L'Europe surestime Poutine et se tire une balle dans le pied
Il n'y a pas de cessez-le-feu en vue dans la guerre en Ukraine. Malgré cela, le camp occidental a une nouvelle fois tenté, lors d’un sommet à Paris, de penser l’après-guerre, avant même que les combats ne cessent.
Tandis que l’armée russe continue de frapper massivement l’Ukraine, 27 chefs d’Etat et de gouvernement de la «coalition des volontaires» se sont réunis pour discuter. La question centrale portait sur les garanties de sécurité à offrir à Kiev.
L'Europe craint d'être laissée pour compte
Mais ce mardi, la paix ne s’est pas rapprochée d’un millimètre. Cette rencontre reste néanmoins importante, car les Européens veulent, en cas de processus de paix concret, peser dans la balance des négociations. Ils le savent, s’ils laissent Donald Trump et Vladimir Poutine seuls aux commandes, leurs intérêts compteront encore moins.
Dans ce scénario, Washington et Moscou négocieraient alors tout simplement par-dessus la tête des Européens et des Ukrainiens.
C’est pourquoi, du point de vue européen, il est juste et nécessaire d’avoir un concept d’ordre de paix prêt dans les tiroirs, de manière à pouvoir formuler clairement ses propres intérêts.
Mais au final, dans ce cas de figure, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne reçoit qu’une simple déclaration d’intention de la coalition des volontaires, promettant des garanties de sécurité à l’Ukraine. C’est insuffisant, et de nombreuses questions restent ouvertes.
La coalition des volontaires se réunissait déjà pour la quinzième fois, sans résultats concrets. Cette rencontre, à Paris, a surtout mis en lumière une réalité amère: les Européens manquent de force pour engager de véritables négociations de paix, faire pression sur Vladimir Poutine et renforcer significativement leur soutien à l’Ukraine. Leur énergie est accaparée par une bataille défensive politique: Donald Trump doit être ménagé à tout prix.
Un inconfortable dilemme
Certes, la Russie ne participait pas aux discussions en France, mais la Maison-Blanche a envoyé ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner dans la capitale française. L’administration américaine considère une grande partie des Etats européens comme des rivaux, et les Européens l'ont vu écrit noir sur blanc depuis la publication, en novembre dernier, de la nouvelle stratégie de sécurité des Etats-Unis.
Malgré cela, dans la guerre contre la Russie, l’Ukraine reste dépendante du soutien militaire américain. Et même après un éventuel cessez-le-feu, seuls les Etats-Unis seraient en mesure de dissuader Vladimir Poutine de lancer une nouvelle attaque contre son pays voisin.
La crainte d'une volte-face de Trump sur l'Ukraine
Donald Trump ne se considère pas comme un allié de l’Ukraine. Il affiche au contraire un certain respect pour Vladimir Poutine, et ne voit pas le chef du Kremlin comme un criminel de guerre, car il souhaite avant tout faire des affaires avec la Russie.
Malgré cela, les Européens sont eux-mêmes si affaiblis qu’ils n’osent ni contrarier ni provoquer le président américain. Même lorsque Washington menace d’annexer le Groenland, les chefs d’Etat et de gouvernement européens se mordent la langue et se contentent de critiques à voix basse. Un spectacle affligeant.
La crainte qui domine est que Donald Trump se retire du processus diplomatique, ou qu’il finisse même par se ranger du côté de Poutine et fasse pression sur l’Ukraine. Tout cela montre à quel point l’amitié transatlantique s’est fragilisée depuis le deuxième mandat de Trump.
Pour le Kremlin, la situation est idéale
Pendant que l'Europe discute, l'Ukraine subit
Cela dit, les Etats-Unis se disent visiblement prêts à participer à des garanties de sécurité pour l’Ukraine et à soutenir une force internationale chargée de sécuriser un éventuel cessez-le-feu. Un succès symbolique important pour les Européens. Mais cela ne va pas plus loin.
Car la Russie n'a affiché jusqu’ici aucune volonté de faire des compromis. Tandis qu’à Paris on discute d’un cessez-le-feu, le Kremlin poursuit sa guerre d’hiver brutale, y compris contre la population civile ukrainienne. Rien n’indique que Moscou accepterait un accord de paix ou la présence de troupes occidentales en Ukraine.
Pire encore, les Européens feraient même une concession à la Russie en acceptant que la force internationale de maintien de la paix reste campée sur le territoire de l’Otan.
Mais ces troupes européennes iraient-elles jusqu’à combattre la Russie si Vladimir Poutine devait attaquer l’Ukraine une nouvelle fois? Le chancelier allemand Friedrich Merz et les autres chefs d’Etat et de gouvernement ont soigneusement évité de répondre à cette question.
Un manque d'autorité qui profite à Poutine
Pendant ce temps, le processus diplomatique continue d’avancer au ralenti, offrant à la Russie un sursis supplémentaire pour poursuivre sa guerre. La conclusion s’impose pourtant: sans pression, Vladimir Poutine ne cèdera pas.
L’Occident se tire pourtant une balle dans le pied
L’économie russe est affaiblie, son industrie pétrolière est en difficulté. Et même en 2025, l’armée russe n’a guère progressé en Ukraine. Un Occident uni serait un désastre absolu pour la Russie.
Le potentiel est là. Avec le Venezuela, les Etats-Unis ont récemment montré qu’ils évoluaient militairement dans une autre catégorie que la Russie. De leur côté, les grandes économies européennes disposent, par leur puissance économique, de moyens bien supérieurs à ceux du Kremlin.
Malgré cela, la force de Vladimir Poutine continue d’être surestimée et le soutien occidental à l’Ukraine n’est pas intensifié. Le désintérêt de Donald Trump pour les positions européennes et la timidité de l’Europe ont conduit les deux camps à se replier sur eux-mêmes. L’année écoulée restera dans l’histoire pour ce qu’elle a été: un échec historique.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
