International
avion

Un général français attaque le F-35 et loue le Rafale

En haut, le F-35 américain. En bas, maquette d'un futur avion de combat européen.
En haut, le F-35 américain. En bas, maquette d'un futur avion de combat européen.Image: watson

L'Europe se déchire sur son futur avion: un général dézingue le F-35

Français et Allemands n'arrivent pas se mettre d'accord sur le développement d'un avion de combat unique. Partisan du Rafale, le général français Yakovleff étrille le F-35 et l'Eurofighter. Le colonel suisse Alexandre Vautravers apporte son expertise.
26.02.2026, 18:5426.02.2026, 19:59

En matière d’armement, le couple franco-allemand fait souvent usine à part. Le projet Scaf, pour Système de combat aérien du futur, ne devrait pas déroger à la règle. Le constructeur Airbus, qui représente l’Allemagne et l’Espagne, soutiendra une solution à deux avions de combat «si les clients l'exigent» et «jouera un rôle de premier plan», a déclaré la semaine dernière son patron, Guillaume Faury.

De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement douté des perspectives d'avenir de ce projet d’avion de combat lancé en 2017 par l’Allemagne et la France, rejoint par l’Espagne deux ans plus tard. Il faut dire qu'il est en panne depuis des mois sur fond de tensions entre Airbus et Dassault Aviation, l’avionneur français.

L'Allemagne tance la France

Mais tout n’est pas perdu: si l’on semble se diriger vers deux avions, le reste du projet Scaf devrait être maintenu. A savoir: le développement de drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, «un cloud de combat».

Pour l’avion en tant que tel, les égoïsmes européens proverbiaux reprennent les dessus. Le tout sur fond de piques décochées par l’Allemagne à la France, accusée de consacrer insuffisamment d’argent aux dépenses militaires, elle qui prône pour l’Europe une souveraineté de défense face aux Etats-Unis. Certes, les finances françaises ne suivent pas les ambitions stratégiques affichées par Emmanuel Macron, mais l’Allemagne, en bien meilleure forme financière, a pendant trente ans négligé l’effort de défense, l’invasion de l’Ukraine par la Russie provoquant un électrochoc.

Revenons au Scaf. La rivalité Rafale-Eurofighter est une bonne illustration de l’embrouille en cours entre Airbus et Dassault, derrière qui l’on retrouve donc, aux premières loges, la France et l’Allemagne. Lancés dans les années 1980, les programmes pour l’avion de combat dit de quatrième génération, le Rafale (France) d’un côté, l'Eurofighter (Royaume-Uni, Italie, Allemagne et l'Espagne) de l’autre, auraient dû ne faire qu’un. A l’origine, il était prévu que tous ces pays, France comprise, travaillent sur un projet commun. Cela n'a pas abouti.

Vers un avion de combat de 6e génération

Joint par watson, le général français Michel Yakovleff, consultant «défense» sur la chaîne info LCI, ancien vice-chef d'état-major du Commandement allié Opérations de l'Otan, le rappelle:

«Les Français, qui possèdent la dissuasion nucléaire, voulaient d’un avion pouvant emporter la bombe nucléaire et apponter sur un porte-avion, mais cela n’intéressait pas l’Allemagne.»
Général Michel Yakovleff

Aujourd’hui, la discussion en Europe porte sur le développement d’un avion de combat dit de sixième génération. On entend par-là un appareil équipé d’un système de combat interconnecté (cloud de combat, drones, satellites). Par comparaison, l’avion furtif F-35 de l’américain Lockheed Martin est un avion de cinquième génération. Il s’agit d’aller plus loin encore dans la technologie.

«Des sous-m…»

Le général français, qui n’avait pas tari d’éloges sur l’armée suisse dans une interview à watson en 2022, serait-il un peu chauvin? A ses yeux, «le Rafale est à l’heure actuelle ce qui se fait de mieux sur le marché». Dans un langage fleuri, il qualifie l’Eurofighter et le F-35 de «sous-m…».

«D’une part, les Allemands ne savent pas fabriquer d’avions de combat. D'autre part, le F-35, s’il est bel et bien furtif, est équipé d’un système radar, qui, faute d’être au point, ne lui permet pas de repérer correctement les dangers pouvant l’atteindre.»
Général Michel Yakovleff

C’est ce qui expliquerait, selon le haut gradé français, que les F-35 israéliens n’aient pas survolé l’Iran durant la guerre des 12 jours en juin dernier et qu’ils aient tiré leurs missiles avant la frontière.

Dans la différend franco-allemand, le Français Dassault, dont les hautes capacités technologiques sont reconnues, se fait tirer l’oreille par l’Allemagne non sans raison. En effet, la coopération pourrait être totale en vue d’un nouvel avion de combat européen succédant au Rafale et à l’Eurofighter, sauf que Dassault ne veut pas tout partager de son savoir-faire, en particulier son système radar réputé performant. Le chancelier allemand crie à l’égoïsme.

Réplique du général Yakovleff:

«Friedrich Merz dénonce l’égoïsme français, mais il ne dit rien de l’égoïsme américain»
Général Michel Yakovleff

Allusion, ici, au F-35, encore lui, qui équipe une quinzaine de pays européens, Suisse comprise. Selon l’officier français, Dassault serait plus souple que le gouvernement américain en termes d’upgrading (mise à niveau). «Les clients étrangers ont beaucoup plus de liberté avec le Rafale qu’avec le F-35 pour ajouter les technologies qu'ils souhaitent», affirme-t-il.

Dernier reproche adressé pour l’heure par le général Yakovleff à la partie allemande:

«Pour construire un avion de combat, les Allemands partent toujours d’une page blanche. C’est très fastidieux, le processus de développement demande un temps fou. Les Français de Dassault s’y prennent mieux. Ils partent de l’existant pour monter successivement en gamme.»
Général Michel Yakovleff

«L'Europanzer avait été un échec»

Là où les Allemands et leurs partenaires dans Airbus entendent travailler à l’achèvement d’un Scaf de sixième génération, Dassault affiche des ambitions en apparence plus modestes. L’actuel Rafale omnirôle (air, mer, armement nucléaire) est décrit comme étant de génération 4,5, proche de la cinquième génération sans être furtif pour autant.

Faisons intervenir le colonel Alexandre Vautravers dans le clash franco-allemand. Le rédacteur en chef de la Revue militaire suisse constate:

«Ce n’est pas la première fois qu’on observe des clashs, à tout le moins des désaccords entre Allemands et Français en matière de programmes de développement d'armement. Avant le développement séparé de l’Eurofighter et du Rafale, la même chose s’était produite dans les années 1960 avec les chars de combat. Il était question à l’époque de construire un char unique, un "Europa-Panzer". Cela ne s’était pas fait – les Allemands ont développé de leur côté le Leopard 1, les Français l'AMX-30 du leur.»
Colonel Alexandre Vautravers

Le Français et le Suisse n'ont pas la même version

Nous avons demandé au colonel Vautravers de réagir aux affirmations du général Yakovleff sur les prétendues limites du F-35, en faveur duquel l'officier suisse s’était prononcé lorsque la Confédération l'avait choisi comme futur avion de combat. Est-ce bien parce que le système radar de l’avion furtif américain ne serait pas «au top», que ce dernier n'aurait pas pénétré dans l’espace aérien iranien en juin dernier?

La version de l’officier suisse diffère de celle du général français:

«Le F-35 est ce qui se fait de plus performant. Si les F-35 israéliens ont tiré leurs missiles sans entrer dans l’espace aérien de l’Iran, c’est pour éviter que l’un d’eux, atteint par un tir ou une avarie, ne tombe aux mains de l’ennemi et de ses partenaires russes ou chinois avec toute la technologie embarquée.»
Colonel Alexandre Vautravers

S’agissant du développement d’un futur avion de combat européen, Alexandre Vautravers confirme:

«Dassault veut garder pour lui certains secrets de fabrication. Pour la France, l’autonomie stratégique de défense est un véritable objectif stratégique»

Justement, à l’heure où l’Europe prétend à l'autonomie de défense vis-à-vis des Américains, le quant-à-soi technologique est-il encore de mise ? Les quinze pays européens équipés du F-35 américain se sentent-ils les mains libres? L'Europe n'est-elle qu'une façade derrière laquelle chacun fait son business au mieux de ses intérêts? Autant de questions pour maintenant et les années qui viennent.

Reste le nerf de la guerre: l’argent. La France doit livrer 114 Rafale à l’Inde, qui vient de dire «oui», mais rien n’est définitif encore. Coût estimé de la transaction: entre 30 et 35 milliards de dollars. L’installation en Inde d’une chaîne de montage est prévue, ce qui suppose un transfert de technologie. Délicat. Mais la France, moins à l’aise financièrement que l’Allemagne, a besoin d’argent et l’Inde en a. De la même manière, l’avionneur français et derrière lui le gouvernement de la République comptent énormément sur les investissements émiratis.

Pour l’heure, chacun semblent jouer son jeu, avec ses atouts et ses faiblesses.

20 animaux adoptés trop craquants
1 / 22
20 animaux adoptés trop craquants
Avant l'adoption et après être installé dans un nouveau foyer..
partager sur Facebookpartager sur X
Il joue un morceau de Daft Punk sur un orgue vieux d'un siècle
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
3 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
3
Le Japon enregistre une dixième année de baisse des naissances
En 2025, seulement 705 809 bébés sont nés au Japon, soit 2,1% de moins qu’en 2024, confirmant un déclin démographique persistant qui menace le marché du travail, alourdit la dette nationale et met la première ministre Sanae Takaichi face à un défi majeur.
Le nombre de naissances au Japon a reculé pour la dixième année consécutive en 2025, selon des données publiées jeudi par le ministère nippon de la Santé, soulignant les défis auxquels est confrontée la première ministre, Sanae Takaichi.
L’article