On ignore si un enseignant a un jour inscrit dans le carnet du petit prince Andrew qu'il avait «touché le fond, mais creuse encore». Le duc d'York, 64 ans, semble en tout cas s'évertuer à illustrer cette maxime. Un scandale succède à un autre pour l'homme qui fut, autrefois, un héros de guerre et le «fils chouchou» de Sa Majesté la reine Elizabeth. Désormais condamné à se terrer dans son manoir bien-aimé de Royal Lodge, le duc d'York devra passer les fêtes loin, très loin des regards du public – et de sa propre famille.
L'affaire a éclaté vendredi 13 décembre, dans les colonnes du Times. Le quotidien britannique se fait écho d'une audience tenue la veille dans un tribunal de l'immigration de Londres, à la demande d'un homme d'affaires chinois, Yang Tengbo. Banni du Royaume-Uni depuis 2021 en vertu des lois antiterroristes, il tente sans succès de faire annuler cette interdiction d'entrée. C'est au cours de la séance que ses liens privilégiés avec la famille royale britannique sont révélés.
Par «famille royale», entendez dans ce cas précis le prince Andrew. Le duc d'York aurait en effet invité le fameux Yang Tengbo à plusieurs événements au sein des résidences royales, dont Buckingham Palace et le château de Windsor, notamment à son soixantième anniversaire. Un fête organisée en petit comité où, précisons-le, même ses frères et sœurs n'étaient pas conviés.
Après Jeffrey Epstein, le milliardaire condamné pour pédophile et décédé en 2019 dans sa cellule de New York, on se disait que le prince Andrew ne pouvait pas se trouver pire compagnon. Sauf qu'à en croire les services de sécurité britanniques, Yang Tengbo n'est guère plus recommandable.
Connu des autorités sous le nom de code «H6» ou sous son nom d'emprunt, «Christopher Yang», Yang Tengbo est soupçonné d'être un agent du Département du travail du Front uni. Une mystérieuse unité de renseignement et de propagande du Parti communiste, chargée notamment de jouer un rôle de soft power et de façonner l’environnement politique mondial en faveur de la Chine.
Au Royaume-Uni, on craint désormais que le prince Andrew n'ait été fournir – par maladresse, de bon gré ou pire, consciemment – des informations et un accès sans précédent à des hommes politiques, des diplomates, des militaires, des dirigeants d’entreprises et membres de la famille royale, au Royaume-Uni et à l’étranger.
Preuve des risques que Yang Tengbo pourrait faire courir au pays de Sa Majestée, son interdiction d'entrée sur le territoire britannique pour des raisons de sécurité nationale s'est bien vue confirmée par le tribunal dans la foulée de l'audience, la semaine passée.
Les liens étroits entre le duc et la Chine remontent à plus de 20 ans. Lorsque le prince, fraîchement retraité de la Royal Navy en 2001, est envoyé en tant que représentant commercial officiel, sur demande du premier ministre Tony Blair. Un poste qui permet à Andrew d'étendre son réseau à l'international et qu'il sera contraint d'abandonner en 2019, dans la foulée de son interview télévisée désastreuse sur la BBC, au sujet de ses liens d'amitié avec le délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein.
Une démission forcée qui ne l'a guère empêché de continuer à cultiver ses relations privilégiées. D'ailleurs, spécule le Times, les influentes relations du prince Andrew auraient pu lui rendre service encore récemment dans ses déboires financiers.
Pressé comme un citron depuis des mois par son frère, le roi Charles, de quitter sa somptueuse demeure du Royal Lodge pour s'installer dans l'ancienne maison plus modeste d'Harry et Meghan, Frogmore Cottage, Andrew a finalement trouvé les fonds nécessaires pour rester chez lui. Le duc aurait juré à son trésorier que l'argent provenait d'une «source légitime» - sans pourtant autant donner à ce dernier une preuve pour s'en assurer.
Ce ne serait pas la première fois que la famille du duc d'York bénéfice des largesses financières de riches patrons chinois. Son ex-femme, Sarah Ferguson alias «Fergie», a perçu des centaines de milliers de livres de la part de Johnny Hon, un magnat de Hong Kong, et d’autres sources liées à ses rôles de «directrice non exécutive». Elle a également reçu des paiements pour des projets de marketing, un prêt de 90 000 livres et des fonds pour lancer sa société de thé, Ginger & Moss.
Pendant que Yang Tengbo nie toutes les accusations d'espionnage et dénonce une «position anti-chinoise», le bureau du prince Andrew a affirmé, de son côté, la semaine passée, qu'il aurait «cessé tout contact» avec son ami, sur «les conseils du gouvernement de Sa Majesté». «Le duc a rencontré l'individu par le biais des canaux officiels, sans jamais discuter de sujets sensibles», affirme un communiqué.
Si quelques amis d'Andrew ont bien osé prendre (anonymement) sa défense et affirmer que «ce n'est pas de sa faute, mais celle des services de sécurité britanniques», reste que la foisonnante série de gros titres négatifs générée par le duc d'York commence à mettre les nerfs de son frère de roi en pelote. «La patience de Sa Majesté s’épuise», stipule un initié auprès du Daily Beast.
«(Charles) a soutenu Andrew pendant de nombreuses années, mais chacun a ses limites. Je ne vois pas le roi vouloir aller à l’église avec quelqu’un qui était ami avec un espion chinois», susurre l'intéressé.
Poussé par ses proches à «faire ce qui est décent» et rester à l'écart de la scène publique pour éviter tout nouvel embarras, le duc d'York ne devrait donc pas assister à la marche de la famille royale, le jour de Noël, à Sandringham. Un évènement symbolique et très attendu par les amateurs de royauté.
Fergie, bien que présente l'an dernier, ne devrait pas être de la partie non plus, tout comme les deux filles du couple, Beatrice et Eugenie, qui avaient déjà annoncé passer les fêtes auprès de leur belle-famille respective. Selon la biographe royale Ingrid Seward, il est peu probable que Fergie «s'asseye seule» à Royal Lodge. «Elle a beaucoup d'amis et de famille et elle voudra être avec eux.»
Cette année, l'ancien pilote d’hélicoptère pourrait toutefois ne pas se contenter de projeter des applications de suivi de vol sur les murs, comme il en a l'habitude. Selon le Daily Beast, le prince Andrew serait en train d'envisager de «faire son Harry» et quitter le Royaume-Uni. Pour de bon.
Le duc d'York dispose en effet de relations aussi «influentes» que «douteuses» dans les deux juridictions, en particulier dans la monarchie autocratique de Bahreïn, où il se rend régulièrement depuis des décennies et noue des liens particuliers avec le roi Hamad bin Isa Al Khalifa.
Quelle que soit sa destination, un déménagement constitue sans doute le plus beau cadeau de Noël qu'il puisse jamais offrir à sa mère-patrie. Dindon de la farce d'un espion chinois, ou pas.