Ces soldats «morts de la mauvaise façon» que l'Ukraine n'assume pas
«Mon fils a été attrapé, pas convoqué», se désole une mère ukrainienne auprès de la BBC. Cette femme fait partie des nombreuses familles endeuillées par le suicide d'un proche soldat.
Selon le média britannique, ces drames se produisent dans l'ombre puisqu'il n'existe aucune statistique illustrant le phénomène. Dans la version officielle, ces décès sont considérés comme des incidents isolés et les faits sont souvent maquillés.
Selon des familles et des défenseurs des droits humains, relayés par la BBC, ces suicides se compteraient pourtant par centaines. Témoignant sous couvert d'anonymat, l'Ukrainienne précédemment citée a de la peine à avaler la conclusion de l'enquête sur le décès de son fils, celle-ci faisant état d'une «blessure auto-infligée».
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Ni honneur ni compensation
La mère revient pour le média sur l'enrôlement de ce dernier. Agé de 25 ans et rêvant d'une carrière universitaire, le jeune homme avait jusqu'alors été déclaré inapte au service militaire en raison d'une mauvaise vue. Mais en 2023, il se serait vu arrêté dans la rue par une patrouille de recrutement.
Sa déficience a alors été réévaluée et il a finalement été jugé en mesure de prendre part aux combats. Il a été mobilisé près de Tchassiv Iar, dans la région de Donetsk, en tant que spécialiste des communications.
Le jeune homme est alors devenu de plus en plus renfermé et dépressif, se souvient sa maman. Sa mort sera communiquée plus tard cette année-là.
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Depuis, sa mère n'a eu droit à aucun honneur ni compensation, généralement usuels pour les proches d'un soldat mort au front. «En Ukraine, c’est comme si nous avions été divisés», déplore-t-elle auprès de la BBC. «Certains sont morts de la bonne façon, et d’autres de la mauvaise façon.»
Et d'ajouter:
Des funérailles refusées
Parmi les témoignages recueillis par la BBC, une autre Ukrainienne raconte l'histoire de son mari, qui a subi un sort similaire. L'homme s'était enrôlé dans l'armée après l'invasion russe en 2022.
Déployé près de Bakhmout, il a assisté aux pires atrocités de la guerre, perdant des dizaines de camarades et une partie de son bras. «Brisé», selon les dires de sa veuve, il a fini par se donner la mort dans la cour de l'hôpital où il était soigné.
Là aussi, des funérailles militaires en bonne et due forme lui ont été refusées. Son épouse confie à la BBC se sentir trahie. Elle dit également être stigmatisée par les autres veuves de soldats.
Elle s'insurge:
Des efforts insuffisants
En ligne, une communauté d'Ukrainiennes endeuillées par la perte d'un soldat a vu le jour. Selon la BBC, ces dernières appellent le gouvernement à changer la loi pour que les familles touchées par les suicides de combattants bénéficient des mêmes droits et de la même reconnaissance que les autres.
Olha Reshetylova, commissaire ukrainienne aux droits des anciens combattants, confirme de son côté au média britannique recevoir près de quatre signalements de suicides militaires par mois. Elle reconnaît également que les efforts pour les prévenir sont insuffisants.
(jzs)
