«Je suis seul dans les rues»: Ce Romand raconte son calvaire à Dubaï
«Maintenant ça va», souffle Thomas Caiani. Ce Vaudois de 38 ans était venu rendre visite à un ami à Dubaï. Depuis le déclenchement de la guerre contre l'Iran, lancée par les Etats-Unis et Israël le 28 février au matin, il est coincé sur place.
En effet, plusieurs pays du Moyen-Orient ont été visés par les frappes iraniennes. C'est le cas de Dubaï, qui essuie des tirs sur son territoire.
Un drône qui tombe sur Dubaï
L'ancien pilote moto professionnel, notamment en catégorie Supersport, a vécu les montagnes russes émotionnelles:
Il assure s'être dit, en partant, que «quelque chose n'allait pas se passer comme prévu». «Mais j'étais loin de penser à ça», souffle-t-il à l'autre bout du fil.
Aujourd'hui, Thomas Caiani vit au rythme des alarmes qui font soudainement vibrer et hurler son téléphone, quand les autorités signalent un missile en approche. Le Vaudois se trouvait à moins d'un kilomètre du Fairmont The Palm, un hôtel touché par un drone iranien.
Il raconte aussi une expérience particulièrement marquante: un missile, intercepté par le système de défense émirati, s'est écrasé dans sa rue, à cinquante mètres de chez lui.
Des drones sillonnent en permanence le ciel au-dessus de sa tête, des chasseurs aussi. «Le ciel, c'est une autoroute», glisse-t-il. Et il confie passer des heures sur son balcon à observer un «nombre incalculable de missiles capturés dans le ciel».
Un missile neutralisé dans le ciel de Dubaï
Malgré la tension ambiante, Thomas Caiani garde son calme. Il se promène le jour et sors parfois la nuit, profite des commerces encore ouverts, tandis que les locaux, eux, restent cloîtrés chez eux. «Je me promène dans les rues et je suis seul avec les livreurs. Aucune circulation, pas de police ni de militaires», poursuit-il.
Emirates, silence radio
Face à la grogne qui gagne les voyageurs bloqués à Dubaï, le Vaudois concède être lui aussi irrité. «J'ai rapidement téléchargé l'application», lâche-t-il. «Le DFAE t'envoie des messages pour te rendre à Oman, en promettant de faire le nécessaire pour te rapatrier.»
Mais l'ancien motard a vite abandonné l'idée. «C'est 6h30 de route, et en taxi, ça coûte cher», soupire le Vaudois. Le peu de contact avec les autorités helvétiques lui laisse une question en suspens:
Thomas Caiani en veut surtout à la compagnie aérienne Emirates. Il avait son billet de retour pour le lundi 2 mars, mais la communication est très difficile, voire absente.
Le Vaudois complète que ce contact privilégié lui a dégoté un billet pour un vol de retour, aujourd'hui (réd: le jeudi 5 mars). «Mais il a été annulé.»
Sa famille s'est également mobilisée pour lui obtenir un siège vers la Suisse. «Mes proches ont passé des appels à la compagnie aérienne à ma place. Moi, je n'arrive pas à les joindre. En vain, il est impossible de contacter Emirates.»
Thomas Caiani voit ses vols repoussés ou annulés les uns après les autres, en dernière minute. Au moment d'écrire ces lignes, une lueur d'espoir: un message lui assure une place sur un vol ce samedi à 14h.
Un billet à 5000 francs
Un vol pour lequel il n'aura pas besoin de payer de supplément. Contrairement à ses amis qui n'ont pas souhaité attendre et se sont envolés ce vendredi:
Ce qui irrite le Vaudois, c'est la lenteur du DFAE et d'Emirates à prendre les décisions qui s'imposent. «Les avions sont là, à l'aéroport. Ils ne sont pas foutus de nous embarquer et de nous poser n'importe où — à Lyon ou Milan. Je me débrouillerais pour rentrer ensuite.»
S'il reste confiant pour la suite, le Suisse de 38 ans commence à s'impatienter. «Lundi, j'aimerais bien être en Suisse, sur mon lieu de travail», espère-t-il. Mais ce qu'il retient avant tout, c'est les nombreux messages de soutien reçus.
