«On a un gros problème»: aux Etats-Unis, le boss du FBI inquiète
Autrefois, les joutes oratoires enflammées devant les commissions importantes du Congrès américain relevaient plutôt de l’exception. Les personnes convoquées pour répondre aux questions des sénateurs et des membres de ces commissions le faisaient en règle générale dans le calme, avec sérieux et dans le respect de la chambre.
Sous l’administration Trump, les plaidoiries furieuses et même les insultes sont désormais devenues monnaie courante dans ces institutions de la démocratie américaine.
Une mémorable joute verbale
Le meilleur exemple de cette dégradation des mœurs parlementaires a de nouveau été observable mardi. Le directeur du FBI, Kash Patel, devait alors répondre devant une commission de la Chambre des représentants, entre autres, à des questions critiques sur le budget de son agence. Mais, plus encore que les 12,5 milliards de dollars que Kash Patel a demandés pour l’exercice budgétaire 2027 (une hausse de 18% par rapport à 2026), c’est l’aptitude personnelle du directeur du FBI qui s’est une nouvelle fois retrouvée au centre des débats.
Le sénateur démocrate Chris Van Hollen a interrogé Kash Patel sur les accusations de consommation prétendument excessive d’alcool le visant, et dont avait notamment fait état le magazine The Atlantic. «Je ne me laisserai pas discréditer par des accusations infondées», a alors répliqué Patel. Le chef de l’agence a fermement démenti s’être régulièrement fait remarquer par ses déplacements à de coûteuses fêtes à Las Vegas ou une incapacité à exercer ses fonctions en raison de sa consommation d’alcool. Chris Van Hollen a notamment asséné:
Des accusations qui fusent en tous sens
Kash Patel est critiqué depuis des mois pour sa manière de diriger. Il est aussi considéré comme l’un des plus fidèles partisans de Donald Trump. Aux adversaires du mouvement MAGA, il a promis la plus grande sévérité et des poursuites par l’Etat de droit. Son tempérament est décrit comme emporté et agressif.
Lors de l’audition au Congrès aussi, il a perdu son sang-froid, se lançant dans une contre-attaque verbale à l'endroit de Chris Van Hollen:
«Vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez», s’est défendu le sénateur.
Il y a quelques mois, Chris Van Hollen avait rencontré au Salvador Abrego Garcia, expulsé illégalement par l’administration Trump, afin de discuter de son retour aux Etats-Unis. Abrego Garcia y était détenu dans une prison de haute sécurité controversée, utilisée par le chef de l’Etat salvadorien, Nayib Bukele, qui gouverne de manière autoritaire, pour accueillir des prisonniers expulsés des Etats-Unis. Les accusations portées contre Abrego Garcia par l’administration Trump s’étaient révélées fausses.
Lors de l’audition, Chris Van Hollen a alors demandé au directeur du FBI de se soumettre à un test AUDIT, qui permet d’identifier une dépendance à l’alcool. Kash Patel a qualifié les accusations portées contre lui de «catégoriquement fausses», puis il a accepté le test, mais à la condition que Chris Van Hollen le fasse lui aussi. Kash Patel a ironisé:
Au-delà des débordements, de l'inquiétude
La plupart des observateurs ont sans doute pensé, au vu de la pirouette rhétorique de Kash Patel, que l’affaire en resterait là. Mais mardi, Chris Van Hollen a bel et bien publié les résultats de son test sur ses canaux de réseaux sociaux:
L’élu du Maryland, Van Hollen, a répondu «jamais» à toutes les questions du test, sauf une. Seule la question de savoir à quelle fréquence il consommait des boissons alcoolisées par semaine a reçu la réponse «deux à trois fois». Jusqu’ici, le FBI n’a pas pris position sur la publication du démocrate. Le fait que des membres du gouvernement et des parlementaires de premier plan s’enlisent ainsi dans une querelle publique est relativement peu commun.
La sénatrice Patty Murray, qui représente la capitale américaine Washington D.C., s’est en revanche sincèrement efforcée de ne pas laisser la situation dégénérer pendant l’audition au Congrès.
Mais elle aussi a clairement dit ce qu’elle pensait de la nomination de Kash Patel à l’un des postes les plus importants du pays:
D'autres accusations contestées
Selon un article de The Atlantic, qui s’appuie sur des sources anonymes au sein du FBI, Kash Patel a instauré un véritable culte de la personnalité au sein de l'agence. Selon l’article, Kash Patel a un grand faible pour les objets promotionnels, qu’il propose à l’achat sur Internet, et sur lesquels il toucherait une commission.
Parmi eux figurent des casquettes personnalisées, des pulls, une écharpe «Fight With Kash» («Combats avec Kash») et même une bouteille de whisky ornée d’une étiquette qu'il aurait dessinée de sa propre main. Le whisky, lui, n’est toutefois pas en vente: le chef de l'agence ne l’offrirait qu’à des personnes triées sur le volet.
Le directeur du FBI a également démenti cet article et a depuis poursuivi The Atlantic en justice, réclamant 250 millions de dollars de dommages et intérêts pour diffamation. Ses détracteurs y voient une tentative d’intimidation et d’influence sur la liberté d’informer. Quant au fait qu’il aurait, en outre, ordonné de soumettre de nombreux collaborateurs du FBI à un test au détecteur de mensonges pour identifier la taupe au sein de son agence, l’homme de 47 ans ne l’a démenti que mollement lors de l’audition de mardi.
C’est une pratique courante depuis 30 ans, a affirmé Kash Patel. «Vous l’admettez donc», a relevé le sénateur Chris Van Hollen pendant son interrogatoire.
La démocrate Patty Murray s’est dite stupéfaite face à ces faits présumés:
Elle a ensuite conclu:

