Jeudi Poutine a menacé Kiev avec un missile conçu, entre autres, pour embarquer une bombe atomique, le fameux «Oreschnik». Moscou a déjà utilisé cette arme redoutable – sans ogive nucléaire – sur le sol ukrainien pas plus tard que la semaine dernière. Avant l’opération, Moscou avait informé Washington précisément qu’aucune charge de ce type ne serait utilisée, a indiqué une porte-parole américaine.
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Cette information a été transmise via des «canaux de réduction des risques nucléaires», des dispositifs destinés à minimiser les dangers d’escalade, même en période de conflit intense. Ces canaux remontent à la Guerre froide et trouvent leur origine dans une période de confrontation historique.
Le 30 août 1963, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont mis en place le «téléphone rouge», quelques mois après la crise des missiles de Cuba. Lors de cet épisode, l’installation de missiles soviétiques à Cuba, à proximité immédiate des Etats-Unis, avait failli déclencher une guerre nucléaire.
A l’époque, les présidents John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev faisaient face à de lourds problèmes de communication, devant parfois attendre des heures pour obtenir des réponses. Une perte de temps critique dans un contexte d’urgence diplomatique.
Cette crise a incité les deux camps à créer un système de communication directe pour éviter qu’un conflit nucléaire ne soit déclenché par une incompréhension ou une absence totale de dialogue. Malgré les tensions et la course à l’armement, ce dispositif a permis d’éviter que la Guerre froide ne se transforme en un conflit armé, et encore moins en guerre nucléaire.
Symboliquement associé à un téléphone rouge, surnommé «Hot Line» par les Américains, ce canal était principalement utilisé pour des échanges écrits via un téléscripteur. Les messages passaient par une ligne reliant Moscou à Washington en traversant Helsinki, Stockholm, Copenhague et Londres.
Les messages étaient chiffrés grâce à une méthode dite du One-Time Pad, considérée comme inviolable si correctement appliquée. Selon l’historien Bernd Greiner, la sécurité de ce système était une priorité absolue pour les deux superpuissances.
Le premier message envoyé en 1963 depuis Washington était une phrase en apparence anodine: «The quick brown fox jumps over the lazy dog 0123456789». Ce texte contenait tous les caractères nécessaires pour tester les machines. Par la suite, le canal a été utilisé sporadiquement, notamment pendant la guerre des Six Jours en 1967 au Proche-Orient entre Israël et ses voisins arabes, la Jordanie, la Syrie et l'Egypte.
Aujourd’hui, le «téléphone rouge» désigne un ensemble de canaux sécurisés, incluant des lignes téléphoniques, des vidéoconférences et des plateformes numériques. Les présidents y ont également recours: en 2014, Vladimir Poutine a contacté Barack Obama, alors en visite à Riyad, pour discuter de la crise en Ukraine.
Depuis, ce système reste un outil clé dans les relations internationales, notamment entre Moscou et Washington, mais aussi entre d’autres acteurs. En 2007, les Etats-Unis et la Chine ont établi leur propre version du «téléphone rouge», suivis en 2008 par une connexion directe entre Moscou et Pékin.
Depuis, la connexion aurait été utilisée à plusieurs reprises. Non seulement Moscou et Washington, mais aussi le commandant suprême de l'Otan pour l'Europe et le président du comité militaire de l'Otan y sont désormais connectés.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, une ligne de communication a été ouverte entre le quartier général européen des forces américaines et Moscou. Ce canal, initialement conçu pour prévenir les conflits nucléaires, a été utilisé, jeudi dernier, dans le cadre de l’attaque menée par la Russie, marquant une nouvelle démonstration de son rôle diplomatique et stratégique dans les relations internationales.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci