Ce que cherche Israël en poursuivant ses frappes au Liban
Mariam, une Libanaise musulmane, confie:
Cette secouriste vit dans une grande ville côtière du sud du Liban, frappée, mercredi, par de violents bombardements israéliens. Sous la pluie de bombes, dit-elle jeudi, il ne reste même plus de temps pour se préoccuper de soi-même.
En l’espace de dix minutes, l’aviation israélienne a visé mercredi plus de 100 cibles présumées du Hezbollah à travers le pays. A Beyrouth, la capitale du pays, il s’agit des bombardements israéliens les plus violents depuis l’entrée en guerre du Hezbollah.
Selon le gouvernement libanais, plus de 200 personnes ont été tuées et plus de 1000 autres blessées. Jeudi, Israël a poursuivi ses frappes. Le sud du Liban, à majorité chiite, où vit aussi Mariam, est particulièrement touché.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé jeudi vouloir poursuivre les frappes contre le Hezbollah. La guerre au Liban pourrait donc encore s’intensifier, à moins que l’Iran ou les États-Unis ne parviennent à stopper les attaques israéliennes.
Ancien directeur de l’Institut de politique de sécurité de l’Université de Kiel, Joachim Krause explique:
Pour cela, Israël avance avec des troupes au sol dans le sud du Liban tout en cherchant à bombarder les objectifs militaires de la milice chiite.
«Le temps presse» pour atteindre les objectifs ambitieux d’Israël, estime Joachim Krause. Benjamin Netanyahu s’attend, selon lui, «à une pression croissante pour étendre le cessez-le-feu au Liban».
Selon des médias iraniens, Téhéran maintenait jeudi le blocage du détroit d’Ormuz en réaction aux bombardements israéliens au Liban. En parallèle, la pression internationale s’intensifie sur le gouvernement israélien. Plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont appelé à un arrêt des combats.
Téhéran mise sur un levier stratégique
Aux Etats-Unis, le soutien à la guerre contre l’Iran recule. D’après Joachim Krause, le président Donald Trump a davantage besoin d’une désescalade que les dirigeants iraniens.
A Téhéran, cette situation est bien comprise. Le régime pourrait utiliser le détroit d’Ormuz comme moyen de pression central pour peser sur la guerre au Liban — au risque d'inciter Donald Trump à renoncer à un cessez-le-feu.
Selon Joachim Krause, la priorité du président américain reste les négociations avec l’Iran. Si l’offensive israélienne les menace, Donald Trump ferait pression sur Israël pour «mettre fin aux combats contre le Hezbollah».
Dans le sud du Liban, l’espoir se tourne vers l’Iran
Sur le terrain, la situation humanitaire continue de se dégrader dans le sud du Liban, majoritairement chiite. Mercredi soir, l’armée israélienne a détruit le pont de Qasmieh, dernière liaison entre cette région et le reste du pays.
Mariam se trouve désormais dans la ville de Tyr, largement isolée, à une trentaine de kilomètres de la frontière israélienne. Les réserves devraient tenir quelques jours, explique-t-elle. Mais sans infrastructures fonctionnelles, l’approvisionnement en nourriture devient un défi logistique croissant.
La secouriste espère que l’Iran maintiendra sa position et continuera de faire du conflit libanais un élément central dans les discussions sur un cessez-le-feu. Elle affirme:
Des discussions entre les Etats-Unis et l’Iran sont prévues samedi au Pakistan autour de la guerre et d’une éventuelle désescalade. Si Téhéran y participe tandis qu’Israël poursuit ses bombardements, le conflit au Liban pourrait passer au second plan pour les autorités iraniennes. Pour les Libanais, les prochaines heures s’annoncent décisives.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
