International
Guerre contre l'Ukraine

Un proche de Poutine donne les conditions de la paix en Ukraine

Un proche de Poutine énonce les conditions pour la paix
Konstantin Malofeïev connaît le prix de la paix selon PoutineImage: watson

Ce proche de Poutine envoie Trump et son plan de paix «se faire foutre»

Le maître du Kremlin a laissé l'un de ses fidèles dévoiler les conditions des négociations de paix. La teneur de ses propos est radicale.
04.12.2024, 08:57
Christoph Cöln / t-online
Un article de
t-online

Ces jours-ci, le sort de l'Ukraine ne tient plus qu'à un fil. Sur le front, à l'est du pays, les troupes russes progressent à un rythme de plus en plus rapide. Malgré les énormes pertes humaines et matérielles, elles s'emparent de localités entières dans le Donbass. Les experts craignent qu'elles réussissent bientôt une percée opérationnelle qui leur permettrait de s'enfoncer profondément à l'intérieur du pays.

Sur le front diplomatique, la situation n'est pas meilleure. Lundi, Volodymyr Zelensky a reconnu que les territoires ukrainiens occupés par la Russie ne pourraient être récupérés que par des négociations. Le chef de l'Etat ukrainien aurait déclaré qu'il ne voit plus de chances pour une reconquête militaire, selon l'agence de presse japonaise Kyodo News. «Nous devons trouver des solutions diplomatiques», a lancé Zelensky:

«Notre armée n'est pas assez forte pour cela. C'est vrai»

Jusqu'à présent, il n'avait pas reconnu aussi clairement les rapports de force inégaux entre l'Ukraine et la Russie. Le pendule oscille donc actuellement en direction du Kremlin.

La destitution de Zelensky, une condition à la paix

Un des propagandistes les plus en vue de Poutine vient de donner une interview dans laquelle il est plus que clair sur la position du Kremlin concernant les négociations de paix. Le message de Konstantin Malofeïev est sans équivoque: la paix n'est possible qu'aux conditions de la Russie.

Le milliardaire russe, fan de Poutine, a accordé une interview au Financial Times à Dubaï. Il y cite notamment le retrait de l'autorisation d'utilisation par les Etats-Unis d'armes à longue portée sur le territoire russe et l'éviction de Volodymyr Zelensky de son poste comme condition préalable à des discussions sur la fin de la guerre. Ce n'est qu'alors que l'on pourra parler «au plus haut niveau de tous les problèmes de l'ordre mondial actuel», selon le milliardaire et soutien de longue date de Poutine.

Russia: Founding congress of International Russophile Movement in Moscow RUSSIA, MOSCOW - MARCH 14, 2023: Tsargrad CEO Konstantin Malofeev L and Russia s Foreeign Minister Sergei Lavrov attend a cerem ...
Konstantin Malofeïev (à g.) et le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Image: www.imago-images.de

Selon Malofeïev, Poutine ne veut pas entendre parler du plan de paix du président américain fraîchement élu Donald Trump. Celui-ci avait annoncé vouloir mettre fin à la guerre en peu de temps. Pour cela, Trump avait nommé l'ancien lieutenant général de l'armée américaine, Keith Kellog, comme envoyé spécial pour l'Ukraine. Cet homme de 80 ans est chargé de négocier un accord de paix dans les meilleurs délais.

Malofeïev s'est exprimé sans ambiguïté sur le projet: «Kellogg vient donc à Moscou présenter son plan, nous l'écoutons, puis nous lui disons d'aller se faire foutre, car nous n'y voyons absolument rien de bon. C'est ainsi que se dérouleront les négociations». La nomination de Kellog ne semble pas avoir été bien accueillie au Kremlin.

Mise en garde américaine

Le représentant pour l'Ukraine de la future administration américaine avait mis en garde, face à la récente utilisation d'un nouveau type de missile par le régime violent russe, contre le fait de considérer cela déjà comme une escalade militaire. «Il [Poutine] n'a pas utilisé ce [missile] parce qu'il lui apporterait un quelconque avantage sur le champ de bataille. Il l'a fait uniquement pour montrer à l'Occident: "Regardez ce dont je suis capable"», a déclaré Kellog sur la chaîne américaine Fox News.

Kellog a mis en garde les alliés occidentaux de ne pas reculer devant les bruits de bottes du régime de Poutine. «Poutine utilise ces systèmes d'armes pour des raisons psychologiques», a déclaré l'ancien militaire. Il estime que les gestes menaçants de Moscou sont des tentatives d'intimidation auxquelles l'Occident ne doit pas céder.

Malofeïev a tenté de contrer les déclarations de Kellogg en évoquant à nouveau les conséquences dévastatrices d'une éventuelle utilisation d'armes nucléaires par la puissance nucléaire russe. L'oligarque ultranationaliste a affirmé au Financial Times:

«Il y aura alors une zone irradiée dans laquelle personne ne mettra les pieds au cours de notre vie. La guerre sera alors terminée»

Notre homme réclame depuis longtemps l'utilisation d'armes nucléaires dans le conflit contre l'Ukraine et l'Occident. Il y a quelques semaines seulement, Malofeïev a demandé à Poutine d'utiliser des armes nucléaires tactiques pour venger l'invasion des troupes ukrainiennes dans la région russe de Koursk. «Il est grand temps de le faire», écrivait-il dans un article pour son groupe de médias Zargrad.

Qui est ce Malofeïev?

Bien que cet homme de 50 ans n'occupe pas de poste officiel au sein du gouvernement russe, il est très proche du régime de Poutine et est souvent apparu, ces dernières années, comme une sorte de porte-parole officieux du Kremlin. Les interviews de personnalités privées qui ont pour thème la politique gouvernementale et qui mentionnent des conditions et des objectifs concrets du Kremlin sont extrêmement délicates en Russie. Selon les experts, elles nécessitent probablement l'approbation des dirigeants russes.

Malofeïev compte depuis des années parmi les plus fidèles soutiens de Poutine. Il est notamment propriétaire de la chaîne de télévision Zargrad TV, connue pour la diffusion de la propagande du Kremlin. Il est également président de la «Société de l'aigle bicéphale», une organisation éducative révisionniste qui idéalise l'Etat tsariste et milite pour que la Russie redevienne une monarchie.

En couple avec une criminelle

L'oligarque est aussi considéré comme un grand soutien de l'Eglise orthodoxe russe. De plus, il a cofondé le fonds d'investissement Marshall Capital Partners, qui pèse des milliards.

Par ailleurs, il serait en couple avec Maria Lvova-Belova, la commissaire aux droits de l'enfant de Vladimir Poutine. Tout comme le maître du Kremlin, la compagne de Malofeïev fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Ils sont tous deux accusés de crimes de guerre présumés en Ukraine dans un grand nombre de cas.

Malofeïev figure, lui, sur la liste des sanctions des Etats-Unis depuis des années pour avoir joué un rôle décisif dans l'invasion russe de la Crimée en 2014. Il fait, en outre, l'objet d'une enquête pour avoir contourné ces sanctions; une entreprise chypriote l'aurait aidé dans cette tâche, comme l'ont découvert les enquêteurs du ministère américain des Finances. Entre-temps, des millions de dollars de sa fortune ont été gelés par l'Occident et devraient servir à la reconstruction de l'Ukraine.

Mais cela ne semble pas déranger l'homme d'affaires fidèle à Poutine. Dans son interview accordée au Financial Times, il dresse le portrait d'une Russie florissante qui aurait même profité de la guerre d'agression brutale contre l'Ukraine. Il a lancé:

«L'ancienne machine militaire soviétique fonctionne à nouveau et [dans toute la Russie] les gens vivent bien mieux qu'avant la guerre»

«Les gens qui travaillent dans l'industrie de l'armement, dans l'agriculture, dans l'industrie de production et sur les marchés locaux – ce sont 90% de la population. Et les sanctions ne les affectent pas du tout. Ils adorent ça», a ajouté Malofeïev.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

L'Ukraine a eu la peau du «char tortue» russe
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
3 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
3
L'Ukraine tente de «décoloniser» cette petite ville
A Poltava, ville marquée par une célèbre bataille russe en 1709, l’Ukraine mène une opération de décolonisation mémorielle face à l’héritage russe. Un combat où l’histoire devient un enjeu de souveraineté.

La petite guide aux cheveux sombres parcourt les salles silencieuses du musée où elle a travaillé toute sa vie. Un calme trompeur y règne. A Poltava, en Ukraine, ravagée par l'invasion russe, son établissement est aussi tourmenté par la guerre des mémoires.

L’article
3