Sur cette île, la Seconde Guerre mondiale tue encore
Dennis Phillip labourait à la main son potager des Iles Salomon lorsqu'il entendit un bruit sourd: une bombe non explosée, une parmi les dizaines de milliers qui jonchent encore ce petit pays du Pacifique, plusieurs décennies après la Seconde Guerre mondiale.
Entre 1942 et 1945, forces japonaises et Alliés se sont affrontés à travers ces îles, faisant des dizaines de milliers de victimes. Les combats ont cessé, mais les bombes sont restées, enfouies sous les maisons, les écoles, les commerces, les terrains de football... Et le jardin de Dennis.
Les archives sont fragmentaires, mais des estimations suggèrent que des dizaines de personnes ont été tuées, et plus encore blessées par ces engins. Disséminées sous des paysages idylliques, les bombes font partie du quotidien des Iles Salomon. Bernadette Miller Wale, habitante de l'archipel, jouait avec lorsqu'elle était petite. Elle raconte:
Elle et ses amis les faisaient même exploser volontairement, pour créer des «feux d'artifice de jardin».
Mais tout s'est assombri l'an dernier, lorsqu'une explosion a tué deux de ses amis près de sa maison:
Ses amis cuisinaient dans leur jardin, autour d'un feu de camp. «La bombe était proche de la surface, mais personne ne s'en était rendu compte», explique Bernadette, qui s'emploie depuis à sensibiliser les habitants du pays à ce danger.
«Tout le monde» est concerné par ces bombes
Mais du point de vue de certains militants, les locaux ne devraient pas avoir à résoudre seuls ce problème, car leur pays n'est pas responsable de cette situation. Sur les 50 000 bombes retrouvées ces 14 dernières années, plus des deux tiers sont américaines, 17% sont japonaises et 3% proviennent d'Angleterre, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'autres pays.
Ce décompte provient de l'ONG internationale The Halo Trust, spécialisée dans le déminage et soutenue par la Suisse, les Etats-Unis et l'Allemagne. Elle travaille à cartographier le pays et identifier les zones les plus touchées. Elle place un point jaune à chacun des dizaines de milliers d'endroits où des explosifs ont été neutralisés par la police.
Et au niveau de la capitale Honiara, difficile de faire 100 mètres sans tomber sur un point jaune. Emily Davis, qui dirige l'opération de l'ONG aux Iles Salomon, l'affirme:
A Bloody Ridge, près de Honiara, théâtre d'un des affrontements les plus meurtriers entre Japonais et Américains, la création du premier parc national du pays a été ralentie par la quantité de bombes enfouies.
La zone est «saturée», explique Björn Svensson, conseiller au ministère de la Culture et du Tourisme des Iles Salomon. Quelques semaines avant notre visite, des ouvriers ont trouvé trois grenades à main dans le sol, «à environ 10 centimètres de profondeur», précise-t-il.
Le Premier ministre de l'archipel, Jeremiah Manele, a déclaré que cette question lui tenait «particulièrement à cœur». Mais pour l'heure, le développement des opérations reste limité.
The Halo Trust est par exemple partiellement soutenue par le département d'Etat américain, dont le financement doit prendre fin en juin 2026. Pour la suite:
Cette opération reste bien plus modeste qu'une précédente qu'elle a suivie au Laos, où plus de 1500 personnes travaillaient sur le sujet. Mais Emily Davis espère:
