Pourquoi Poutine reste muet après la chute de son allié
Jusqu’au 3 janvier, date à laquelle le président vénézuélien Nicolas Maduro a été emmené menotté à New York par l’unité d’élite Delta Force, les relations entre Moscou et Caracas semblaient stables et cordiales.
Nicolas Maduro ne cessait de vanter ses liens avec la Russie et Vladimir Poutine qu'il avait rencontré en mai 2025. Mais, depuis l’éviction de son allié, le Kremlin montre une retenue frappante.
Une sympathie immédiate avec le mentor de Maduro
Vladimir Poutine a fait la connaissance d’Hugo Chavez, le mentor de Maduro, en 2000 à New York, lors du «sommet du millénaire» de l’ONU. Les deux hommes avaient à peu près le même âge, étaient arrivés au pouvoir à quelques mois d’intervalle et portaient le grade de lieutenant-colonel: Poutine en tant qu’officier des services secrets, Chavez comme parachutiste. Une sympathie immédiate s’est alors installée entre les deux chefs d’Etat.
L’ambassadeur du Venezuela à Moscou, Jesus Rafael Salazar Velasquez, raconte cette rencontre dans une interview: «Hugo Chavez a remarqué à quel point le président russe était sportif en l’observant à l’ONU et lui a demandé:»
Des intérêts économiques et militaires communs
Le rapprochement entre la Russie et le Venezuela répondait avant tout à des intérêts communs en matière de politique énergétique et s’est traduit par d’importants investissements russes dans le secteur pétrolier et gazier vénézuélien. De nombreux accords ont suivi.
En 2025, quelques semaines seulement avant l’arrestation de Nicolas Maduro, un nouveau contrat a été signé avec l’entreprise russe Roszarubezhneft pour une exploitation pétrolière conjointe jusqu’en 2041. Les partenaires prévoyaient une production quotidienne de 16 600 barils de pétrole.
L’amitié de Poutine et Chavez a marqué le début d'une coopération non seulement économique, mais aussi militaire. Dès 2006, sur fond de dégradation des relations entre Caracas et Washington, la Russie est devenue le principal fournisseur d’armes du Venezuela.
Des avions de combat, des systèmes de défense antiaérienne, des chars et des lance-roquettes ont été livrés par Moscou. En décembre 2018, un contrat a été conclu pour la réparation d’armes vénézuéliennes par la Russie, et la construction d’usines destinées à produire des fusils d’assaut AK-103 a été achevée.
Les raisons du silence du Kremlin
Pourquoi, dès lors, Vladimir Poutine garde-t-il le silence alors que la Russie perd un allié important dans les Caraïbes? Pour le politologue Fiodor Krasheninnikov, le Venezuela n’était qu’un allié tactique et anti-américain pour le président russe.
Le pays n’a jamais constitué une priorité stratégique pour Moscou. Dans le contexte international actuel, Vladimir Poutine ne souhaite ni consacrer du temps ni mobiliser des ressources ou du capital diplomatique pour Caracas. Krasheninnikov explique:
La priorité absolue du Kremlin reste clairement l’Ukraine. L'expert poursuit: «On a observé un schéma similaire après la chute de Bachar al-Assad en Syrie». Le pays était devenu, selon lui, un «fardeau inutile» pour la Russie.
Un fin similaire pour Poutine?
Selon la chaîne ABC, les Etats-Unis accentuent la pression sur le Venezuela afin qu’il rompe ses relations économiques avec la Russie et la Chine, et privilégie les Etats-Unis dans ses ventes de pétrole. Le ministère russe des Affaires étrangères n’a, pour l’heure, pas commenté ces informations.
Après l’opération contre Nicolas Maduro, la question se pose: Vladimir Poutine pourrait-il connaître un sort similaire? Fiodor Krasheninnikov balaie cette hypothèse. L’enlèvement du chef du Kremlin serait techniquement extrêmement difficile. L'expert conclut:
