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Comment le centre Mica surveille le détroit d'Ormuz et l'Iran

Les écrans du centre MICA (Maritime Information and Cooperation and Awareness) sont braqués sur le détroit d'Ormuz, toujours bloqué par l'Iran et les Etats-Unis.
Les écrans du centre MICA (Maritime Information and Cooperation and Awareness) sont braqués sur le détroit d'Ormuz, toujours bloqué par l'Iran et les Etats-Unis.Image: Imago

L'Iran fait la loi dans le détroit d'Ormuz avec sa «flotte moustique»

La situation reste bloquée et sous tension dans le détroit d’Ormuz. Depuis Brest, en France, le centre Mica surveille la situation et transmet des alertes de sécurité en temps réel aux navires.
01.05.2026, 19:0001.05.2026, 19:00
Célia LEBUR, Brest, France / AFP

Attaques de pétroliers dans le détroit d'Ormuz, piraterie au large de la Somalie, trafic de drogues: les yeux rivés sur des écrans saturés de cartes, une douzaine de marins de Mica (Maritime Information and Cooperation and Awareness) scrutent en temps réel les points chauds des mers du globe.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, ce centre français d'expertise en sûreté maritime rattaché à la Marine nationale fournit un soutien précieux aux navires et aux équipages civils bloqués dans le Golfe.

Une vigie névralgique en temps de guerre

En cas d'attaque, une alerte est aussitôt lancée via une messagerie cryptée aux bateaux situés dans un rayon de 50 milles nautiques. Thomas Scalabre, le commandant du Mica Center, logé dans un sous-sol hautement sécurisé de la préfecture maritime de Brest, dans l'ouest de la France, explique:

«On détaille la nature de l'évènement, son contexte et sa position exacte. Ils peuvent ainsi réagir rapidement, s'éloigner du danger s'il y a des tirs, des débris, ou encore éteindre leur système AIS pour ne pas être repérés.»

Les informations qui clignotent dans la pénombre agrègent les données d'images satellites, de centres partenaires localisés sur l’ensemble de la planète, de systèmes de suivi AIS mais aussi des signalements effectués par les marins en mer, ensuite relayés dans le réseau.

Le commandant français Thomas Scalabre, au centre MICA à Brest, dans l'ouest de la France, le 27 avril 2026.
Le commandant français Thomas Scalabre, au centre Mica à Brest, dans l'ouest de la France, le 27 avril 2026.Image: FRED TANNEAU / AFP

Quelques 85 compagnies ou armateurs, dont les géants français CMA CGM et danois Maersk, sont déjà adhérentes au Mica Center. Et les sollicitations se multiplient avec le blocage du très stratégique détroit d'Ormuz, par où transitaient 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux avant le conflit en Iran.

Plus de 750 navires, dont une cinquantaine d'intérêt français, porte-containers, cargos ou bateaux de croisière, se sont retrouvés piégés dans ce passage désormais soumis à un double blocus iranien et américain. Une poignée seulement ont pu en sortir ces dernières semaines.

Une quarantaine d'incidents de sécurité, dont 24 attaques délibérées de l'Iran sur des navires de commerce ayant fait «plusieurs morts», ont été recensés depuis le 28 février, selon Thomas Scalabre.

Des règles de passage floues

A la différence de la mer Rouge, où la menace des drones et missiles des rebelles houthis persiste, il n'existe aucune voie de contournement au goulot d'Ormuz, ni possibilité d'escorte militaire.

La France et le Royaume-Uni veulent rassembler des pays non-belligérants au sein d'«une mission neutre (…) afin d'accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe», selon le président français Emmanuel Macron. Mais une telle mission, si elle voit le jour, n'est prévue que pour l'après-guerre.

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En attendant, «les règles imposées par l'Iran pour la navigation demeurent très floues, très mouvantes», relève le commandant Scalabre. Et au sujet des mines que l'Iran affirme avoir disséminées sous l'eau? Il répond:

«C'est un peu comme l'emploi des sous-marins: ce qui compte, c'est l'effet psychologique. Personne ne prendra le risque de s'y aventurer.»

Pour le reste, «il n'y a pas forcément de logique dans la politique de ciblage des Gardiens de la Révolution, on a eu beaucoup de nationalités, de types de navires différents».

Plusieurs bateaux sont parvenus à s'extraire du Golfe le 18 avril, après que l'Iran a brièvement annoncé la levée de la fermeture du détroit.

Des hélicoptères Apache survolent le détroit d'Ormuz lors d'une patrouille, le 17 avril 2026. Des soldats de l'armée américaine effectuent des vols afin d'assurer une présence visi ...
Des hélicoptères Apache survolent le détroit d'Ormuz lors d'une patrouille, le 17 avril 2026. Des soldats de l'armée américaine effectuent des vols afin d'assurer une présence visible dans le cadre des opérations de blocus menées par les Etats-Unis contre l'Iran.Image: Imago

De très grands risques d'attaques

Le Sanmar Herald, battant pavillon indien, qui fait pourtant partie de la liste des pays décrits comme «amis» de l'Iran, avec la Chine, la Russie, l'Irak et le Pakistan, a lui été visé. Selon la société de renseignement Vanguard Tech, deux patrouilleurs des Gardiens de la Révolution ont «tiré des coups de feu» sans contact radio ni sommation.

Les navires doivent obtenir une autorisation de Téhéran pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz. Mais «même lorsqu'ils l'obtiennent, la "flotte moustique" des Gardiens de la Révolution peut intervenir pour interdire le passage», raconte Thomas Scalabre.

Dans son bureau, le commandant agrandit une image montrant une attaque de ces petites unités rapides, agiles et lourdement armées (mitrailleuses lourdes, missiles), cachées le long des côtes: les vedettes surgissent par essaim de 10 ou 20, traçant derrière elles des sillons d'écume blanche pour encercler et saisir un navire avant qu'il puisse sortir.

Le commandant du Mica Center souligne:

«Pour bloquer rapidement tout mouvement, elles peuvent mener des attaques aveugles, pays considérés ami ou pas. Pour Téhéran, la maîtrise du détroit d'Ormuz reste l'une de ses cartes maîtresses pour faire pression et négocier une issue.»
Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
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source: epa / sedat suna
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