Voici ce que pensent les Libanais des pourparlers avec Israël
Dans sa supérette d'un quartier animé de Beyrouth, Qassem Saad, blessé lors des dernières frappes israéliennes, dit être fatigué par les guerres successives d'Israël et veut donner une chance aux négociations qui s'ouvrent mardi à Washington. «Nous savons que l'ennemi israélien restera notre ennemi, mais nous sommes épuisés», dit cet homme de 49 ans, père de quatre enfants.
Les ambassadeurs libanais et israélien aux Etats-Unis doivent se rencontrer mardi, sous l'égide de l'administration américaine. Depuis le 2 mars, date à laquelle le Liban a été plongé par le Hezbollah pro-iranien dans le conflit régional, les frappes israéliennes ont fait plus de 2000 morts et déplacé plus d'un million de personnes.
«Si les négociations se passent comme nous l'espérons en tant que Libanais, qu'Israël se retire de tout le sud (..) qu'ils nous remettent les prisonniers, (..) je suis certainement en faveur des négociations», ajoute Qassem Saad. Il indique avoir été blessé lorsque la devanture de son magasin s'est brisée lors des frappes israéliennes meurtrières du «mercredi noir», la semaine dernière, qui ont fait plus de 350 morts.
👉Notre direct sur la situation au Moyen-Orient👈
L'une de ces frappes ayant semé la terreur a visé la corniche Mazraa, un quartier populaire à majorité musulmane où se trouve son commerce.
Une question longtemps taboue
Les autorités libanaises ont affirmé vouloir obtenir en premier lieu un cessez-le-feu dans ces négociations. Mais le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a dit avoir «posé deux conditions: le désarmement du Hezbollah et (..) un véritable accord de paix qui tiendra pour des générations».
La question d'un accord de paix avec Israël a longtemps été taboue pour une partie de la population libanaise dans ce pays divisé. Le Hezbollah a rejeté toute négociation avec Israël et son chef a demandé lundi «l'annulation» de la rencontre des ambassadeurs. Vendredi et samedi, des centaines de partisans avaient manifesté à Beyrouth, accusant le premier ministre Nawaf Salam d'être un «sioniste».
A la corniche Mazraa, où plusieurs immeubles sont dévastés, les grues s'activent pour déblayer les décombres alors que les propriétaires des commerces commencent à réparer les dégâts. Kamal Ayad, 49 ans, un réparateur de fenêtres, s'est installé sur une chaise à même le trottoir pour souffler. «Nous sommes pour (les négociations) si c'est dans l'intérêt du Liban, si cela résout les problèmes, et qu'on en finisse avec la guerre», dit-il.
Israël a envahi le Liban en 1982 pour déloger la résistance palestinienne mais s'est retrouvé quelques années plus tard face à un adversaire plus puissant, le Hezbollah. Depuis qu'il s'est retiré du Liban en 2000, plusieurs guerres l'ont opposé aux Hezbollah, dont les combattants tentent aujourd'hui de repousser la progression de son armée dans le sud du pays.
Pas de négociations «sous le feu»
«Nous sommes un peuple qui veut la paix», dit Mohammad al-Khatib, qui possède un commerce d'électronique tout près du lieu visé par la frappe, où se dégage encore une odeur de brûlé. «Mais les négociations ne peuvent pas avoir lieu sous le feu, les bombardements et les humiliations», ajoute cet homme de 57 ans. «Ils (les Israéliens) n'ont jamais respecté la paix, leur ambition est de s'étendre et de contrôler le Liban (..) ils ont des visées sur notre terre, notre eau et nos ressources», assure-t-il.
Dans le quartier chrétien d'Achrafieh, Joe Ghafari, se montre sceptique quand à l'aboutissement des négociations avec Israël. «Il faut qu'il y ait un accord entre l'Iran et Israël, sinon (les négociations) seront inutiles», dit-il.
Cet homme de 61 ans craint un retour des conflits internes, alors que le Liban marque lundi le 51e anniversaire de la guerre civile (1975-1990). Dans une allusion au Hezbollah, il s'interroge: «comment peut-on faire la paix avec Israël si une partie de la population ne le veut pas?»
