La «NHL du hockey amateur» ébranle la Swiss League
Les lamentations sur les difficultés de la Swiss League accompagnent notre hockey depuis des années. Mais rien ne change, et ces derniers jours ont montré pourquoi. Pourquoi, malgré des débats houleux, tout reste tel quel.
Le nouveau président de la fédération, Urs Kessler, a identifié le problème: il y a en réalité une ligue de trop. Le championnat amateur national, la MyHockey League, devrait fusionner avec la Swiss League. Cela donnerait naissance à une ligue hybride comptant au moins 20 équipes, et regroupant à la fois des clubs formateurs et des clubs visant la montée en National League. La 1re Ligue redeviendrait alors, comme autrefois, la ligue amateur la plus élevée de notre pays, avec ses groupes régionaux. Jusqu’ici, tout va bien. Le plan semble tout à fait raisonnable.
Cependant, la fusion ne peut avoir lieu qu'avec l'accord de la section amateur de la fédération. Sauf que là-bas, personne n'envisage, à juste titre, de changer quoi que ce soit. Et pour cause: ils tiennent entre leurs mains la «NHL du hockey amateur».
Le Hockey Huttwil et l'EHC Seewen ont offert ces derniers jours une finale de MyHockey League haletante, et ont démontré que le hockey amateur pouvait atteindre un très haut niveau. Seewen a défendu son titre au cours de cinq rencontres intenses, parfois dignes de la Swiss League. En théorie, les conditions sportives pour la promotion sont remplies pour les deux équipes. Pourtant, ni Seewen ni Huttwil n’envisagent, même dans leurs rêves les plus fous, de monter en deuxième division.
Pour moins d'un million de francs, ces deux clubs sont capables d’offrir du très bon hockey dans des infrastructures adaptées. La plupart des joueurs ont été formés dans les ligues juniors les plus élevées du pays et possèdent donc d’excellentes qualités physiques, techniques et tactiques. Pour diverses raisons, ils ont poursuivi une carrière extra-sportive au lieu de se lancer dans le hockey professionnel.
Fortement ancré dans sa région, l'EHC Seewen est en quelque sorte l'équipe nationale du canton de Schwytz. Comme le Hockey Huttwil, il est géré avec efficacité et soutenu par le tissu économique local. Bref, nous avons ici un hockey amateur de haut niveau, fonctionnant à merveille malgré la proximité de puissantes organisations de National League, comme Zoug et Berne. Un hockey sain, à une époque où le monde professionnel ne cesse de devenir plus coûteux.
L’ambiance était formidable lors des cinq matchs de la finale. Il y avait 1200 supporters à Seewen et près de 2000 à Huttwil. Du fair-play, pas de chants injurieux envers l'adversaire et aucun problème de sécurité. Un haut responsable de la Fédération internationale de hockey sur glace, présent lors de l’une des rencontres, s’est même émerveillé: «On ne retrouve cette ambiance paisible que lors d’un Championnat du monde». Le hockey tel que les romantiques l’imaginent.
Il n’y a aucune raison pour les meilleurs clubs amateurs de monter en Swiss League, où les investissements sont plus importants à tous les niveaux, notamment sur le plan financier, mais où les recettes, elles, ne peuvent être augmentées. Voici un exemple simple: lors de sa saison 2024/2025 en MyHockey League, Arosa a attiré 14 640 spectateurs lors de ses 21 matchs à domicile, play-offs compris. Cette saison, en deuxième division, seuls 15 812 spectateurs ont assisté aux 25 rencontres à domicile. Pas besoin d’avoir fait de grandes études pour comprendre que ce modèle ne peut pas tenir sur le long terme.
Cela signifie que la Swiss League n’accueillera pas de nouveaux promus avant longtemps. En revanche, elle risque de perdre des équipes en raison des difficultés financières rencontrées par certaines formations. Langenthal a volontairement rejoint la MyHockey League au printemps 2023 pour des raisons économiques, et Winterthour lui emboîtera le pas à l’issue de cette saison.
Tout cela est parfaitement logique: le marché national ne peut pas financer une deuxième ligue professionnelle de hockey sur glace. Un problème que connaissent également d’autres pays où le hockey est populaire. Dans la dynamique actuelle, le marché imposera à l’avenir une forme de réamateurisation de la Swiss League, ainsi qu’une réduction des salaires et du nombre d’équipes.
En dehors d’une fusion avec la MyHockey League, une solution raisonnable serait d’intégrer la plus haute ligue juniors du pays à la Swiss League, comme le propose la National League. Une idée pertinente sur le plan de la formation et réalisable au niveau économique. Mais les divergences idéologiques entre la National League, indépendante, et la Swiss League, chapeautée par la fédération, sont telles que toute proposition émanant de la première est instinctivement rejetée et perçue comme mauvaise. A ce jour, la National League reste en tout cas la seule à avoir proposé une réforme réalisable.
Si rien ne change, l'ancien modèle de la NHL pourrait bien devenir une référence pour la Swiss League. De 1942 à 1967, elle ne comptait que six équipes: les Rangers, Toronto, Détroit, Montréal, Boston et Chicago. La saison régulière comprenait alors entre 50 et 70 matchs, et seules quatre formations se qualifiaient pour les séries éliminatoires. A l’époque, une ligue plus importante n’était pas viable sur le plan financier.
Est-ce ainsi que se présente l’avenir de la Swiss League? Une réduction progressive à huit, voire six équipes? Un modèle calqué sur les «Original Six» de la NHL, avec La Chaux-de-Fonds, Sierre, Viège, Olten, Thurgovie et Bâle?Il est probable que les GCK Lions quittent la Swiss League si la ligue U23 envisagée par la National League se concrétise faute de réforme en deuxième division. Quid d’Arosa, Bellinzone et Coire? Ces clubs ne sont pas viables à long terme. Dès que la ligue U23 sera opérationnelle, les formations de National League ne mettront plus gratuitement leurs jeunes talents à disposition.
Une ligue concentrée sur les clubs traditionnels permettrait d’améliorer la qualité de la production télévisée. Et avec un peu d’habileté dans les négociations, il devrait être possible de diffuser l’affiche de la semaine ainsi que certaines rencontres de play-offs sur la RTS ou MySports, ce qui assurerait une meilleure visibilité.
La MyHockey League, elle, a de bonnes chances de s’imposer comme la «NHL du hockey amateur». Winterthour vient désormais s’ajouter aux formations engagées, ce qui offre la possibilité de constituer deux conférences. Dübendorf, Winterthour, Frauenfeld, Oberthurgau, Bülach et Wetzikon à l'Est. Huttwil, Langenthal, Thoune, Lyss, Franches-Montagnes et Seewen à l’Ouest. Quatre matchs contre les équipes de sa propre conférence, deux contre les représentants de l’autre groupe, pour un total de 32 rencontres. Plus de derbies, des déplacements plus courts, moins d’efforts et un rendement accru.
A y regarder de plus près, les éternelles discussions autour de la Swiss League ne reflètent pas une crise, mais plutôt la vitalité de notre hockey. Le «problème» est en fait cette «NHL des amateurs», mais ce n’en est justement pas un, d’où les guillemets. Notre hockey ne vit pas uniquement du professionnalisme au plus haut niveau. La Swiss League s’est simplement retrouvée dans un no man’s land entre une National League en plein essor et une ligue amateur dynamique. Elle n’a pas encore trouvé son identité. En réalité, ce n’est pas un si gros problème.
