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Historien, il explique pourquoi le régime en Iran ne s'effondre pas

De la fumée s'élève après qu'un drone iranien a frappé samedi les installations pétrolières arabes de Fujaïrah.
De la fumée s'élève après qu'un drone iranien a frappé samedi les installations pétrolières de Fujaïrah, aux Emirats arabes réunis.Image: Altaf Qadri / AP

«Les Etats-Unis et Israël pourraient avoir encore quelques atouts cachés»

Après deux semaines de frappes américaines et israéliennes, le régime iranien tient bon. L’historien et expert Arash Azizi analyse l’état du pouvoir à Téhéran et les scénarios possibles pour la suite du conflit.
17.03.2026, 05:3517.03.2026, 07:07
Thomas Seibert, Nicosie / ch media

La République islamique d'Iran a résisté à deux semaines de frappes incessantes des Etats-Unis et d'Israël, et entend même élargir le conflit. L'historien et expert de l'Iran Arash Azizi s'exprime dans cet entretien sur le déroulement du conflit jusqu'ici, l'état du régime et les perspectives d'avenir pour la région.

Arash Azizi, 38 ans, né et grandi en Iran, a quitté son pays en 2008 et a écrit plusieurs ouvrages remarqués sur l'Iran. Le dernier en date, paru en 2024, s'intitule «What Iranians Want» («Ce que veulent les Iraniens», en français).

Le régime des mollahs s'est-il stabilisé au cours des deux premières semaines de guerre, ou vacille-t-il?
Arash Azizi: Dans un certain sens, la République islamique vacille depuis des décennies; comme un funambule dont on croit à chaque instant qu'il va tomber.

«Le régime a toujours vécu dans une sorte de crise permanente et y est rompu»

Il a besoin de deux choses pour survivre: tuer suffisamment de personnes qui se soulèvent contre l'Etat, et empêcher qu'une alternative claire n'émerge. Et, sur ce point, l'opposition iranienne a échoué.

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Arash Azizi enseigne à l'université prestigieuse de Yale et dispose d'excellents contacts en Iran.
Arash Azizi enseigne dans la prestigieuse université de Yale, aux Etats-Unis, et dispose de très bons contacts en Iran.Image: dr

Qu'est-ce que cela implique, deux semaines après le début de la guerre?
Le régime se porte plutôt bien. Il a perdu son guide suprême Ali Khamenei, mais lui a trouvé un successeur, exactement comme le prévoit la Constitution. Les différentes factions, réformateurs et partisans de la ligne dure, se sont unies.

«Il n'y a pas de fissure au sommet ni de fissure dans l'appareil sécuritaire. Il semble même désormais que ce soient les Etats-Unis qui veuillent mettre fin à la guerre, tandis que les Iraniens, eux, veulent continuer à se battre.»

Cela ne signifie pas pour autant que le régime trouvera un équilibre. Il reste profondément impopulaire sur le plan intérieur et s'est mis à dos de nombreux pays de la région au cours de la guerre. Le nouveau guide de la révolution Mojtaba Khamenei n'a rien de nouveau à offrir aux Iraniens.

Le régime va-t-il s'effondrer sous la pression de la guerre?
La réponse courte est: non. Les choses seraient peut-être différentes si les Etats-Unis et Israël poursuivaient leurs frappes pendant des semaines et des mois, tuaient davantage de dirigeants et rendaient l'Iran ingouvernable. Mais cela leur coûterait cher, à eux-mêmes, à l'économie mondiale et à la région.

«C'est pourquoi le régime est actuellement loin de l'effondrement»

Que faudrait-il pour que l'Iran mette fin à la guerre?
Le régime veut pouvoir se proclamer vainqueur. Il veut pouvoir dire: «Regardez, nous avons survécu, nous avons maintenu le pays debout, nous avons repoussé nos adversaires, nous avons causé des dommages aux pays de la région.» Je crois que le régime voudra mettre fin à la guerre quand il sera clair que les Etats-Unis et Israël réfléchiront à deux fois avant d'attaquer à nouveau.

Une femme tient une affiche du Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, et agite un drapeau iranien, dans le centre-ville de Téhéran, le 14 mars.
Une femme montre son soutien au nouveau Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, et agite un drapeau iranien, dans le centre-ville de Téhéran, le 14 mars.Image: Vahid Salemi

Comment les choses vont-elles évoluer désormais?
Les Etats-Unis et Israël pourraient encore avoir quelques atouts dans leur manche, nous le verrons dans les prochains jours.

«Mais l’Iran est lui aussi capable d’actes sordides, comme des attentats terroristes à New York»

Pensez-vous que l'Iran cherchera bientôt à se doter de la bombe atomique?
C'est possible, mais je ne suis pas certain que les Iraniens, avec leurs faiblesses en matière de renseignement, soient en mesure de développer une telle bombe. Dès que les Etats-Unis et Israël découvriront ce qu'ils font, ils frapperont à nouveau. C'est pourquoi je ne suis pas sûr que les Iraniens iront jusqu'au point où ils pourront tester une arme nucléaire.

Pensez-vous qu'il y aura un jour à nouveau des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis?
Pas immédiatement, mais peut-être dans quelques mois. Les Iraniens ont été attaqués deux fois alors que des négociations étaient en cours, ils ne sont donc pas bien disposés envers l'Amérique pour le moment. Mais il existe de nombreux médiateurs, de l'Oman à la Chine, en passant par la France, le Pakistan, la Turquie et l'Arabie saoudite. Même si cela peut paraître surprenant en ce moment, je crois qu'il y aura des relations diplomatiques entre l'Iran et les Etats-Unis dans quelques années.

«Les deux pays sont en guerre l'un contre l'autre depuis la révolution islamique de 1979, mais toute guerre doit finir un jour.»

Mais cela ne vaut pas pour Israël, n'est-ce pas?
Là aussi, il pourrait y avoir des surprises. Pas de relations diplomatiques, certes, mais je crois qu'il y aura à l'avenir une forme de renoncement à la violence entre l'Iran et Israël.

«Un jour, Iraniens et Israéliens devront reconnaître qu'ils ne peuvent pas se détruire mutuellement et qu'ils doivent accepter l'existence de l'autre»

Il existe d'ailleurs des Etats arabes qui ne reconnaissent pas Israël, mais qui ne cherchent plus à le détruire non plus, comme c'était le cas autrefois. Iraniens et Israéliens en arriveront un jour à la même conclusion. Cela pourrait ressembler à ceci: une hostilité idéologique, pas de reconnaissance mutuelle, mais pas de guerre non plus.

Le 15 mars, des sœurs iraniennes se tiennent main dans la main devant leur immeuble endommagé, dans le sud de Téhéran, à la suite d'attaques.
Deux sœurs iraniennes se tiennent main dans la main devant leur immeuble endommagé, dans le sud de Téhéran, à la suite d'attaques, le 15 mars.Image: Abedin Taherkenareh
Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
Des Iraniennes tiennent des photos de Mahsa Amini, les mains peintes en rouge, lors d'une manifestation devant le consulat d'Iran suite à la mort de Mahsa Amini, à Istanbul, en Turquie, le 17 octobre 2022.
source: epa / sedat suna
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Video: watson
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