Ce qu'il faut savoir sur Ceuta, prise d'assaut par les migrants
La situation actuelle à Ceuta
Des dizaines de milliers de migrants sont entrés ces derniers jours dans l'exclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord. Ceuta compte normalement environ 85 000 habitants. Sa population a donc déjà augmenté de plus de moitié.
Selon le média local El Pueblo de Ceuta, un centre commercial a dû fermer en raison de l'afflux, et une fête de plusieurs jours célébrant le saint patron de la ville a été annulée.
Les habitants de la ville sont excédés: un appel à manifester a circulé sur les réseaux sociaux, alors que le premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, est attendu vendredi sur place. Une porte-parole de l'ONG Luna Blanca indique ainsi au journal Pueblo:
Pourquoi maintenant?
Ce n'est pas la première fois que Ceuta est submergée par des migrants. En 2021 déjà, un afflux similaire s'était produit. On avait alors soupçonné le Maroc d'avoir sciemment relâché ou suspendu les contrôles frontaliers pour faire pression sur l'Espagne.
Régulièrement, des migrants tentent de franchir la frontière. Début 2017, une tentative rassemblant plus de 1100 personnes avait échoué, deux mois plus tard, environ 500 personnes sur 1000 y étaient parvenues. En 2024, une nouvelle tentative de plus de 1000 personnes avait échoué.
Lors de tous ces afflux migratoires, des personnes perdent la vie, et cette fois ne fait pas exception. Vendredi matin, plusieurs décès avaient déjà été recensés.
Ceuta se retrouve donc régulièrement confrontée à de tels afflux, même si ce n'est pas toujours dans les mêmes proportions. El Pueblo de Ceuta écrit d'ailleurs, dans un commentaire:
Le média ajoute que l'enclave ne veut plus être considérée comme un objet de négociation et une «scène pour des messages politiques». Parallèlement, Ceuta reproche également au gouvernement marocain son inaction. Cela renforce l'impression que celui-ci a, à tout le moins, accepté cette escalade.
La situation en vidéo 👇
La porte vers l'Europe
Ceuta et Melilla, une autre exclave espagnole située plus à l'est, sur les côtes marocaines, sont considérées par les migrants comme une voie d'accès vers l'Europe. Et pour cause: elles sont géographiquement bien plus faciles à atteindre.
Selon l'agence de presse AP, nombre de migrants nagent depuis la ville marocaine de Fnideq, sur environ cinq kilomètres, jusqu'à Ceuta. Le trajet est encore plus court depuis Belyounech. D'autres tentent d'escalader la clôture frontalière.
Malgré cette faible distance, moins de migrants parviennent généralement à atteindre ces exclave que, par exemple, les îles Canaries ou les Baléares.
Un vestige de l'époque coloniale
Ceuta appartient à l'Espagne depuis le 16ᵉ siècle et est administrée de manière autonome depuis 1995. Avant sa conquête par l'Espagne, Ceuta était sous domination portugaise, après que différentes tribus berbères et arabes eurent dirigé la ville jusqu'en 1415.
Environ 85 000 personnes, chrétiennes et musulmanes, vivent dans l'exclave. La frontière entre l'Espagne et le Maroc n'est pas étanche. Selon NDTV, de nombreux Marocains font chaque jour la navette pour venir y travailler.
Pourquoi le Maroc revendique ce territoire
Le Maroc ne reconnaît pas ces territoires comme une possession espagnole, mais les considère comme des villes marocaines occupées. C'est précisément ce qui a, ces derniers temps, régulièrement généré des tensions entre le Maroc et l'Espagne.
Le politologue marocain Samir Bennis expliquait déjà en 2021 à la BBC que le statut de Ceuta et de Melilla n'avait pas toujours été le même. Tantôt les villes ont servi de places fortes militaires, tantôt elles ont été des prisons à ciel ouvert. On ne peut donc pas simplement affirmer que Ceuta et Melilla ont été, pendant la majeure partie de leur histoire, des villes espagnoles à part entière.
Le Maroc s'est en outre senti conforté en mars 2026, lorsqu'un groupe de réflexion américain a appelé le président américain Donald Trump et le secrétaire d'Etat Marco Rubio à considérer les deux exclaves comme des territoires marocains occupés. Cela, afin de mettre fin à l'«impérialisme espagnol» en Afrique et de corriger une «injustice historique». Donald Trump avait d'ailleurs déjà procédé de la sorte en reconnaissant, lors de son premier mandat, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Pourquoi l'Espagne reste inflexible
Il existe naturellement aussi un autre son de cloche. Le pays européen maintient que les deux villes lui appartiennent depuis plus de 500 ans et qu'elles en constituent, de ce fait, une partie intégrante. Il refuse toute négociation avec le Maroc sur le sujet.
Après des siècles de possession espagnole, il n'est ni juridiquement ni politiquement simple de céder ces territoires du jour au lendemain, a expliqué Jamie Trinidad, de l'Université de Cambridge, à la BBC. Il avance un autre argument:
Autrement dit: les habitants de Ceuta ne veulent pas être exclus de l'Union européenne.
Et que dit Melilla?
La ville de Melilla se trouve dans une situation similaire: après les récents afflux de migrants à Ceuta, son président, Juan José Imbroda, a assuré son soutien à l'exclave submergée. Il a par ailleurs reproché au gouvernement espagnol son échec en matière de politique migratoire.
A Melilla aussi, la colère gronde contre les autorités marocaines. Le président du parti Somos Melilla, Amin Azmani, a exprimé jeudi son mécontentement face à l'inaction du Maroc. L'armée et la marine auraient assisté à la scène sans intervenir. Cité par le média local El Faro de Melilla, il a tempêté:
(trad. ysc)
