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Guerre contre l'Ukraine

Cet Ukrainien est le seul habitant de son immeuble de 15 étages

Grygory Gladysh, 79 ans, seul résident restant d'un immeuble de 16 étages fortement endommagé à la périphérie de Kharkiv, se tient dans son appartement dévasté où il vit malgré l'absence de  ...
Grygory Gladysh, 79 ans, seul résident restant d'un immeuble de 16 étages fortement endommagé à la périphérie de Kharkiv, se tient dans son appartement dévasté où il vit malgré l'absence de chauffage et d'approvisionnement en eau, le 27 février 2026.Image: IVAN SAMOILOV / AFP

Cet Ukrainien survit seul dans le «quartier fantôme» de Kharkiv

A Kharkiv, un retraité de 79 ans est aujourd’hui le dernier habitant de son immeuble. Sans eau, chauffage ni électricité, il survit dans un quartier ravagé par les frappes russes.
05.03.2026, 16:5805.03.2026, 16:58
Oleksandr YANOVSKY, Kharkiv, Ukraine / AFP

Grygory Gladych a vu sa famille et ses voisins quitter son immeuble à Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, pilonnée par la Russie. Aujourd'hui, il en est le dernier occupant et vit sans chauffage, sans eau potable ni électricité.

Cet ancien peintre en bâtiment est resté chez lui quand les troupes de Moscou ont presque encerclé Kharkiv (nord-est) au début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, la frappant intensément avec de l'artillerie lourde.

Carte de l'Ukraine.
carte: watson

Seul au milieu des décombres

Après y avoir passé, essentiellement seul, trois hivers éprouvants, ce retraité de 79 ans est le dernier habitant de cet immeuble soviétique de 15 étages dans le quartier de Saltivka, à moins de 40 kilomètres de la frontière russe.

Tout autour de lui: des bâtiments calcinés rendus inhabitables par les attaques russes. Celui de Grygory Gladych tient debout, mais a connu son lot de frappes et n'a plus ni électricité ni chauffage.

L'homme y survit grâce à des rations alimentaires, mais il n'a pas la volonté de chercher refuge ailleurs. «Et où irais‑je?», s'interroge‑t‑il dans son appartement rempli de bocaux et d'ustensiles de cuisine.

L'invasion russe, pire conflit armé en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, a fait des centaines de milliers de morts et blessés dans les deux pays et des millions de réfugiés et personnes déplacées en Ukraine. La femme et la fille de Grygory Gladych sont, elles, parties aux Pays‑Bas au début de la guerre.

Malgré le froid, le vieil homme parvient à faire s'épanouir ses plantes.
Malgré le froid, le vieil homme parvient à faire s'épanouir ses plantes.Image: IVAN SAMOILOV / AFP

Mais beaucoup d'habitants des zones proches du front restent chez eux, surtout des personnes âgées qui n'ont pas les moyens de recommencer une nouvelle vie ailleurs.

Grygory dit qu'il pourrait en théorie aller dans son village natal dans l'ouest de l'Ukraine, plus loin de la ligne de front. Mais il ne sait pas «quoi emporter» avec lui «ni comment le transporter».

Des souvenirs des combats

Saltivka, parfois surnommé «quartier fantôme» par des médias, est devenu tristement célèbre en Ukraine au début de l'invasion russe.

Ce quartier résidentiel, le plus vaste de Kharkiv, entre 300 000 et 400 000 habitants avant la guerre selon des estimations, est aussi le plus endommagé par les attaques russes, surtout au début de l'invasion.

Saltivka.
carte: watson

Les troupes russes qui ont franchi la frontière «sont arrivées en véhicules blindés… Et puis la défense a commencé», se remémore Grygory Gladych, qui avait été légèrement blessé au cou en 2022.

Pendant deux mois, les forces ukrainiennes ont repoussé l'assaut russe sur Kharkiv. Des militaires ukrainiens s'étaient notamment positionnés sur l'immeuble de Grygory, dont le toit a fini par s'effondrer à la suite d'une frappe de missile russe. Le retraité raconte:

«L'ascenseur a cessé de fonctionner parce que des obus avaient explosé et touché la cage d'ascenseur»
Le bâtiment dans lequel vite encore Grygory Gladych a été sévèrement touché par les frappes russes.
Le bâtiment dans lequel vit encore Grygory Gladych a été sévèrement touché par les frappes russes.Image: IVAN SAMOILOV / AFP

Depuis, l'armée russe s'est éloignée de la ville, mais Kharkiv continue d'être frappée très régulièrement avec des drones de combat et des missiles. Grygory Gladych mène une vie largement solitaire, même si quelques voisins passent de temps en temps, comme il l'explique:

«On se dit bonjour, on se serre dans les bras, on discute»

Parfois, ils lui apportent de l'eau, sinon il va en chercher lui‑même, un seau à la main, depuis son huitième étage. Il reçoit aussi des rations alimentaires. La veille de notre rencontre, Grygory Gladych a ainsi reçu des pâtes, des céréales, de l'huile de tournesol et un peu de lait concentré. «Un peu de tout», résume-t-il.

Grygory Gladysh discute ici avec une femme alors qu'ils font la queue pour recevoir un repas chaud, le 27 février 2026.
Grygory Gladysh discute ici avec une femme alors qu'ils font la queue pour recevoir un repas chaud, le 27 février 2026.Image: IVAN SAMOILOV / AFP

Toujours aucune solution en vue

Un jour ordinaire, il va dans sa chambre et regarde son smartphone, mais évite la télévision «qui raconte n'importe quoi». Il estime:

«Que faire? A notre âge, il n’y a rien à faire»

Sa femme, Natacha, a essayé de le convaincre de la rejoindre aux Pays‑Bas, mais il a refusé. «Tu ne connais pas la langue et tu vas juste errer comme un mouton sans jamais l'apprendre», dit Grygory.

Il a grandi dans la région de Khmelnytsky, dans l'ouest de l'Ukraine, et reçu une formation de conducteur de tracteur. Après son service obligatoire dans l'armée soviétique, l'homme s'est retrouvé dans une usine fabriquant des chars à Kharkiv, puis a travaillé comme peintre en bâtiment jusqu'à sa retraite à 60 ans.

Les efforts diplomatiques en vue de mettre fin à la guerre n'ont pour l'instant donné aucun résultat et Grygory Gladych ignore de quoi est fait l'avenir:

«On ne voit pas la fin. Regarde ce qui se passe. Personne n'a encore dit quelque chose d’intelligent. Ni la Russie ni l'Ukraine. Personne»
Cette photographie montre des bâtiments résidentiels endommagés dans la banlieue de Kharkiv.
Cette photographie montre des bâtiments résidentiels endommagés dans la banlieue de Kharkiv.Image: IVAN SAMOILOV / AFP
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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Comment l'Ukraine a capturé des soldats avec des drones terrestres
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