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Sexe, argent et mensonges: Le journal Bild est dans la tourmente

18.10.2021, 22:1919.10.2021, 15:49

L'éditeur Axel Springer a démis de ses fonctions le rédacteur en chef du plus grand journal allemand, Bild, avec effet immédiat. L'entreprise l'a annoncé lundi.

De quoi on parle:
En Allemagne, le monde des médias est en ébullition. Au centre de l'affaire se trouve le rédacteur en chef de Bild, Julian Reichelt, qui aurait abusé de son pouvoir auprès de jeunes employées. Pour rappel, Bild est de loin le journal le plus vendu en Allemagne. Un pool de journalistes allemands a enquêté pendant plusieurs mois, mais la publication du rapport a été stoppée à la dernière minute. Au lieu de cela, un article détaillé du New York Times porte de nouvelles et graves accusations contre Julian Reichelt. Voici un aperçu de l'histoire en quatre points:

L'article stoppé

«Le plan prévoyait une large diffusion le dimanche soir sur toutes les plateformes numériques, les médias sociaux, les messages pushs et les newsletters, ainsi qu'en version imprimée le lundi sur une double page dans le Frankfurter Rundschau»
Lettre de protestation d'Ippen Investigativ

Cette phrase est tirée d'une lettre de protestation d'Ippen Investigativ. Pendant des mois, quatre journalistes ont fait des recherches sur l'abus de pouvoir envers des femmes, mais aussi d'autres abus, au sein d'Axel Springer. Ils ont plus spécifiquement examiné à la loupe le rôle du rédacteur en chef Julian Reichelt. Le groupe Ippen possède, entre autres, le Münchner Merkur et le Frankfurter Rundschau.

Les résultats de ces recherches ont apparemment été explosifs, comme l'indique la lettre de protestation. «Les résultats de nos recherches mettent en évidence des abus et des détournements de pouvoir chez Axel Springer et par le rédacteur en chef le plus puissant d'Allemagne.» Les journalistes précisent qu'il y a «sans aucun doute» un grand intérêt public à dévoiler les résultats de l'enquête. A noter que la publication de l'enquête n'a pas été stoppée pour les raisons juridiques ou éditoriales.

Selon le New York Times (NYT), qui a également publié un article sur Axel Springer ce dimanche, l'éditeur Dirk Ippen est responsable de cette non-publication. Un porte-parole de Ippen a confirmé au New York Times que l'éditeur lui-même a mis son veto à l'article. Et à la dernière seconde. Le porte-parole a expliqué que la décision avait été prise pour éviter de porter atteinte aux intérêts économiques d'un concurrent.

Les accusations du NYT

Dimanche, un article paru dans le journal américain a jeté un nouvel éclairage sur le climat de travail au sein d'Axel Springer. Le journaliste Ben Smith s'est penché sur les déclarations d'une ancienne stagiaire de Bild. Elle a été interrogée par un cabinet d'avocats engagé par Axel Springer, la société mère de Bild, en charge d'une enquête interne.

Selon les déclarations de la stagiaire, elle et le rédacteur en chef ont entretenu une liaison. Il avait 36 ans à l'époque, elle 25. «S'ils découvrent que j'ai une liaison avec une stagiaire, je perdrai mon emploi», lui aurait dit Julian Reichelt en novembre 2016. Néanmoins, «peut-être le rédacteur en chef le plus puissant d'Europe», comme l'appelle le New York Times, aurait tout de même poursuivi sa liaison avec la jeune femme.

Les rencontres se déroulaient dans des chambres d'hôtel de Berlin et il l'aurait simultanément promue au comité de rédaction. «C'est toujours comme ça que ça marche à Bild», a déclaré la stagiaire aux enquêteurs. «Si tu couches avec le patron, tu as un meilleur travail.» Le journaliste du New York Times affirme que les documents qu'il a pu consulter dressent le portrait d'une culture d'entreprise où se mêlent sexe, journalisme et argent.

Axel Springer de plus en plus puissant

Le cas de Julian Reichelt n'est pas dénué d'intérêt pour le New York Times: Axel Springer devient également de plus en plus puissant aux Etats-Unis. En 2015, la société a acheté le Business Insider pour 442 millions de dollars. Cet été, Axel Springer a frappé une nouvelle fois en rachetant le magazine Politico, cette fois pour un milliard de dollars. Les ambitions du groupe sont élevées. L'entreprise veut devenir «le premier éditeur numérique du monde démocratique», a déclaré son patron Mathias Döpfner au New York Times.

Des accusations qui ne sont pas nouvelles

Les accusations portées contre le rédacteur en chef ne sont pas nouvelles. En mars déjà, Der Spiegel a fait état du «système Reichelt». Le rédacteur en chef invitait des stagiaires féminines dans des restaurants via Instagram, les promouvait rapidement au sein de l'entreprise et les abandonnait tout aussi rapidement. Si l'homme a été mis en retrait professionnel en mars le temps d'une enquête, il est revenu après seulement douze jours. La société avait déclaré à l'époque: «Contrairement à ce qui a été révélé dans certains médias, il n'y a pas eu d'allégations ni d'indications de harcèlement sexuel ou de coercition dans la procédure d'enquête. Julian Reichelt a admis le mélange entre relations professionnelles et privées, mais a nié les allégations susmentionnées, sous serment».

Des excuses et des mensonges

Cette déclaration faisait également mention que les «erreurs» étaient compensées par «les énormes changements stratégiques et structurels, mais aussi les réalisations journalistiques qui ont eu lieu sous la direction de Julian Reichelt». Et aussi par les excuses du rédacteur en chef: «Je sais que j'ai commis des erreurs dans mes relations avec mes collègues et je ne peux pas et ne veux pas passer sous silence ces erreurs. Ce que je me reproche avant tout, c'est d'avoir blessé des personnes dont je suis responsable. Je suis vraiment désolé pour ça».

Le 18 octobre, la nouvelle tombe: Julian Reichelt est relevé de ses fonctions. Extrait du communiqué d'Axel Springer: «Dans le contexte d'enquêtes récentes dans les médias, de nouvelles preuves de la mauvaise conduite actuelle de Julian Reichelt ont été portées à l'attention de la société au cours des derniers jours. Le conseil a appris que Julian Reichelt ne sépare toujours pas clairement les affaires privées et professionnelles et qu'il a dit n'a pas dit la vérité à ce sujet. Par conséquent, le Conseil d'administration considère désormais que la fin des rapports de travail est inévitable». (cma)

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