International
Guerre contre l'Ukraine

Amputés, ces Russes disent ne pas regretter la guerre en Ukraine

Un patient se rend dans l'atelier privé de prothèses, en Russie.
De nombreux soldats russes reviennent d'Ukraine avec de sévères blessures.Image: OLGA MALTSEVA / AFP

La guerre en Ukraine dope un secteur médical stratégique

Dans un atelier près de Saint-Pétersbourg, des vétérans russes revenus amputés d'Ukraine se rééquipent sans regrets, tandis que Vladimir Poutine valorise leur retour pour servir son récit de guerre.
19.02.2026, 05:3519.02.2026, 05:35
Vsevolojsk, Russie / AFP

«C'était ma première blessure», raconte Dmitri, ex-membre du groupe paramilitaire russe Wagner, qui a perdu une jambe en Ukraine. Il remarche aujourd'hui grâce à une prothèse fabriquée près de Saint-Pétersbourg dans un atelier dont la patientèle a changé depuis quatre ans, reflet de la guerre.

Cet homme de 54 ans, qui avait déjà combattu en Syrie et dans la région ukrainienne orientale du Donbass avant l'offensive à grande échelle du pays voisin lancée en février 2022, relate sa blessure avec un sourire presque détaché.

Une première blessure aux lourdes conséquences

Il se souvient que son unité a été bombardée au moment où elle traversait le fleuve Dniepr puis qu'il a aperçu, gisant à côté de lui, sa jambe droite arrachée. Dmitri raconte:

«C'était ma première blessure, j'étais presque surpris après tant de combats.»

Il a aussi subi une grave blessure abdominale, désormais remplacée par une paroi artificielle, après huit mois d'hôpital et une année en fauteuil. Cet homme, à la barbe fournie et portant le nom de guerre «Barmak», assure:

«Ici, l'ambiance est familiale, presque apaisante. On se sent tout de suite détendu.»

Depuis que Moscou a déclenché son offensive contre l'Ukraine, plusieurs centaines de milliers de soldats ont été tués et blessés. Leur nombre exact n'est pas connu, les autorités russes gardant le silence à ce sujet.

Dmitri, ancien combattant de 54 ans du groupe paramilitaire russe Wagner, a perdu sa jambe droite sur le champ de bataille en Ukraine.
Dmitri, ancien combattant de 54 ans du groupe paramilitaire russe Wagner, a perdu sa jambe droite sur le champ de bataille en Ukraine.Image: OLGA MALTSEVA / AFP

Un secteur en plein boom qui en dit long

L'atelier de prothèses a, lui, vu le profil de ses patients évoluer. Les anciens combattants se sont ajoutés aux accidentés de la route et aux adeptes de sports extrêmes. Le directeur de l'atelier, Mikhaïl Moskovtsev, indique:

«Ce sont des traumatismes spécifiques, liés, par exemple, à des explosions de mines.»
«Pour moi, tout le monde est égal»
«Je ne demande pas aux gens d'où ils viennent, ni pourquoi ils sont là. S'ils veulent en parler, ils le font d'eux-mêmes. Mais il est évident que je vois le type de blessure.»
Mikhail Moskovtsev, 53 ans, est directeur d'un atelier privé de prothèses.
Mikhail Moskovtsev, 53 ans, est directeur d'un atelier privé de prothèses.Image: OLGA MALTSEVA / AFP

L'atelier emploie une douzaine de personnes et propose des solutions de mobilité allant d'équipements simples à des prothèses de pointe, dont le coût peut atteindre cinq millions de roubles (environ 50 000 francs).

En Russie, l'appareillage est financé par l'Etat. Les anciens combattants bénéficient d'un programme de réadaptation individuel et peuvent choisir entre structures publiques et privées. Selon les chiffres du gouvernement, la fourniture de prothèses a bondi de 65% entre 2021 et 2024, avec 60 000 appareils supplémentaires.

Un meilleur traitement qu'autrefois

«C’est la première fois que l'aide sociale et les relations entre l'armée et l'Etat sont aussi efficaces», affirme Dmitri «Barmak», rappelant l'abandon ressenti par les vétérans d’Afghanistan (1989) et des guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000). Il poursuit:

«Je me rappelle très bien le retour des vétérans d’Afghanistan confrontés à cette phrase célèbre des bureaucrates: "ça n'est pas moi qui vous ai envoyé là-bas". C'était pareil avec les soldats des guerres tchétchènes.»

Pour sa blessure, il a reçu une indemnisation de trois millions de roubles, soit environ 30 000 francs. Il confie:

«J'ai acheté ma voiture avec»

Pour les anciens combattants russes, ces indemnités de blessure oscillent désormais entre quelques centaines de milliers et quatre millions de roubles (40 000 francs environ).

Une propagande qui fait effet sur la population

Le Kremlin utilise ces mesures pour valoriser le rôle des anciens soldats, dont le retour à la vie civile est souvent compliqué.

Vladimir Poutine a également mis en place des programmes visant à les réintégrer dans la société, notamment via l'initiative «Le Temps des Héros», qui ambitionne de former une nouvelle élite managériale issue du front.

Autre Dmitri, même blessure. Agé de 42 ans et de nom de guerre «Torg», il a perdu la jambe gauche en Ukraine.

Cet ancien ouvrier en bâtiment est venu consulter l'atelier de Mikhaïl Moskovtsev pour une prothèse. Lui a perdu sa jambe près de Bakhmout en 2024, après qu'un drone a percuté son véhicule. Il affirme, sans hésitation:

«Je ne changerais rien, je ne renoncerais pas à ma participation»
«Ma motivation principale était de faire en sorte que ce qui se passe là-bas s'arrête là-bas, pour que le conflit ne s'étende pas à notre territoire.»
Dmitri, ancien soldat âgé de 42 ans et connu sous le nom de code «Torg», a perdu sa jambe gauche sur le champ de bataille en Ukraine.
Dmitri, ancien soldat âgé de 42 ans et connu sous le nom de code «Torg», a perdu sa jambe gauche sur le champ de bataille en Ukraine.Image: OLGA MALTSEVA / AFP

Ce père de deux enfants reprend ainsi les propos du Kremlin justifiant son offensive en Ukraine par une menace de Kiev et de l'Occident à l'égard de la Russie, ce que démentent l'Ukraine et les pays de l'Otan.

Le Kremlin promeut aussi la bravoure pour recruter des soldats et convoque fréquemment les souvenirs de l'effort de guerre de l'Union soviétique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Torg, qui a signé un contrat avec l'armée, conclut:

«Et puis, il y a le devoir d'homme. Défendre son pays les armes à la main quand la situation l'exige vraiment»
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Il y a l'enthousiaste...
source: ap / dmitri lovetsky
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