Rubio appelle une Europe «forte» à rejoindre la vision de Trump
Marco Rubio a appelé les Européens samedi, devant la Conférence de Munich sur la sécurité, à se ranger derrière la vision de Donald Trump sur l'ordre mondial. Le chef de la diplomatie américaine a également prôné la revitalisation du lien avec une Europe «forte».
Les Etats-Unis, sous Donald Trump, sont prêts à mener la «restauration» de l'ordre mondial, a-t-il dit au deuxième jour de cette conférence.
L'allocution très attendue du responsable américain a toutefois offert un contraste saisissant avec le discours incendiaire du vice-président JD Vance l'année dernière devant la même assemblée. Vance avait consterné les Européens en affirmant notamment que la liberté d'expression «reculait» sur le continent, épousant les vues des partis d'extrême droite.
Marco Rubio a lui assuré que les États-Unis souhaitaient «des alliés (...) qui comprennent que nous sommes les héritiers d'une même grande et noble civilisation et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre». IL a a affirmé:
Si les États-Unis sont «prêts, si nécessaire, à agir seuls, nous préférons et espérons agir avec vous, nos amis ici en Europe», a-t-il précisé.
Le patron de la conférence, l'Allemand Wolfgang Ischinger, a dit après le discours avoir entendu «un soupir de soulagement» dans la salle. Mais le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a notamment dit: «est-ce que ça va changer notre stratégie? Bien sûr que non». «Nous produirons une Europe forte et indépendante, quelles que soient les interventions que nous entendons à la Conférence de Munich», a-t-il déclaré.
La Suisse était représentée à Munich par les conseillers fédéraux Beat Jans et Martin Pfister. Le chef de Département fédéral des affaires étrangères Ignazio Cassis s'est également déplacé en Bavière, mais pour le compte de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont il assure la présidence tournante.
«Esclave de la guerre»
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a estimé de son côté que personne en Europe ne cherchait à «remplacer le parapluie nucléaire américain», après que l'Allemagne a annoncé qu'elle discutait avec la France de sa dissuasion nucléaire.
Malgré un discours moins offensif que celui de JD Vance, Rubio a repris des thèmes chers au président américain comme «l'effacement civilisationnel» lié selon lui à l'immigration de masse ou la désindustrialisation qui menacent l'Europe comme les États-Unis.
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump s'en est pris au modèle des démocraties libérales européennes, courtisant l'extrême droite européenne. Par ailleurs, le responsable américain a réitéré la position de l'administration Trump selon laquelle l'ONU n'a joué «pratiquement aucun rôle» dans la résolution des conflits et a appelé à réformer les institutions mondiales.
Concernant le conflit russo-ukrainien, Rubio a dit ne pas savoir «si les Russes sont sérieux dans leur volonté de mettre fin à la guerre».
Discussions «sérieuses» sur l'Ukraine
Donald Trump avait appelé le président ukrainien Volodymyr Zelensky vendredi à «se bouger» pour parvenir à un accord avec la Russie, avant de nouvelles négociations la semaine prochaine à Genève. A la tribune de Munich samedi, Zelensky a espéré que ces discussions «seront sérieuses et substantielles».
Mais selon lui, «les Américains reviennent souvent sur la question des concessions, et trop souvent ces concessions sont abordées uniquement dans le contexte de l'Ukraine, pas de la Russie».
Le président ukrainien a également affirmé que le dirigeant russe Vladimir Poutine «ne peut se résoudre à abandonner l'idée même de la guerre». «Il est esclave de la guerre», a-t-il jugé.
Zelensky, qui a rencontré Rubio en marge de la conférence, a aussi regretté l'absence des alliés européens dans les négociations, «une grosse erreur», selon lui. De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a de nouveau plaidé pour une Europe «indépendante» et «forte».
«Défense mutuelle»
Selon elle, «l'Europe doit passer à la vitesse supérieure». Elle a notamment évoqué l'utilisation de «la clause de défense mutuelle», un engagement collectif des pays membres de l'UE à se défendre en cas d'agression.
Lui emboîtant le pas, le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré:
Après Munich, Marco Rubio se rendra en Slovaquie dimanche, dirigée par un allié de Trump. Puis il ira en Hongrie lundi, pour y conforter le soutien américain au Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban. (tib/ats)
