L'Iran encaisse des millions grâce à la guerre de Trump
La guerre dans le golfe Persique impose des solutions «créatives». De plus en plus de navires commerciaux empruntent, pour traverser le détroit d’Ormuz, une route contrôlée par l’Iran. Au total, plus de 20 grands navires ont déjà effectué ce détour entre les îles de Qeshm et Larak, dont au moins 16 depuis vendredi dernier.
C’est ce qu’ont constaté les analystes de Lloyd’s List Intelligence, observation confirmée par d’autres services de suivi maritime. Cette route est désormais considérée comme un véritable «poste de péage» de Téhéran: les Gardiens de la révolution contrôlent le passage, vérifient les données des navires et exigent, dans certains cas, des droits de transit allant jusqu’à deux millions de dollars par traversée, selon des informations de l’assureur maritime britannique.
La guerre de Donald Trump procure donc au régime iranien des revenus supplémentaires bienvenus avec ce point de passage stratégique.
Pour la première fois, un porte-conteneurs chinois aurait également payé pour franchir le détroit. L’usage croissant de cette route laisse penser que certains Etats et compagnies maritimes ont conclu des accords secrets avec Téhéran.
Plus préoccupant encore: certains pétroliers dissimulent leur identité lors du passage. Comme l’indique encore Lloyd’s List Intelligence, deux navires ont utilisé ce week-end les identifiants de pétroliers déjà démantelés. Ces «navires zombies» serviraient manifestement à contourner les sanctions ou, à tout le moins, à masquer leur origine.
Ainsi, l’identité d’un transporteur japonais de gaz liquéfié, démantelé il y a un an, est soudainement apparue dans les données maritimes au large d’Ormuz, avant que son signal électronique ne disparaisse peu après. L’autre cas concernait un pétrolier nigérian de taille moyenne, officiellement démantelé depuis cinq ans selon Lloyd’s. Les experts soupçonnent des navires sous sanctions de se cacher derrière ces identités fictives afin d’effacer leurs traces.
L’Inde sous pression pour son approvisionnement en gaz
L’Inde joue un rôle clé dans cette stratégie de contournement. Deux grands transporteurs de gaz liquéfié battant pavillon indien ont récemment emprunté cette route et devraient atteindre des ports du pays d’ici fin mars. Selon le ministère indien des Transports maritimes, leur cargaison dépasse 90 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Cette situation s’explique par une pénurie aiguë de GPL en Inde, où ce gaz est principalement utilisé pour la cuisine. L’approvisionnement est devenu un enjeu de politique intérieure, ce qui pousse New Delhi à négocier avec Téhéran pour sécuriser ses livraisons. Le ministre iranien des Affaires étrangères a toutefois souligné que le détroit d’Ormuz n’était pas officiellement fermé: ce sont plutôt les compagnies maritimes qui évitent la route par crainte du conflit et des primes d’assurance élevées.
L’évocation, lundi, par le président américain Trump d’éventuelles négociations a immédiatement fait baisser les prix du pétrole: le Brent a chuté d’environ 10%, tout en restant nettement plus élevé qu’il y a un mois. Malgré ces signaux diplomatiques, la situation demeure fragile. Les attaques récentes contre plusieurs navires, la présence supposée de mines sur la route commerciale habituelle et le contrôle de facto exercé par l’Iran sur le passage d’Ormuz ont fortement perturbé le commerce mondial.
Actuellement, jusqu’à 2500 navires commerciaux sont bloqués, dont environ 200 sont à l’ancre dans les zones d’attente immédiates à l’est et à l’ouest du détroit. En temps normal, quelque 140 navires y transitent chaque jour. Les analystes mettent en garde contre de nouvelles flambées des prix si le détroit n’est pas rapidement rouvert complètement. Les prochains jours s’annoncent donc décisifs, tant en mer qu’à la table des négociations. (trad. hun)
