La France a une nouvelle arme pour tuer les trolls
La Russie ne mène pas la guerre uniquement en Ukraine. Pas un jour ne passe sans que l’ex-président Dmitri Medvedev n’attaque le «coq gaulois déplumé» ou, plus simplement, les «pisse-froid» des rives de la Seine. Mais désormais, les autorités parisiennes répliquent de manière officielle sur la plateforme X avec le compte @FrenchResponse.
Certes, ses 170 000 followers ne pèsent pas lourd face aux 230 millions d’abonnés de Musk. Mais la voix de la France est de plus en plus entendue. French Response introduit un ton nouveau, qui fait mouche sur le Net: humour et moquerie, ironie et sarcasme. Ce sont les armes des petits.
A la dernière accusation selon laquelle les Français auraient fomenté un coup d’Etat au Burkina Faso, le compte officiel du ministère français des Affaires étrangères répond: «Et que fait donc la Russie au Burkina?» Car, en effet, ce sont actuellement des soldats russes qui stationnent dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, et non des Français. Ces derniers retournent donc contre Moscou l’accusation de colonialisme et adressent aux soldats russes – dont certains ont été recrutés parmi les anciens mercenaires de Wagner – le conseil d’anciens colonisateurs:
L’auto-dérision est pourtant très inhabituelle à Paris, où l’on cultivait jusqu’ici volontiers l’orgueil national. En Afrique de l’Ouest, la France a payé ces dernières années un prix élevé pour son arrogance postcoloniale: ses légionnaires ont été tout simplement chassés du Mali, du Niger et du Burkina par les nouveaux gouvernements, avec l’aide d’une propagande russe anti-française.
Les diplomates parisiens, parfois enclins à l’auto-satisfaction, ont tiré la leçon de cette expérience douloureuse. Les vidéos, GIFs et mèmes de French Response donnent une impression de spontanéité, mais ils sont en réalité soigneusement conçus, avec une chute assurée. Il en résulte des punchlines telles que le Net les affectionne.
Les French Responses sont élaborées par de petites équipes composées de jeunes diplomates, d’étudiants et d’autres nerds. Ces équipes travaillent jour et nuit dans la salle de crise du Quai d’Orsay, siège du ministère des Affaires étrangères. Elles sont secondées par des collaborateurs de la surveillance numérique (Viginum), rattachée au ministère de la Défense.
Aux accusations d'internautes poutiniens ou trumpistes selon lesquelles la justice française chercherait à censurer Musk et, à travers lui, la liberté d’expression, Paris oppose une réponse lapidaire: en France, la séparation des pouvoirs prévaut, et la justice est indépendante de la présidence. Un clin d'oeil à Vladimir Poutine.
Et lorsque l’ancien commissaire européen français et critique de Trump, Thierry Breton, s’est vu infliger une interdiction d’entrée aux Etats-Unis, French Response a publié deux images: Breton avec la mention laconique «Visa refusé», et, à l’inverse, le belliciste Poutine en Alaska avec «Visa accordé».
Sur Internet aussi, le sel réside dans la concision. Lorsque Musk a demandé aux Britanniques pourquoi ils étaient «si fascistes», les Français ont répliqué sans un mot, mais avec une image célèbre de l'apparent salut nazi du Sud-Africain.
Et quand le ministre des Affaires étrangères de Trump a, une fois de plus, invoqué le déclin de la culture européenne, French Response s’est contentée d’une brève comparaison:
Si cette infographie est peu spectaculaire en elle-même, elle a fait mouche. On y voit que l’Union européenne affiche une espérance de vie plus élevée que les Etats-Unis, une mortalité infantile plus faible et un taux de pauvreté inférieur; seul le taux d'homicides est plus élevé dans l’Amérique de Trump, de deux fois et demie.
Si Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, explique que la plupart des gens restent opposés à la «brutalisation des relations internationales» par les Trump et les Poutine, il faut parfois les combattre sur leur terrain.
Traduit de l'allemand par hun
