«Les Etats-Unis et Israël pourraient avoir encore quelques atouts cachés»
La République islamique d'Iran a résisté à deux semaines de frappes incessantes des Etats-Unis et d'Israël, et entend même élargir le conflit. L'historien et expert de l'Iran Arash Azizi s'exprime dans cet entretien sur le déroulement du conflit jusqu'ici, l'état du régime et les perspectives d'avenir pour la région.
Arash Azizi, 38 ans, né et grandi en Iran, a quitté son pays en 2008 et a écrit plusieurs ouvrages remarqués sur l'Iran. Le dernier en date, paru en 2024, s'intitule «What Iranians Want» («Ce que veulent les Iraniens», en français).
Le régime des mollahs s'est-il stabilisé au cours des deux premières semaines de guerre, ou vacille-t-il?
Arash Azizi: Dans un certain sens, la République islamique vacille depuis des décennies; comme un funambule dont on croit à chaque instant qu'il va tomber.
Il a besoin de deux choses pour survivre: tuer suffisamment de personnes qui se soulèvent contre l'Etat, et empêcher qu'une alternative claire n'émerge. Et, sur ce point, l'opposition iranienne a échoué.
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Qu'est-ce que cela implique, deux semaines après le début de la guerre?
Le régime se porte plutôt bien. Il a perdu son guide suprême Ali Khamenei, mais lui a trouvé un successeur, exactement comme le prévoit la Constitution. Les différentes factions, réformateurs et partisans de la ligne dure, se sont unies.
Cela ne signifie pas pour autant que le régime trouvera un équilibre. Il reste profondément impopulaire sur le plan intérieur et s'est mis à dos de nombreux pays de la région au cours de la guerre. Le nouveau guide de la révolution Mojtaba Khamenei n'a rien de nouveau à offrir aux Iraniens.
Le régime va-t-il s'effondrer sous la pression de la guerre?
La réponse courte est: non. Les choses seraient peut-être différentes si les Etats-Unis et Israël poursuivaient leurs frappes pendant des semaines et des mois, tuaient davantage de dirigeants et rendaient l'Iran ingouvernable. Mais cela leur coûterait cher, à eux-mêmes, à l'économie mondiale et à la région.
Que faudrait-il pour que l'Iran mette fin à la guerre?
Le régime veut pouvoir se proclamer vainqueur. Il veut pouvoir dire: «Regardez, nous avons survécu, nous avons maintenu le pays debout, nous avons repoussé nos adversaires, nous avons causé des dommages aux pays de la région.» Je crois que le régime voudra mettre fin à la guerre quand il sera clair que les Etats-Unis et Israël réfléchiront à deux fois avant d'attaquer à nouveau.
Comment les choses vont-elles évoluer désormais?
Les Etats-Unis et Israël pourraient encore avoir quelques atouts dans leur manche, nous le verrons dans les prochains jours.
Pensez-vous que l'Iran cherchera bientôt à se doter de la bombe atomique?
C'est possible, mais je ne suis pas certain que les Iraniens, avec leurs faiblesses en matière de renseignement, soient en mesure de développer une telle bombe. Dès que les Etats-Unis et Israël découvriront ce qu'ils font, ils frapperont à nouveau. C'est pourquoi je ne suis pas sûr que les Iraniens iront jusqu'au point où ils pourront tester une arme nucléaire.
Pensez-vous qu'il y aura un jour à nouveau des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis?
Pas immédiatement, mais peut-être dans quelques mois. Les Iraniens ont été attaqués deux fois alors que des négociations étaient en cours, ils ne sont donc pas bien disposés envers l'Amérique pour le moment. Mais il existe de nombreux médiateurs, de l'Oman à la Chine, en passant par la France, le Pakistan, la Turquie et l'Arabie saoudite. Même si cela peut paraître surprenant en ce moment, je crois qu'il y aura des relations diplomatiques entre l'Iran et les Etats-Unis dans quelques années.
Mais cela ne vaut pas pour Israël, n'est-ce pas?
Là aussi, il pourrait y avoir des surprises. Pas de relations diplomatiques, certes, mais je crois qu'il y aura à l'avenir une forme de renoncement à la violence entre l'Iran et Israël.
Il existe d'ailleurs des Etats arabes qui ne reconnaissent pas Israël, mais qui ne cherchent plus à le détruire non plus, comme c'était le cas autrefois. Iraniens et Israéliens en arriveront un jour à la même conclusion. Cela pourrait ressembler à ceci: une hostilité idéologique, pas de reconnaissance mutuelle, mais pas de guerre non plus.
