L'Iran fait la loi dans le détroit d'Ormuz avec sa «flotte moustique»
Attaques de pétroliers dans le détroit d'Ormuz, piraterie au large de la Somalie, trafic de drogues: les yeux rivés sur des écrans saturés de cartes, une douzaine de marins de Mica (Maritime Information and Cooperation and Awareness) scrutent en temps réel les points chauds des mers du globe.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, ce centre français d'expertise en sûreté maritime rattaché à la Marine nationale fournit un soutien précieux aux navires et aux équipages civils bloqués dans le Golfe.
Une vigie névralgique en temps de guerre
En cas d'attaque, une alerte est aussitôt lancée via une messagerie cryptée aux bateaux situés dans un rayon de 50 milles nautiques. Thomas Scalabre, le commandant du Mica Center, logé dans un sous-sol hautement sécurisé de la préfecture maritime de Brest, dans l'ouest de la France, explique:
Les informations qui clignotent dans la pénombre agrègent les données d'images satellites, de centres partenaires localisés sur l’ensemble de la planète, de systèmes de suivi AIS mais aussi des signalements effectués par les marins en mer, ensuite relayés dans le réseau.
Quelques 85 compagnies ou armateurs, dont les géants français CMA CGM et danois Maersk, sont déjà adhérentes au Mica Center. Et les sollicitations se multiplient avec le blocage du très stratégique détroit d'Ormuz, par où transitaient 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux avant le conflit en Iran.
Plus de 750 navires, dont une cinquantaine d'intérêt français, porte-containers, cargos ou bateaux de croisière, se sont retrouvés piégés dans ce passage désormais soumis à un double blocus iranien et américain. Une poignée seulement ont pu en sortir ces dernières semaines.
Une quarantaine d'incidents de sécurité, dont 24 attaques délibérées de l'Iran sur des navires de commerce ayant fait «plusieurs morts», ont été recensés depuis le 28 février, selon Thomas Scalabre.
Des règles de passage floues
A la différence de la mer Rouge, où la menace des drones et missiles des rebelles houthis persiste, il n'existe aucune voie de contournement au goulot d'Ormuz, ni possibilité d'escorte militaire.
La France et le Royaume-Uni veulent rassembler des pays non-belligérants au sein d'«une mission neutre (…) afin d'accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe», selon le président français Emmanuel Macron. Mais une telle mission, si elle voit le jour, n'est prévue que pour l'après-guerre.
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En attendant, «les règles imposées par l'Iran pour la navigation demeurent très floues, très mouvantes», relève le commandant Scalabre. Et au sujet des mines que l'Iran affirme avoir disséminées sous l'eau? Il répond:
Pour le reste, «il n'y a pas forcément de logique dans la politique de ciblage des Gardiens de la Révolution, on a eu beaucoup de nationalités, de types de navires différents».
Plusieurs bateaux sont parvenus à s'extraire du Golfe le 18 avril, après que l'Iran a brièvement annoncé la levée de la fermeture du détroit.
De très grands risques d'attaques
Le Sanmar Herald, battant pavillon indien, qui fait pourtant partie de la liste des pays décrits comme «amis» de l'Iran, avec la Chine, la Russie, l'Irak et le Pakistan, a lui été visé. Selon la société de renseignement Vanguard Tech, deux patrouilleurs des Gardiens de la Révolution ont «tiré des coups de feu» sans contact radio ni sommation.
Les navires doivent obtenir une autorisation de Téhéran pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz. Mais «même lorsqu'ils l'obtiennent, la "flotte moustique" des Gardiens de la Révolution peut intervenir pour interdire le passage», raconte Thomas Scalabre.
Dans son bureau, le commandant agrandit une image montrant une attaque de ces petites unités rapides, agiles et lourdement armées (mitrailleuses lourdes, missiles), cachées le long des côtes: les vedettes surgissent par essaim de 10 ou 20, traçant derrière elles des sillons d'écume blanche pour encercler et saisir un navire avant qu'il puisse sortir.
Le commandant du Mica Center souligne:
