Alors que le sommet pour la paix au Bürgenstock débute samedi, les experts et les autorités tirent la sonnette d'alarme. Ils craignent que la Suisse ne devienne la cible de la fameuse cyberarmée de Vladimir Poutine.
Les médias lancent des avertissements depuis des semaines. Cela n'a pas échappé à Mykhaïlo Fedorov, vice-premier ministre et ministre de la Transformation numérique ukrainien, qui déclare:
Mykhaïlo Fedorov est assis dans une salle de réunion d'un hôtel de luxe de l'aéroport de Zurich. Casquette de baseball sur la tête, il arbore le t-shirt du gouvernement, obligatoire pour les ministres ukrainiens. Tout en parlant, il tape sur son téléphone portable. De temps en temps, il lève la tête et sourit – surtout lorsqu'il lance des piques aux Russes.
Il y a cinq ans, Mykhaïlo Fedorov est devenu le plus jeune ministre de l'histoire ukrainienne, à seulement 28 ans. Auparavant, il était entrepreneur en informatique et a fondé sa propre agence de presse à Zaporijjia. En 2019, il a orchestré la campagne électorale numérique de Zelensky.
Son travail au sein du cabinet consistait initialement à numériser l'administration ukrainienne. Avec l'invasion russe en février 2022, son champ d'action a changé. Désormais, la cyberdéfense contre les hackers de Vladimir Poutine en fait également partie.
En très peu de temps, Mykhaïlo Fedorov a érigé un rempart impressionnant: «Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu à enregistrer de percées dans nos défenses», explique-t-il. Selon lui, la Russie n'a pas non plus réussi à stopper le travail des organes gouvernementaux à Kiev. Et d'ajouter:
Depuis le début de l'invasion, il estime que la puissance cybernétique des Russes est surestimée. C'est aussi pour cette raison que les dommages que la Russie pourrait causer au sommet de la paix restent limités. Mykhaïlo Fedorov explique:
La conférence étant toutefois un événement hors ligne, il ne pense pas qu'ils puissent causer trop de dégâts.
Le sommet pour la paix n'est pas la raison principale de la présence de Mykhaïlo Fedorov en Suisse. Alors que la guerre fait rage dans l'est de l'Ukraine, le jeune ministre a fait de l'administration de son pays l'une des plus avancées d'Europe.
En Suisse, il a présenté un bilan intermédiaire. La raison pour laquelle il le fait ici est simple:
Pour de nombreux projets, l'argent de la Suisse est même le facteur le plus important.
Selon le Département des affaires étrangères (DFAE), la Suisse a jusqu'à présent soutenu la numérisation des services publics en Ukraine avec un total de 29,5 millions de francs. Et ce que le ministre a raconté à ses interlocuteurs à Berne semble avoir été convaincant, car début juin, la Confédération a décidé d'investir encore davantage. Le Conseil fédéral a, en effet, annoncé que la Suisse mettrait à disposition 58,7 millions de francs supplémentaires jusqu'en 2028 pour la numérisation des services publics et la promotion de la transparence dans l'administration ukrainienne.
Il s'agit notamment de financer «des projets dans les régions directement touchées par la guerre et ce dans des domaines importants pour la reconstruction future», indique un communiqué du DFAE.
Mykhaïlo Fedorov déclare – non sans raison au vu de la somme totale d'environ 88 millions de francs:
Mais que fait le ministre avec cet argent? Mykhaïlo Fedorov sort son téléphone portable, ouvre l'application gouvernementale appelée Diia (action, en français), développée par son équipe, et fait défiler les pages. «Voici ma carte d'identité, mon permis de conduire, tout est sur mon smartphone». Il possède certes encore une carte d'identité physique, «mais je ne sais pas où elle se trouve», déclare-t-il.
L'argent suisse est versé au projet E-Governance for Accountability and Participation – un partenaire stratégique du projet Diia. Plus de 20 millions d'Ukrainiens utilisent aujourd'hui cette application. Ils y font leur déclaration d'impôts, demandent des documents ou des prestations sociales et enregistrent leur voiture.
Depuis que la guerre fait rage, les fonctions ont été élargies. Il est désormais possible, entre autres, de signaler de manière non bureaucratique les dommages causés à sa propre maison par les tirs russes et de demander une aide financière. Les collaborateurs russes sont également signalés via l'application. Il existe même une rubrique spéciale pour les documents de mariage.
L'application doit également aider à lutter contre la corruption, qui reste un problème majeur en Ukraine. Le ministre explique:
Le fait que l'Ukraine soit plus avancée avec son application que les pays qui la financent semble paradoxal. Comment une telle chose peut-elle se faire au milieu d'une invasion? Mykhaïlo Fedorov répond:
Il lève la tête, le sourire aux lèvres: «La Suisse est l'un de nos principaux partenaires et amis, et nous souhaiterions déjà qu'elle soit un peu plus numérisée». En même temps, l'Ukraine pourrait apprendre beaucoup de la Suisse dans le domaine de la démocratie numérisée: «Avec la Swiss ID, la Suisse a réussi une grande percée», dit-il.
Mykhaïlo Fedorov veut désormais rendre son développement accessible au monde entier. Le code est open source, tout le monde peut l'utiliser. Et de poursuivre:
Mais à Berne la réponse est négative. Le soutien du Département des affaires étrangères à la numérisation de l'administration ukrainienne «ne prévoit pas la mise en œuvre en Suisse de la technologie utilisée par Diia», nous dit-on.
Pour les démarches administratives, on dépendra donc encore un peu plus longtemps du papier dans notre pays.