Le futur guide suprême d'Iran pourrait «violer une règle fondamentale»
Mercredi, pour le cinquième jour consécutif, Téhéran a été la cible de bombardements. Des avions de combat israéliens et iraniens se sont livrés à des duels au-dessus de la métropole de dix millions d'habitants, tandis que de fortes explosions secouaient la partie est de la ville. Malgré la situation, la République islamique prépare les trois jours de deuil national en mémoire de l'ancien chef du régime, Ali Khamenei, tué le 28 février dans des frappes américano-israéliennes.
Dans la lutte pour la succession au poste de guide de la révolution, son fils, Mojtaba, semble avoir une longueur d'avance. Citant des sources en Iran, le New York Times confirme qu'il fait partie des favoris. Selon plusieurs médias, dont la chaîne d'information indépendante Iran International et le quotidien israélien Haaretz, la décision aurait même déjà été prise.
Selon la Constitution, c'est l'assemblée des experts – un organe composé de 88 religieux conservateurs – qui va élire le nouvel homme à la tête de l'Etat. Les gardiens de la révolution joueront un rôle de faiseurs de rois dans cette élection. Les candidats doivent impérativement détenir le rang d'ayatollah. C'est pourquoi des figures politiques de premier plan, comme Ali Larijani, le président du Conseil de sécurité iranien, ne sont pas éligibles à ce poste.
Mercredi, un porte-parole de l'assemblée des experts a déclaré que l'élection du nouveau guide suprême sera bientôt achevée. Le résultat sera annoncé dès que possible. Mais la guerre qui frappe le pays complique la procédure électorale.
Violation d'une règle fondamentale
Parmi les rivaux de Mojtaba Khamenei figure l'ayatollah Alireza Arafi, 67 ans, un protégé d'Ali Khamenei qui siège au sein du gouvernement de transition iranien en place depuis fin février. Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique d'Iran, âgé de 53 ans, est également dans la course. Au sein du spectre politique de l'élite iranienne, composée en grande partie de partisans d'une ligne dure anti-occidentale, tous deux sont considérés comme relativement modérés.
Mojtaba Khamenei, en revanche, figure bel et bien sur la ligne dure du spectre politique. Il doit sa position privilégiée à son travail au sein de l'état-major, centre du pouvoir en Iran, où il maintient un contact particulièrement étroit avec les gardiens de la révolution. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est soumis à des sanctions de la part des Etats-Unis. Il aurait, en effet, commandé la répression sanglante des manifestations en Iran.
Un élément compromettrait cependant ses chances d'accéder au pouvoir: son élection constituerait une violation d'une règle fondamentale de la République islamique. Car pour le système théocratique instauré en 1979, une passation de pouvoir de père en fils est un tabou. L'élection du plus jeune des Khamenei «saperait les fondements idéologiques de la République islamique», explique la plateforme d'analyse du Moyen-Orient Amwaj. Au sein d'une partie du régime, sa nomination serait donc contestée dès le départ.
Cependant, le fait que Mojtaba Khamenei soit malgré tout considéré comme le grand favori illustre l'influence des gardiens de la révolution. Personne ne pourra être élu s'ils ne sont pas d'accord. Et c'est bel et bien le fils de l'ancien guide suprême qui est le plus proche de cette force armée.
«Cible à éliminer»
S'ils arrivent à imposer leur favori, cela constituerait une prise de pouvoir indirecte par les gardiens de la révolution. Mojtaba Khamenei se retrouverait, dès lors, dans une situation de dépendance vis-à-vis d'eux.
Malgré cela, une telle constellation au sommet de l'Etat iranien pourrait ouvrir la voie à des relations plus pragmatiques que celles envisageables sous le règne de son prédécesseur. Selon le New York Times, Mojtaba Khamenei pourrait initier des réformes économiques similaires à celles du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Et puisque les gardiens de la révolution contrôlent environ un tiers de l'économie iranienne, ils pourraient en bénéficier directement.
La première mission du nouveau guide suprême iranien restera néanmoins sa propre survie. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déjà annoncé mercredi que, dès qu'un nouveau chef de régime serait en fonction en Iran, il deviendra «une cible à éliminer».
