Passez en revue les portraits d'Usha Vance dans la presse américaine, vous en tirerez vite une conclusion: c'est un cerveau. Une tueuse. Du genre à jongler sans transpirer entre trois enfants et une carrière juridique en platine. Une bosseuse acharnée, dotée d'une «intelligence intimidante». Au point, selon le New York Times, d'avoir eu une certaine influence dans l'ascension fulgurante de son mari.
Rien cependant, dans son parcours ou son CV foisonnant, ne laissait augurer que Madame Vance, fille d'immigrées indiens, flirterait un jour dans les hautes sphères de la droite dure américaine. Bien avant que son mari ne fasse les yeux doux à Donald Trump, Usha baignait dans un milieu intellectuel d'universitaires et d'expatriés plus volontiers progressistes et libéraux.
Dès le bac à sable, Usha, est une leader. De celles qui dictent les jeux et les règles. Jamais méchante ou désagréable, mais «une vraie patronne». Une hyperactive qui aligne les concours de jeux-questionnaires, les cours de flûte et de «ballet folklorique». Sans parler des diplômes. Après un premier passage à Yale, puis une bourse à Cambridge, au Royaume-Uni, c'est de nouveau à Yale, dans sa faculté de droit, qu'Usha étoffe son curriculum vitae et flirte avec des cercles de gauche. Parmi lesquels «des marxistes», glissent d'anciens camarades au Times.
Au point qu'en 2014, lorsqu'elle épouse James David Vance dans le Kentucky, sur une pelouse verdoyante et face à des invités installés sur des bancs en bois, Usha est encore officiellement inscrite au parti démocrate.
Son mari, c'est sur les bancs de l'université qu'elle l'a rencontré. Ils font partie du même petit groupe d'étudiants. Qu'importe si, de prime abord, la romance entre le futur sénateur très sociable et l'avocate en devenir farouche et réservée, n'a rien d'un match Tinder. Ils partagent la même ambition, la même soif de reconnaissance et de conquête. Bref, c'est un coup de foudre, comme JD l'écrira plus tard dans son best-seller.
Alors que l'auteur en herbe poursuit l'écriture du livre qui le rendra célèbre, Hillbilly Elegy, sa compagne se mue en «guide spirituelle». Des conseils qu'il suit toujours. «Je fais partie de ces hommes qui peuvent vraiment compter sur une sorte de voix féminine puissante au-dessus de leur épaule gauche et qui leur dit: 'Ne fais pas ça, fais ça'», confiait-il à la journaliste de droite Megyn Kelly dans une interview en 2020.
Une guide et une jeune épouse qu'il suit d'ailleurs jusqu'à San Francisco, où, après avoir officié auprès de deux juges à la Cour suprême, elle poursuit sa carrière dans un cabinet d'avocats de renom. Comble de l'ironie? Ledit bureau décrit sa culture d’entreprise comme «radicalement progressiste». En 2019, un article va carrément classer ses pratiques de recrutement dans la catégorie «cool et woke». Du moins... jusqu’à lundi. Sitôt tombée l'annonce du ticket, Usha Vance a quitté son poste.
Quoi qu'il en soit, cet itinéraire tranche radicalement avec celui de sa moitié, le sénateur qui a caressé les électeurs d’extrême droite en flinguant le milieu universitaire, les élites et l'establishment tout au long de sa campagne pour le Sénat, en 2022. Cet homme avec qui elle partage trois enfants, deux chiens et une belle maison gothique avec piscine dans un quartier chic de Cincinnati, dans l'Ohio.
Pour ce qui est des opinions politiques qu'ils partagent réellement, à l'exception d'un don à la campagne sénatoriale d'un républicain en 2021, nous n'en savons rien. L'épouse du sénateur évoque rarement le sujet, dit-on. Elle ne s'est en tout cas jamais exprimée publiquement. Pas même lorsque JD a condamné les universités comme étant «l’ennemi». Fidèlement, discrètement, elle a continué à soutenir cette étonnante métamorphose politique.
Nous n'en savons pas davantage sur ce que pense la discrète Usha Vance de cette brutale propulsion sur la scène politique nationale comme potentielle seconde dame des Etats-Unis. Dans une interview le mois dernier, elle se montrait volontairement ambivalente à la perspective de voir le père de ses enfants accéder au deuxième poste le plus élevé du pays.
Ce lundi, après avoir été escortés dans un SUV noir du Secret Service, Usha Vance et son époux ont fait une entrée triomphante à la convention du parti républicain, à Milwaukee. Devant cette femme «mince et solitaire en robe beige», les cheveux noirs striés de quelques mèches blanches, le Daily Beast a souligné son expression «fatiguée» et le sourire «estompé». Voire un air de se demander: «Qu'est-ce que je fais là?»
Usha Vance connait certainement la réponse: embrasser son nouveau rôle auprès de son mari. Dans la prochaine étape de leur irrésistible ascension, en tant que vice-président et seconde dame des Etats-Unis d'Amérique, depuis ce 20 janvier 2024.
(Cet article a été publié initialement en 2024, il a été mis à jour et republié.)