«Et l'Occident sombre dans le chaos»: cette visite à Moscou inquiète
Interrogé lors d'un entretien avec le blogueur Glenn Beck sur la visite surprise du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou, le président américain Donald Trump a éludé la question. Il ne se serait agi que d'une visite de routine.
A Moscou aussi, on minimise l'événement. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, fait savoir qu'il n'y a pas eu de rencontre entre Vladimir Poutine et John Ratcliffe. Il a également ajouté:
Un sentiment de déjà-vu qui inquiète
Cependant, beaucoup d'observateurs sont inquiets. Ils se souviennent qu'en novembre 2021, l'ancien directeur de la CIA, William Burns, s'était lui aussi rendu dans la capitale russe. Les services de renseignement américains avaient alors compris que le rassemblement de troupes russes à la frontière ukrainienne n'était pas une manœuvre, mais que Vladimir Poutine avait bel et bien l'intention d'envahir son voisin.
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La mission de William Burns consistait alors à convaincre le maître du Kremlin de renoncer à ce projet. On sait qu'il a échoué.
Il existe des parallèles entre les deux visites des chefs de la CIA. Entre le 18 et le 20 septembre, les Russes éliront un nouveau parlement. On craint que Vladimir Poutine ne fasse décréter une mobilisation générale après ces élections, afin de renforcer considérablement les effectifs de son armée. Veut-il aller jusqu'à attaquer un pays membre de l'Otan? De nombreux éléments plaident en faveur de cette thèse.
Sur le champ de bataille du Donbass, dans l'est ukrainien, les Russes ne progressent pas. Ils parviennent tout juste à réaliser de petits gains territoriaux stratégiquement insignifiants. Parallèlement, ils subissent des pertes si élevées que davantage de soldats russes sont tués ou grièvement blessés que de nouveaux volontaires ne peuvent être recrutés.
Par ailleurs, la nature même de la guerre a totalement changé. Parce que les soldats de Vladimir Poutine échouent dans le Donbass, et parce que l'Ukraine ne dispose pas d'armes de défense contre les missiles russes, Vladimir Poutine fait de plus en plus bombarder des villes et des infrastructures civiles.
Le calcul consiste à démoraliser la population au point qu'elle renonce à sa résistance et accepte une paix selon les conditions de Moscou, d'autant qu'un nouvel hiver rigoureux approche.
Le risque croissant d'une intensification du conflit
Jusqu'à présent, ce procédé cynique et inhumain ne porte pas ses fruits. Au contraire: la résistance au sein de la population ukrainienne ne diminue pas, elle augmente. De plus, les Ukrainiens disposent désormais eux aussi d'armes leur permettant d'attaquer l'arrière-pays russe. De nombreuses raffineries de pétrole et entrepôts de commerçants en ligne ont ainsi été détruits ces derniers mois.
Cela porte non seulement un coup massif à l'économie russe, mais sème également le trouble au sein de la population.
Un cessez-le-feu, voire une paix, n'est donc pas en vue. Les services de renseignement occidentaux mettent d'ailleurs récemment en garde contre le risque que Vladimir Poutine soit tenté d'étendre la guerre. La véritable raison de la visite du directeur de la CIA à Moscou aurait donc été de mettre en garde Vladimir Poutine contre une attaque de l'Otan, écrit le Wall Street Journal.
Cette thèse repose elle aussi sur des arguments plausibles. Vladimir Poutine considère la guerre en Ukraine comme une guerre menée contre l'Occident en général. Ce danger a entre-temps été identifié. Les membres européens de l'Otan ont certes décidé de se réarmer massivement, mais il faudra probablement encore des années avant que leurs armées soient mises à niveau.
Le principal partenaire de l'Otan, les Etats-Unis, sont pour leur part occupés par la guerre en Iran. Les Américains y ont, par ailleurs, utilisé une grande partie de leurs missiles de défense et de leurs Tomahawks. C'est pourquoi ils ne sont pas seulement peu disposés à livrer les missiles Patriot dont les Ukrainiens ont un besoin urgent, ils n'en ont également pas les moyens. Reconstituer leurs propres stocks prendra là aussi plusieurs années.
Les pays baltes au centre des préoccupations
Ces derniers temps, les spéculations se multiplient donc, selon lesquelles Vladimir Poutine tenterait d'étendre la guerre. Personne n'envisage, pour autant, une attaque frontale contre l'Otan. Le président russe pourrait plutôt chercher à tester la solidité de la cohésion de cette alliance militaire.
Concrètement, il chercherait à déterminer si, en cas d'attaque d'un pays membre l'Otan, Donald Trump interviendrait, comme il le doit, en vertu de l'article 5 du traité de l'Alliance militaire, ou non. Ce sont surtout les Etats baltes qui pourraient être victimes d'une telle attaque.
Il n'est plus possible de contester que les Russes mènent déjà une guerre dite hybride contre l'Occident. L'exemple le plus récent est un incident survenu à l'aéroport de Leipzig, en Allemagne. Des drones y ont attaqué un avion-cargo ukrainien chargé de matériel militaire. Ce n'est que parce que les bombes fixées aux drones n'ont pas explosé que l'attaque, très probablement mise en scène par les services secrets russes, a échoué. Le journaliste américain Bret Stephens s'interroge alors dans les colonnes du New York Times:
Il constate que l'appétit pour le risque de Vladimir Poutine n'a nullement diminué malgré l'absence de succès en Ukraine. L'«axe des Etats autoritaires», à savoir la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord, serait entre-temps devenu une alliance opérationnelle. «Et l'Occident sombre dans le chaos», écrit Bret Stephens.
Il établit donc un parallèle avec les années trente. La seule chose qui manquerait encore serait une crise économique. Mais, face à l'endettement croissant des Etats et aux bulles sur les marchés financiers, cela pourrait rapidement changer.
Visite de routine ou non, le chef de la CIA John Ratcliffe avait donc plus qu'assez de sujets à aborder avec son homologue russe. (trad. ysc)
