Mort de Quentin Deranque en France: six suspects inculpés
Six hommes soupçonnés d'avoir frappé à mort le militant nationaliste Quentin Deranque, il y a une semaine à Lyon, en France, ont été mis en examen jeudi soir pour «homicide volontaire». Un assistant du député LFI Raphaël Arnault est lui accusé de «complicité».
Ce collaborateur de 25 ans a été placé en détention provisoire. Le chef retenu à son encontre confirme qu'il «n'a pas donné de coups directs susceptibles d'avoir causé le décès», a réagi son avocat, Me Bertrand Sayn.
Au juge d'instruction, le jeune homme a redit «qu'il ne s'agissait absolument pas d'un guet-apens, mais bien d'un affrontement avec un groupe de militants d'extrême droite», a poursuivi l'avocat.
Ils «contestent l'intention» de tuer
Parmi les suspects mis en examen pour homicide volontaire, et également écroué, figure un autre proche de Raphaël Arnault, âgé de 25 ans, qui travaillait dans l'équipe du député jusqu'à quelques jours avant les faits, a expliqué son avocat Me Benoît Courtin. Les sept hommes, âgés de 20 à 26 ans sont selon une source proche du dossier «connus pour être soit membres, soit proches de la Jeune Garde», un mouvement d'ultragauche fondé en 2018 à Lyon par Raphaël Arnault et dissous en juin.
Interpellés mardi soir et mercredi, «deux ont refusé de s'exprimer» lors de leur garde à vue, les autres «reconnaissent leur présence» sur les lieux de l'agression et «certains admettent avoir porté des coups» à Quentin Deranque «ou à d'autres victimes», a expliqué le procureur de Lyon Thierry Dran lors d'une conférence de presse.
Tous «contestent l'intention» de tuer, a ajouté le magistrat qui avait requis leur placement sous écrou en raison notamment du risque de trouble à l'ordre public.
«Il reste plusieurs personnes à identifier»
Quentin Deranque a été frappé le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis qui manifestaient contre la venue de l'élue. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.
Les sept suspects ont été identifiés après l'audition de plusieurs témoins, l'exploitation de vidéos et d'éléments matériels, a relaté le procureur. Un travail «difficile et à ce jour d'ailleurs il reste plusieurs personnes à identifier», a fait savoir le procureur.
Trois femmes et un homme interpellés lors de la même opération policière et soupçonnés d'avoir aidé certains suspects à se cacher, ont été remis en liberté jeudi et «seront ultérieurement convoqués pour s'expliquer sur ces faits», selon le procureur. Parmi eux figure un troisième collaborateur parlementaire du député LFI, soupçonné d'avoir aidé l'un des suspects à se soustraire à la justice.
La famille appelle au calme
Jeudi, la famille de Quentin Deranque a appelé «au calme et à la retenue» et dénoncé «toute forme de violence politique», à deux jours d'une marche prévue en hommage à leur fils à Lyon, à laquelle ils ne comptent pas participer. Ils «souhaitent que si des personnes veulent s'agréger à cette initiative, qu'elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique», a déclaré leur avocat sur BFM Bastien Brajon.
Le maire écologiste Grégory Doucet a demandé à la préfecture d'interdire pour des raisons de sécurité cette marche réclamant «Justice pour Quentin, tué par les antifas», dont l'appel est largement relayé par l'extrême droite sur les réseaux sociaux. S'exprimant sur RTL, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé vendredi qu'il ne «demand(ait) pas l'interdiction» de la marche prévue samedi.
Il a ajouté que cette marche qui devrait rassembler, selon son estimation «2 à 3000 personnes» sera encadrée par un «dispositif policier extrêmement important» pour assurer la sécurité.
Les extrêmes doivent «faire le ménage»
En visite en Inde, Emmanuel Macron a appelé à éviter «tout engrenage de la violence», et affirmé qu'en République, il n'y avait «pas de place pour les mouvements qui adoptent et légitiment la violence». Il a exhorté «les extrêmes» à «faire le ménage dans leurs rangs», ciblant «les mouvements d'extrême gauche» comme «d'extrême droite».
Cela au moment où la pression s'intensifie sur La France insoumise, notamment à droite et à l'extrême droite qui lui attribuent volontiers une «responsabilité» dans le drame en raison notamment de ses «liens» avec la Jeune Garde Antifasciste.
Face à l'offensive contre LFI, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé qu'il n'était «pas question» de suspendre ou d'exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l'Assemblée nationale, au motif notamment qu'il ne saurait être «tenu responsable des actes de ses salariés».
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé Raphaël Arnault à «tirer les conclusions» si la justice «trouve des indices graves et concordants» sur ses collaborateurs. Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission. (jzs/ats)
