Cette opération musclée est un avertissement pour Poutine
Officiellement, l'Otan ne s'est pas exprimée sur son impressionnante démonstration aérienne autour de Kaliningrad, mais cette opération semble avoir constitué un avertissement clair à l'égard de la Russie. Environ 25 appareils de l'alliance militaire ont survolé l'exclave russe pendant des heures mardi, parmi lesquels des hélicoptères de combat américains dernier cri de type Apache, des avions ravitailleurs et un avion de reconnaissance Awacs.
Au-dessus de la mer Baltique évoluait simultanément un avion de patrouille maritime britannique du type P-8A Poseidon. Mais c'est surtout l'engagement d'un autre appareil qui intéresse les experts militaires.
Un modèle d'avion qui retient l'attention
Un exemplaire du tout dernier avion de guerre électronique américain, le EA-37B Compass Call, a en effet participé à l'exercice. L'US Air Force n'a effectué son premier vol d'entraînement avec ce nouvel appareil qu'en mai 2025. L'armée de l'air américaine dispose à ce jour de cinq EA-37B. De plus, dix exemplaires ont été commandés, et deux appareils doivent être livrés à l'Italie.
Les EA-37B sont en réalité des jets d'affaires Gulfstream, transformés pour un usage militaire et conçus pour repérer les installations radar et de communication ennemies, puis les neutraliser au moyen d'équipements électroniques. Avec ces informations en tête, il n'est probablement pas anodin que l'Otan ait précisément envoyé un EA-37B lors d'un vol de manœuvre au-dessus de Kaliningrad.
Un scénario catastrophe en vue pour l'Otan
Début août, le ministre lituanien de la défense, Robertas Kaunas, avait mis en garde l'alliance de défense contre des actions russes imminentes dans les pays baltes. Il avait alors indiqué:
Par le biais d'une telle opération sous «faux drapeau», la Russie pourrait chercher à dissimuler l'origine d'une attaque menée sur le territoire de l'Otan.
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Certes, le ministre n'a pas explicitement mentionné Kaliningrad dans sa mise en garde, mais ce territoire russe, fortement militarisé et frontalier de la Lituanie, inquiète l'Otan depuis un certain temps déjà. Sur la liste des points d'attaque possibles de la Russie contre l'Otan figure en tête ce que l'on appelle le corridor de Suwalki.
En s'emparant de cette bande de terre située entre la Pologne et la Lituanie, la Russie pourrait, d'un seul coup, couper les pays baltes du reste du territoire de l'Otan tout en établissant un pont terrestre entre Kaliningrad et l'Etat vassal russe qu'est la Biélorussie. Un scénario cauchemardesque pour l'Otan.
Escalade des tensions
Mais Kaliningrad ne se trouve pas seulement au centre de scénarios de guerre hypothétiques: depuis ce territoire isolé, Moscou perturberait déjà massivement, selon toute vraisemblance, les Etats riverains de la Baltique ainsi que les troupes de l'Otan présentes dans cette mer.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, des milliers d'indices ont ainsi révélé l'utilisation, dans les pays baltes, d'un brouilleur perturbant les signaux GPS des navires et des avions et faisant croire à leur électronique de bord une position erronée: un danger potentiellement mortel, en particulier pour les avions.
Dans ce contexte, l'exercice de l'Otan autour de Kaliningrad peut désormais être compris avant tout comme un avertissement adressé à la Russie: si le Kremlin envisageait de défier l'Otan depuis l'enclave, l'alliance se tient prête, et est en mesure de localiser et de neutraliser les brouilleurs militaires russes présents dans la région. L'expert militaire Carlo Masala, de l'Université de la Bundeswehr à Munich, a ainsi résumé:
(trad. ysc)

