Poutine veut faire peur à l'Europe avec ce missile
Le tir par la Russie d'un missile balistique Orechnik sans charge nucléaire sur l'Ukraine, près de la frontière polonaise, constitue un acte de communication stratégique vis-à-vis des alliés de Kiev au moment où ils se mobilisent et où Moscou traverse une passe difficile sur la scène internationale.
En décidant de tirer ce missile de portée intermédiaire, dont les capacités techniques réelles restent floues, mais lourd de la menace nucléaire, le Kremlin veut envoyer un message aux leaders occidentaux et faire peur aux populations des pays soutenant l'Ukraine qui résiste à l'invasion russe, s'accordent les observateurs.
«Une arme psychologique»
Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne, explique:
Il souligne que «les autorités politiques et militaires russes ont activé tous leurs réseaux pour faire la promotion de cette frappe d'Orechnik».
«Sous cette forme, il s'agit d'une arme psychologique – un instrument de la guerre cognitive menée par Poutine contre l'Ukraine et l'Occident – plutôt que d'une arme de destruction massive», estime le général en retraite australien Mick Ryan.
Pour lui, ce tir est «logique» après «quelques mauvaises semaines en ce qui concerne le statut de la Russie sur la scène internationale», marquée notamment par la capture de son allié Nicolas Maduro par l'armée américaine au Venezuela et la saisie par les Etats-Unis d'un pétrolier lié à la Russie dans l'Atlantique Nord.
Le choix de la cible, dans la région de Lviv, a une signification. Sur X, Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), estime:
L'Orechnik est un missile balistique de portée intermédiaire (IRBM), inférieure à 5 500 kilomètres, qui menace donc avant tout le Vieux continent.
Rappeler «la vulnérabilité» de l'Europe
«Et comme les Européens sont en train de développer leur défense anti-aérienne, c'est une façon de leur rappeler leur vulnérabilité», souligne Cyrille Bret. D'autant que certains de ses missiles ont récemment été déployés au Belarus, encore plus près de l'Europe. Pour Etienne Marcuz:
«L'utilisation présumée d'un missile Orechnik par la Russie constitue une escalade claire contre l'Ukraine et se veut un avertissement à l'Europe et aux Etats-Unis», a réagi la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas.
Car Vladimir Poutine voit avancer modestement les pourparlers des Européens et Américains en vue de garantir la sécurité de l'Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Ainsi, la «Coalition des volontaires» emmenée par les Français et les Britanniques serait prête à déployer des militaires européens sur le sol ukrainien. Dans ce contexte, les Européens veulent croire que la position américaine est en train d'évoluer favorablement à Kiev et au détriment de Moscou.
Deux sources, une européenne et une ukrainienne, ont confié que la présence début janvier de Jared Kushner aux réunions de Paris de la Coalition des volontaires avait été positive, car le gendre de Donald Trump est moins conciliant envers les Russes que l'émissaire officiel Steve Witkoff qu'il accompagnait.
Mais pour Cyrille Bret, voir un durcissement américain vis-à-vis de Moscou serait «une erreur de perception»:
Selon lui, le message envoyé par Vladimir Poutine à Donald Trump avec l'Orechnik est «la réponse à l'application de la nouvelle doctrine Monroe américaine après la capture de Nicolas Maduro: chacun intervient comme il veut dans sa sphère d'influence».
