International
Guerre contre l'Ukraine

Il sait où les hackers russes pourraient frapper la Suisse

Mykhailo Fedorov, Deputy Prime Minister and Minister of Digital Transformation of Ukraine, is speaking at the "Ukraine. Year 2024" forum in Kyiv, Ukraine, on February 25, 2024, amid Russia&# ...
Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Transformation numérique de l'Ukraine.Image: NurPhoto

Cet Ukrainien sait où les hackers russes pourraient frapper la Suisse

Rencontre avec Mykhaïlo Fedorov, vice-premier ministre et ministre de la Transformation numérique de l'Ukraine. Il est notamment responsable de la lutte contre les armées de pirates informatiques russes, et s'exprime à la veille du sommet du Bürgenstock.
14.06.2024, 05:5114.06.2024, 07:28
Fabian Hock / ch media

Alors que le sommet pour la paix au Bürgenstock débute samedi, les experts et les autorités tirent la sonnette d'alarme. Ils craignent que la Suisse ne devienne la cible de la fameuse cyberarmée de Vladimir Poutine.

Les médias lancent des avertissements depuis des semaines. Cela n'a pas échappé à Mykhaïlo Fedorov, vice-premier ministre et ministre de la Transformation numérique ukrainien, qui déclare:

«Oui, les pirates informatiques russes pourraient essayer de lancer des cyberattaques et de perturber la conférence de paix. Mais je pense que les autorités suisses assureront la sécurité de la conférence, tous domaines confondus. Elles sauront faire face aux éventuelles attaques.»

Mykhaïlo Fedorov est assis dans une salle de réunion d'un hôtel de luxe de l'aéroport de Zurich. Casquette de baseball sur la tête, il arbore le t-shirt du gouvernement, obligatoire pour les ministres ukrainiens. Tout en parlant, il tape sur son téléphone portable. De temps en temps, il lève la tête et sourit – surtout lorsqu'il lance des piques aux Russes.

Les Russes ne risquent pas de causer «trop de dégâts»

Il y a cinq ans, Mykhaïlo Fedorov est devenu le plus jeune ministre de l'histoire ukrainienne, à seulement 28 ans. Auparavant, il était entrepreneur en informatique et a fondé sa propre agence de presse à Zaporijjia. En 2019, il a orchestré la campagne électorale numérique de Zelensky.

Son travail au sein du cabinet consistait initialement à numériser l'administration ukrainienne. Avec l'invasion russe en février 2022, son champ d'action a changé. Désormais, la cyberdéfense contre les hackers de Vladimir Poutine en fait également partie.

En très peu de temps, Mykhaïlo Fedorov a érigé un rempart impressionnant: «Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu à enregistrer de percées dans nos défenses», explique-t-il. Selon lui, la Russie n'a pas non plus réussi à stopper le travail des organes gouvernementaux à Kiev. Et d'ajouter:

«Il y a eu des problèmes dans le secteur privé, mais pas du côté du gouvernement»

Depuis le début de l'invasion, il estime que la puissance cybernétique des Russes est surestimée. C'est aussi pour cette raison que les dommages que la Russie pourrait causer au sommet de la paix restent limités. Mykhaïlo Fedorov explique:

«Ils pourraient essayer de perturber les connexions Internet ou les transmissions vidéo ou de pirater les panneaux d'orientation électroniques, par exemple à l'aéroport, pour semer le désordre.»

La conférence étant toutefois un événement hors ligne, il ne pense pas qu'ils puissent causer trop de dégâts.

L'argent suisse est le facteur le plus important

Le sommet pour la paix n'est pas la raison principale de la présence de Mykhaïlo Fedorov en Suisse. Alors que la guerre fait rage dans l'est de l'Ukraine, le jeune ministre a fait de l'administration de son pays l'une des plus avancées d'Europe.

En Suisse, il a présenté un bilan intermédiaire. La raison pour laquelle il le fait ici est simple:

«Nos plus grands soutiens sont les Etats-Unis, l'UE et la Suisse à part à peu près égale»

Pour de nombreux projets, l'argent de la Suisse est même le facteur le plus important.

Selon le Département des affaires étrangères (DFAE), la Suisse a jusqu'à présent soutenu la numérisation des services publics en Ukraine avec un total de 29,5 millions de francs. Et ce que le ministre a raconté à ses interlocuteurs à Berne semble avoir été convaincant, car début juin, la Confédération a décidé d'investir encore davantage. Le Conseil fédéral a, en effet, annoncé que la Suisse mettrait à disposition 58,7 millions de francs supplémentaires jusqu'en 2028 pour la numérisation des services publics et la promotion de la transparence dans l'administration ukrainienne.

Il s'agit notamment de financer «des projets dans les régions directement touchées par la guerre et ce dans des domaines importants pour la reconstruction future», indique un communiqué du DFAE.

Mykhaïlo Fedorov déclare – non sans raison au vu de la somme totale d'environ 88 millions de francs:

«La Suisse est mère de la numérisation ukrainienne»

Comment l'argent suisse est-il utilisé?

Mais que fait le ministre avec cet argent? Mykhaïlo Fedorov sort son téléphone portable, ouvre l'application gouvernementale appelée Diia (action, en français), développée par son équipe, et fait défiler les pages. «Voici ma carte d'identité, mon permis de conduire, tout est sur mon smartphone». Il possède certes encore une carte d'identité physique, «mais je ne sais pas où elle se trouve», déclare-t-il.

L'argent suisse est versé au projet E-Governance for Accountability and Participation – un partenaire stratégique du projet Diia. Plus de 20 millions d'Ukrainiens utilisent aujourd'hui cette application. Ils y font leur déclaration d'impôts, demandent des documents ou des prestations sociales et enregistrent leur voiture.

Depuis que la guerre fait rage, les fonctions ont été élargies. Il est désormais possible, entre autres, de signaler de manière non bureaucratique les dommages causés à sa propre maison par les tirs russes et de demander une aide financière. Les collaborateurs russes sont également signalés via l'application. Il existe même une rubrique spéciale pour les documents de mariage.

L'application doit également aider à lutter contre la corruption, qui reste un problème majeur en Ukraine. Le ministre explique:

«Aujourd'hui, celui qui veut réaliser un projet de construction n'est plus du tout en contact direct avec les autorités. Tout se passe désormais en ligne, de manière transparente.»
Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Transformation numérique de l'Ukraine.

«La Suisse est l'un de nos principaux partenaires»

Le fait que l'Ukraine soit plus avancée avec son application que les pays qui la financent semble paradoxal. Comment une telle chose peut-elle se faire au milieu d'une invasion? Mykhaïlo Fedorov répond:

«Nous avons déjà posé les fondations avant la guerre»

Il lève la tête, le sourire aux lèvres: «La Suisse est l'un de nos principaux partenaires et amis, et nous souhaiterions déjà qu'elle soit un peu plus numérisée». En même temps, l'Ukraine pourrait apprendre beaucoup de la Suisse dans le domaine de la démocratie numérisée: «Avec la Swiss ID, la Suisse a réussi une grande percée», dit-il.

Mykhaïlo Fedorov veut désormais rendre son développement accessible au monde entier. Le code est open source, tout le monde peut l'utiliser. Et de poursuivre:

«Nous proposons notre application à d'autres pays, dont la Suisse»

Mais à Berne la réponse est négative. Le soutien du Département des affaires étrangères à la numérisation de l'administration ukrainienne «ne prévoit pas la mise en œuvre en Suisse de la technologie utilisée par Diia», nous dit-on.

Pour les démarches administratives, on dépendra donc encore un peu plus longtemps du papier dans notre pays.

L'Ukraine reçoit des chars Abrams et la Russie en détruit un
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
2 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
2
Netanyahou brave son mandat d'arrêt et voyage en Europe
Dans le viseur de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, le premier ministre israélien est malgré tout en visite en Hongrie pour rencontrer son allié Viktor Orban. «Son but est de retrouver la capacité de voyager où il veut», explique un expert.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, est arrivé jeudi en Hongrie, bravant le mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à l'invitation de son indéfectible allié Viktor Orban.

L’article
2