Accusés d’espionnage, ces deux profs disparus en Iran sont réapparus
Cécile Kohler et Jacques Paris ont pu quitter l'Iran mardi, après plus de trois ans de détention. Ces deux enseignants français, férus de littérature et de voyages, réalisaient leur rêve de parcourir ensemble ce pays quand ils avaient été arrêtés et accusés d'espionnage.
La France avait découvert leur visage après leur arrestation, le 7 mai 2022, au dernier jour d'un voyage touristique: d'abord le portrait d'une jeune femme souriante, cheveux châtain mi-longs; puis, après quelques semaines de discrétion, celui de son compagnon, un retraité aux yeux pétillants derrière des lunettes.
Le couple avait été libéré de la sinistre prison d'Evine en novembre, après trois ans et demi de captivité, mais était assigné à l'ambassade de France à Téhéran depuis.
L'enseignante d'origine alsacienne, avait passé son 41ᵉ anniversaire derrière les barreaux. Le quatrième dans cet Iran qu'«elle rêvait de visiter depuis des années», confiait récemment sa sœur cadette, Noémie, qui s'est démenée depuis le premier jour pour la faire libérer.
«Cécile nous envoyait des photos de ce qu'elle mangeait, quand elle prenait le thé», raconte-t-elle:
Explorer le monde
Si plus de 30 ans séparent Cécile de Jacques (72 ans), le couple voue une passion commune à «la littérature, la poésie, l'histoire de l'art, et le besoin de voir comment les gens vivent ailleurs», précise Noémie Kohler.
«Mon père a toujours voyagé (...) Cette ouverture au monde l'anime», confirme l'une des deux filles Paris, Anne-Laure, 41 ans:
Elle, agrégée de lettres modernes, et privée de livres pendant sa détention, «a toujours énormément lu», selon sa sœur. Depuis 2009, elle enseigne en lycée et tente de transmettre son goût des lettres à des élèves parfois éloignés des auteurs classiques.
Le mathématicien
Quant à Jacques, «c'est le mathématicien dans toute sa splendeur», selon une ancienne collègue qui l'a connu au lycée Clémenceau de Nantes, où il a enseigné toute sa carrière jusqu'à sa retraite au début des années 2010.
Sportif, amateur de semi-marathon, c'est un homme «cultivé, très posé, qui réfléchit, qui analyse», décrit cette enseignante, évoquant un professeur très apprécié de ses élèves comme de ses collègues, «parce qu'il est bienveillant».
«Il a toujours été très soutenant dans nos études, c'est quelque chose d'important pour lui», ajoute sa fille.
Syndicalistes engagés
Investis, Cécile Kohler et Jacques Paris l'étaient aussi dans le milieu syndical. Tous deux ont milité de longue date au sein de Force ouvrière, où elle est encore chargée des relations internationales pour la Fédération de l'Enseignement, de la Culture et de la Formation Professionnelle. Un argument utilisé à charge par les autorités iraniennes, qui les a accusés d'avoir rencontré des syndicalistes locaux durant leur séjour.
Dans le lycée de Cécile Kohler, cet engagement a marqué les esprits. «C'est la personne qui m'a aidée quand j'en ai eu le plus besoin», retrace Saliha, agent d'entretien. Une femme qui «donnait à nous, agents d'entretien, autant d'importance qu'aux professeurs».
Lors d'un conflit avec un supérieur hiérarchique, endossant le rôle de médiatrice, «elle nous a soutenus, (...) elle nous a montré que notre travail comptait», explique-t-elle. La jeune femme espérait être mutée à Nantes pour se rapprocher de son compagnon à partir de septembre 2022. Une rentrée qu'ils ont finalement passée en prison.
«Le commissariat l'a appelée» pour lui signifier que la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (Micas) émise par le ministère de l'Intérieur «est levée», a précisé Me Nabil Boudi.
(afp/vz)
