence Hallinan, Kimberly aurait reçu un coup de fil de Kamala qui lui annonce que, à défaut du budget, il n'y aura de place pour elle. Un mensonge pour éloigner une rivale? Tout le laisse à penser puisque le patron du bureau lui offre malgré tout le poste convoité. «Elle s'est sentie menacée», soupçonne Guilfoyle, des années plus tard, dans le New York Times. Quoi qu'il en soit, les deux «K» ne resteront pas collègues bien longtemps. Quelques mois plus tard, fin 2000, Kamala Harris quitte le bureau.
Bien que l'équipe de campagne présidentielle ait refusé de commenter cette affaire, depuis que le cas a été évoqué publiquement pour la première fois il y a plus de 20 ans, l'ancienne procureure a nié à plusieurs reprises avoir «snobé» son ancienne collègue. Cet appel téléphonique ne visait qu'à lui offrir son «aide».
Pour sa part, Kimberly Guilfoyle garde une rancune tenace de cet évènement. «Je la connais depuis 25 ans, et laissez-moi vous dire quelque chose», a-t-elle assené lors d’un dîner républicain en Floride organisé tout récemment.
Mais reprenons le fil de notre histoire. Nous sommes donc en 2000, au sein du bureau du procureur Hallinan. Là où Kimberly Guifoyle poursuit son étonnant destin... et fait la connaissance de son futur mari, un certain Gavin Newsom, alors fonctionnaire. Le jeune et joli couple fait la joie des médias locaux, qui n'hésitent pas à les comparer aux Kennedy. «L'une des unions politiques les plus glamour depuis celle de Jack et Jackie», résume le prestigieux Harper's Bazar dans un reportage de huit pages, en 2003.
Le poste de Kimberly Guilfoyle au bureau du procureur s'avère nettement moins glamour et brillant que le papier glacé des magazines. Son quotidien est jalonné d’affaires de vols, violences conjugales et incendies criminels. Elle s'en accommode. «Je suis devenue procureure parce que j'ai trouvé beaucoup de joie à travailler avec des victimes de crimes violents», confie-t-elle en 2015 à Mediaite.
A l’automne 2001, quelques semaines avant son mariage avec Gavin Newsom, la tête de Kimberly est mise à prix dans le cadre d'une poursuite dans une affaire de mutilation de chiens. Pas de problème. Protégée 24 heures sur 24, un gilet pare-balles viendra compléter ses tenues de soirée. Elle finira par laisser tomber le job pour faire campagne aux côtés de son mari, dans sa conquête de la mairie de San Francisco.
Si Kimberly Guilfoyle passe volontiers pour une «modérée», conseille son compagnon sur sa politique et côtoie la famille Pelosi, ses convictions politiques conservatrices sont moins connues. En public comme en privé, la jeune femme garde pour elle le fait d'être inscrite au Grand Old Party depuis l'âge de 18 ans.
D'ailleurs, elle ne campera pas le rôle de première dame de San Francisco bien longtemps. Trois jours après que son mari ait prêté serment, elle rejoint la chaîne new-yorkaise de Court TV en tant qu'animatrice. Le début d'une carrière prolifique de plus de quinze ans à la télévision. Un an plus tard, le couple Newson demandera le divorce, réglé à l'amiable. Ils sont toujours amis.
Pour preuve, en 2018, quand le Washington Post consacre un article au parcours atypique de la vedette de Fox News qui fricote depuis peu avec le fils du président Donald Trump, Don Junior, Kimberly affirme avoir eu son ex-mari au téléphone encore tout récemment. Pour la blague, elle lui a même passé son nouveau petit ami. Gavin Newson et Don Jr auraient échangé une blague sur leur dépendance mutuelle aux produits capillaires. «Les cheveux de Gav sont lissés en arrière. Ceux de Don sont lissés en arrière», ricane-t-elle.
La vedette de la chaîne conservatrice et le troll préféré des trumpistes se sont rencontrés lors d'une fête à Manhattan, par le biais d'amis communs. Cette fidèle partisane de Donald Trump avait déjà tapé dans l'oeil de son fils depuis l'annonce de sa candidature, en 2016. «Quand tout le monde disait qu’Hillary était invincible, Kimberly a fermement soutenu mon père», se souvient-il auprès du Washington Post.
En 2018, alors que l'étoile de Fox News, qu'elle a rejoint début 2006, commence à s'estomper (elle quittera le réseau définitivement, selon une enquête du New Yorker, suite à des soupçons d'harcèlement sexuel envers un assistant), ce sera pour mieux briller dans la galaxie Trump. Un univers qu'elle embrasse et qu'elle ne quittera plus, désormais à la tête d'un super PAC pro-Trump.
En juillet de cette année-là, deux jours après avoir officialisé sa relation en posant avec Don Junior dans l’aile ouest de la Maison-Blanche, elle s'exprime sur la radio de l'alt-right Breitbart News. «Je pense qu’il est la personnalité politique montante numéro 1, à droite, c’est sûr», affirme-t-elle au sujet du potentiel politique de son petit ami. Un enthousiasme similaire à celui qu'elle exprimait pour Gavin Newsom, bien des années auparavant. Preuve que de «reine de San Francisco» à «princesse du Trumpworld», il n'y a parfois qu'un pas.