Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, les sanctions contre Moscou et les entreprises russes se sont multipliées. Mais elles n'ont pas suffi à mettre fin à la guerre en Ukraine, même si dans certains secteurs économiques, elles ont pu mettre à rude épreuve le pouvoir de Vladimir Poutine.
Cela peut également s'expliquer par le fait que d'importantes voies d'approvisionnement restent ouvertes pour la Russie. Ainsi, les composants des drones peuvent être achetés ailleurs dans le monde, tout comme la microélectronique qu'ils contiennent.
Mais l'armée russe a un talon d'Achille qui pourrait être touché de manière sensible par des sanctions ciblées. Deux think tanks britanniques actifs dans la sécurité, le Royal United Services Institute (RUSI) et l'Open Source Centre (OSC), ont identifié dans une étude trois domaines dans lesquels la capacité de combat des troupes russes pourrait être considérablement réduite.
Tout d'abord: la chaîne d'approvisionnement de l'artillerie russe, qui est complexe et dépendante de nombreuses matières premières et des composants importants provenant de l'étranger.
Ensuite: la production de munitions. La Russie ne peut en produire que de manière limitée. Depuis cette année, elle est fournie par des livraisons massives en provenance de Corée du Nord. Il en va de même pour la production d'armements, déjà touchée par les sanctions occidentales.
Les auteurs de l'étude voient une troisième vulnérabilité particulière dans un domaine: la production d'obusiers et de leurs tubes ainsi que de munitions pour ces derniers. L'artillerie russe est redoutée en Ukraine, une grande partie des attaques russes à proximité du front sont soutenues par des salves d'obusiers.
Le chrome est utilisé pour la production de tubes de canons, et le régime de Poutine doit l'importer. Une grande partie provient du Kazakhstan. Et pour la production de munitions, il faut des fibres de coton, un composant important de la nitrocellulose. Celle-ci est utilisée pour les charges propulsives des obus. Les principaux fournisseurs de ces matériaux sont le Kazakhstan et l'Ouzbékistan.
Selon l'étude, ces deux biens devraient être placés sur une liste de sanctions par l'Occident pour pouvoir frapper intelligemment les productions d'armes de Poutine. Cela serait d'autant plus logique comme levier que ces deux anciennes républiques soviétiques se sont prudemment rapprochées de l'Occident ces dernières années.
Les machines commandées par ordinateur devraient également figurer sur la liste. Celles-ci sont utilisées dans la production d'obusiers. La plupart de ces machines proviennent de Chine, qui ne s'est jusqu'à présent pas associée aux sanctions occidentales. A cela s'ajoute le fait que les machines produites en Occident sont souvent achetées par la Chine et revendues ensuite en Russie, selon le rapport.
«Les preuves recueillies pour ce document suggèrent que les partenaires occidentaux de l'Ukraine pourraient mieux empêcher la Russie de maintenir sa chaîne d'approvisionnement en artillerie en concentrant leurs efforts de manière coordonnée sur les matières premières et les composants achetés en dehors de la Russie», peut-on lire dans le résumé. Mais pour cela, il manque, encore et toujours: des sanctions et des pressions diplomatiques.
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)