François Bayrou ne passera peut-être pas l’hiver à Matignon. Une motion de censure guette le premier ministre français à l’approche des débats à l’Assemblée nationale sur le budget 2026 socialement restreint. En décembre de l’an dernier, son prédécesseur Michel Barnier n’avait pas survécu à son projet de budget 2025, déjà décrié pour ses coupes dans les dépenses sociales.
Cette année, la donne se présente encore plus mal pour le chef du gouvernement. Il fait face à une menace de chaos. En l’espèce, le mouvement social «Bloquons tout». Apparu sur les réseaux sociaux dans le courant de l’été, il donne rendez-vous aux Français le 10 septembre dans la rue, appelant à la grève pour protester contre le mesures d'économies prévues par le premier ministre. Une resucée des Gilets jaunes de 2018-2019, la plus grave insurrection populaire depuis Mai 68?
A l’origine de «Bloquons tout», «on retrouve des comptes proches des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, du parti Reconquête d’Eric Zemmour, du Rassemblement national, des milieux pro-russes et antivax», relevait mi-août sur son compte X le journaliste de BFMTV Raphaël Grably.
Depuis, la France insoumise est entrée officiellement dans la danse, rejointe par le syndicat SUD, tendance gauche radicale. La direction du Rassemblement national, plus grand parti de France, reste pour l’instant en retrait, fidèle à sa tactique de recherche de respectabilité.
Avec un premier ministre à 18% d’opinions favorables seulement dans les sondages, plus faible taux dans l’histoire de la Ve République, François Bayou, qui alerte contre la dette abyssale de la France, a de quoi être inquiet à l’approche du 10 septembre. Il tentera de défendre ses orientations budgétaires ce lundi à 16 heures lors d’une conférence de presse. Peut-être en amendera-t-il certaines.
Joint par watson, le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Centre de la vie politique française (Cevipof), voit dans «Bloquons tout» «un patchwork réuni par trois points fondamentaux».
A la question des salaires insuffisants s’ajoute celle des «fortes inégalités territoriales, qui font que toute une frange des Français a très difficilement accès aux services publics, comme l’hôpital», souligne Bruno Cautrès.
On nage «en plein paradoxe français», constate le chercheur du Cevipof:
Ce paradoxe renvoie à la question de «l’efficacité du système social français, l’un des axes de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017», rappelle Bruno Cautrès. Une question visiblement non-résolue.
Avec «Bloquons tout», le mouvement libertarien «C’est Nicolas qui paie», qui se plaignait ce printemps et au début de l’été de payer des taxes en pure perte, est comme dépassé sur sa gauche par une traditionnelle logique redistributive, plus en phase avec les mentalités françaises.
Le chaos redouté par le gouvernement aura-t-il lieu le 10 septembre? «Même si deux tiers des Français disent soutenir le mouvement "Bloquons tout", nous ne sommes plus en 2018, lors de l’éclatement de la crise des Gilets jaunes. D’abord, il y a la guerre en Ukraine. Ensuite, les Français réalisent que la situation budgétaire de leur pays est grave et qu’elle aggrave chaque année la dette et les intérêts de la dette, ce qui réduit la marge de manœuvre du gouvernement en termes de dépenses sociales.» La France insoumise a sa réponse: faire davantage payer les «très riches».
Si Emmanuel Macron remettra son mandat dans moins de deux ans, les élections municipales, elles, auront lieu en mars prochain. De quoi susciter les appétits sur fond de «colère des Français». François Bayrou ferait un très bon fusible.