Viktor Orban peut-il être chassé du pouvoir?
Les Hongrois votent dimanche lors de législatives qui pourraient mettre fin au règne de Viktor Orban, au pouvoir depuis 16 ans. Le résultat de ces élections est scruté par de nombreuses capitales à travers le monde, en particulier en Europe et aux Etats-Unis. Les bureaux de vote ont ouvert à 6 heures et ferment à 19 heures.
L'opposition donnée favorite
Les 7,5 millions d'électeurs dans le pays, ainsi que les plus de 500 000 autres enregistrés à l'étranger, ont le choix entre cinq partis, dans un système électoral majoritaire mixte très favorable au Fidesz de Viktor Orban (62 ans).
Les sondages des instituts indépendants prédisent une très large victoire du parti Tisza du conservateur pro-européen Peter Magyar, qui a réussi en deux ans à construire un mouvement d'opposition capable de faire de l'ombre au Premier ministre nationaliste hongrois, dont la popularité a décliné au même rythme que la croissance du pays.
Trump soutient Orban
Les institutions proches du pouvoir prévoient elles une victoire de la coalition Fidesz/KDNP de Viktor Orban, qui brigue un cinquième mandat consécutif. Les signes de nervosité sont cependant palpables dans les rangs du Fidesz, qui a reçu le soutien très appuyé Donald Trump.
Le président américain a multiplié les messages vendredi, promettant de mettre la «puissance économique» des Etats-Unis au service de Viktor Orban, qui a le mérite à ses yeux d'incarner la lutte contre l'immigration et la défense de la «civilisation occidentale». Son vice-président JD Vance est aussi venu à Budapest cette semaine vanter les mérites du leader hongrois et critiquer l'ingérence des «bureaucrates de Bruxelles».
Seul face à l'Union européenne
Le dirigeant hongrois, qui a érigé son pays de 9,5 millions d'habitants en modèle de démocratie illibérale est considéré comme un exemple par de nombreux mouvements d'extrême-droite à travers le monde. Il est aussi proche du président russe Vladimir Poutine, et a régulièrement critiqué les sanctions de l'Union européenne contre la Russie.
Bruxelles, qui l'accuse de saper l'Etat de droit, a de son côté gelé des milliards d'euros de financements. Si la capitale européenne a évité de s'exprimer ouvertement sur le scrutin, un diplomate européen affirme:
Durant sa campagne, Viktor Orban a promis de poursuivre sa répression contre les «fausses organisations de la société civile, les journalistes vendus, les juges (et) les politiciens». Il s'est aussi présenté comme un rempart contre l'Ukraine, qu'il accuse de vouloir entraîner les Hongrois dans la guerre. Andrea Szabo, du Centre des sciences sociales de l'université Elte, constate cependant que la sauce n'a pas pris:
Le changement comme argument
Peter Magyar (45 ans), qui parcourt la Hongrie sans relâche depuis mi-février, s'est engagé lui à améliorer les services publics, en particulier dans la santé et l'éducation.
«Donnez sa chance au changement!», a appelé cet ancien membre du Fidesz lors d'un meeting jeudi, promettant en particulier de s'attaquer à la corruption, de remettre sur pied les institutions démocratiques et de faire de la Hongrie un membre loyal de l'UE, dont elle est membre depuis 2004.
Accusations d'ingérence
Les analystes s'attendent à un taux de participation record, de l'ordre de 75%, avec de premiers résultats partiels attendus peu après la clôture des votes. Toutefois, en cas de résultats serrés, le vainqueur pourrait ne pas être désigné avant la fin complète du dépouillement samedi, selon le Bureau électoral national.
Alors que l'opposition hongroise craint que Viktor Orban ne reconnaisse pas le résultat des élections, des accusations d'ingérence russe et d'achat massif de voix par le Fidesz ont émergé. Le dirigeant nationaliste a accusé en retour Tisza de «comploter avec des services de renseignement étrangers» pour manipuler les résultats. (btr/ats)
