Macron va brandir son «sceptre» nucléaire
Pour Emmanuel Macron, qui s'exprimera lundi sur la doctrine nucléaire française, comme pour ses prédécesseurs, la bombe atomique, «sceptre» suprême, est consubstantielle du pouvoir présidentiel.
Le président français doit préciser comment la dissuasion nucléaire française peut contribuer à la sécurité de l'Europe en plein bouleversement stratégique mondial et sur fond de recul de la présence américaine au sein de l'Otan.
Lorsqu'il prendra la parole dans la rade de Brest en Bretagne (ouest), devant un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE), symbole ultime du feu nucléaire, il aura un rendez-vous solennel avec les Français, inhérent à la nature même de la bombe et de la fonction présidentielle. Le 16 janvier 1983, l'ancien président François Mitterrand lançait:
«Le reste ce sont des matériaux inertes, jusqu'à la décision qui doit consister précisément à faire qu'on ne s'en serve pas», ajoutait-il, dans une forme de sacralisation de l'arme nucléaire dont dispose la France depuis les années 1960.
Le chef de l'Etat peut s'appuyer sur un arsenal de «stricte suffisance», un peu moins de 300 têtes nucléaires, susceptible de causer des «dommages inacceptables» à qui s'attaquerait aux «intérêts vitaux» du pays, selon les grands principes de la doctrine française.
En France, «c'est une forme de sceptre nucléaire»
La dissuasion nucléaire incarne ainsi l'essence même du pouvoir présidentiel, quand il peut être contesté dans l'arène politique, comme c'est le cas pour Emmanuel Macron, actuellement en fin de mandat et impopulaire.
Autour d'une thèse sur la dimension européenne de la dissuasion française et actuellement en post-doctorat au Massachusetts Institute of Technologz (MIT) à Cambridge (Etats-Unis), Florian Galleri résume:
«Sur la dissuasion, seul le président décide. On se retrouve suspendus à sa parole, ce qui renforce sa centralité dans une période où il est contesté. Cela rappelle qu'il est le président», dit-il à l'AFP.
Cette parole peut aussi faire polémique. A chaque fois qu'Emmanuel Macron évoque la «dimension européenne» de la dissuasion française, une partie de ses opposants l'accusent de vouloir brader la bombe.
En mars 2025, «il a alors fait son adresse aux Français dans laquelle il a martelé que la dissuasion nucléaire était nationale de A jusqu'à Z», rappelle le chercheur. Il pointe:
Pour la France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne depuis le départ du Royaume-Uni, la bombe est aussi l'attribut suprême de l'indépendance et de la souveraineté quand ses partenaires s'en remettent au parapluie nucléaire américain.
Le nuclaire impose la verticalité du pouvoir
Ce pouvoir a sa part de rites, sinon de sacré. «Il y a d'abord la cathédrale, le PC "Jupiter" sous (le palais de) l'Elysée. Puis l'onction, la manière dont le président va recevoir le fameux code nucléaire», relève Jean Guisnel, co-auteur de l'ouvrage «Le Président et la Bombe».
L'amiral Bernard Rogel, ancien chef d'état-major particulier des présidents François Hollande et Emmanuel Macron (2016-2020), acteur direct de cette transmission en 2017, décrit un moment «grave». Il raconte:
Lors de la prise de fonctions d'Emmanuel Macron, «je n'ai pas vu les épaules du président s'affaisser ou son dos se courber», dit-il. Mais c'est un «moment solennel» où le président devient «devant le peuple le garant de la sécurité ultime» du pays, dit-il.
Le chef de l'Etat français, élu au suffrage universel, dispose aussi de cette légitimité pour appuyer sur le bouton. De fait, toute la dissuasion repose sur une verticalité extrême entre le commandant de SNLE - ou le responsable des forces aériennes stratégiques - et le président.
«Quand un ordre est déclenché, cela va directement de l'un à l'autre», souligne l'amiral Rogel. Un portrait du chef de l'Etat, matérialisant ce lien, est d'ailleurs installé devant la chambre du commandant. (tib/afp)
